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On a parlé colonisation lunaire et peuples de l'espace avec l’auteur de "Seul sur Mars"

Après le succès de son premier ouvrage, Andy Weir est de retour avec un roman d'exploration intitulé "Artemis".

par Becky Ferreira
15 Novembre 2017, 9:08am

Andy Weir. Image : Aubrie Pick

Seul sur Mars, le premier roman d’Andy Weir, a montré que le public raffolait des bricoleurs qui utilisent leurs connaissances scientifiques pour dompter des planètes lointaines. Pour son personnage principal, Mark Watney (incarné par Mark Damon dans l’adaptation cinématographique de Ridley Scott), cela signifie survivre sur la planète rouge seul, avec des ressources limitées et sans espoir de retour.

Le nouveau roman de Weir, Artemis, publié ce mardi aux éditions Crown, prend une direction complètement différente. Son héroïne, Jasmine “Jazz” Bashara, habite dans la première colonie lunaire de l’histoire, Artemis, aux côtés de 2 000 autres humains. Comme Watney, elle doit utiliser ses compétences techniques pour se frayer un chemin dans un environnement grouillant de vie.

Artemis est composée de cinq “Bulles” habitables baptisées en l’honneur des astronautes des missions Apollo. Jazz, une prolétaire, loue un appartement étriqué dans la Bulle Conrad. Un peu plus loin, les hôtels de luxe de la Bulle Aldrin accueillent des touristes incroyablement riches et de hauts dignitaires.

Image : Crown

En dépit du fait qu’elle soit née an Arabie saoudite, Jazz a passé la majeure partie de sa vie sur la Lune et se considère comme une vraie artémisienne. Le jour, elle est livreuse, un métier qui permet à Weir d’emmener le lecteur dans tous les recoins d’Artemis ; la nuit, elle se transforme en criminelle pour arrondir ses fins de mois.

Lorque Jazz accepte un plan illégal mais particulièrement lucratif, Artemis se transforme en jeu de piste frénétique. Fidèle à lui-même, Weir lie le tout grâce à son humour caustique et ses connaissances d'ingénieur : tout au long de l’ouvrage, l’écrivain détaille le fonctionnement technique et les normes culturelles de la communauté lunaire, de ses systèmes de survie à sa monnaie unique. Grâce à ses efforts, Artemis passe pour l’une des colonies spatiales les plus réalistes de la fiction.

Andy Weir a accepté de répondre à quelques questions pour Motherboard. Si vous passez aux États-Unis dans les semaines à venir, vous aurez peut-être l’occasion de lui poser les vôtres en face-à-face : l’écrivain est en tournée pour la sortie d’Artemis.

MOTHERBOARD : Qu’est-ce qui a inspiré Artemis ? D’une certaine manière, votre nouveau roman ressemble à une préquelle de Seul sur Mars. Cette histoire vous trottait-elle déjà dans la tête quand votre premier roman à rencontré le succès ?
Andy Weir : Comme je suis plutôt branché science-fiction, j’avais envie d’écrire de nouvelles choses en restant dans ce genre. Bien malgré moi, je me suis aussi créé une niche de science-fiction réaliste. Du coup, Artemis a le même goût que Seul sur Mars. J’ai développé Artemis après Seul sur Mars. Je voulais écrire une histoire sur la première colonie extraterrestre. Ça a été mon tremplin.

Vos deux héros, Mark Watney et Jazz Bashara, sont confrontés à des épreuves et des environnements très différents dans leurs univers respectifs. Pourtant, tous deux se fraient un chemin dans l'intrigue grâce à leur ingéniosité et leur instinct. Qu’est-ce qui vous plaît dans cet archétype du MacGyver interplanétaire ?
Résoudre des problèmes, c’est amusant. Tant pour l’écrivain que pour le lecteur. Pour moi, l’objectif est de présenter un problème au lecteur, puis de le résoudre d’une manière complètement inattendue, mais sans jamais lui cacher la moindre information sur la solution. D’une certaine manière, c’est un peu comme les thrillers type "whodunit". Vous avez toutes les informations, mais pouvez-vous résoudre le mystère ?

Votre travail est connu pour sa vraisemblance et Artemis déborde de détails concernant le fonctionnement d’une hypothétique station lunaire. Comment les avez-vous imaginés ? Vous êtes-vous heurté à des problèmes d’ingénierie particulièrement difficiles à résoudre ?
Le problème principal était le poids de la station. Dans Artemis, envoyer du matériel sur la Lune coûte moins cher que dans la vraie vie, mais cela reste coûteux. Pour construire la ville, les ingénieurs ont donc dû trouver le moyen de faire venir les matériaux les plus légers possible de la Terre. Pour ça, ils ont raffiné le métal qui a servi à faire la coque de la ville à partir du minerai déjà présent sur place, par exemple. C’était amusant d’imaginer tout ça. J’ai résolu tous les détails, mais je n’en ai intégré qu’environ 1% dans le livre, seulement les parties liées à l’intrigue.

Artemis a sa propre culture et Jazz se considère comme Artémisienne avec une certaine fierté. Cependant, le livre joue aussi sur l’idée que les humain importeront leurs habitudes et leurs vices partout où ils iront. Vous pensez que maintenir cet équilibre pourrait être un problème pour nos futurs colons de l’espace ?
La nature humaine est telle qu’elle est. Artemis est comme toutes les villes-frontières. À chaque épisode de colonisation ou d’expansion, c’est la même chose. Il est tout simplement impossible de faire changer les habitudes ou les croyances des gens en leur demandant gentiment. Les sociétés “encadrées” ne fonctionnent jamais. À chaque fois qu’un régime a essayé d’encadrer la moralité de la populace, les choses ont mal tourné.

Certains commentateurs ont remarqué une fracture politique dans les plans d’expansion spatiale des États-Unis : les Démocrates pensent à envoyer des hommes sur Mars quand les Républicains préféreraient retourner sur la Lune. D’après vous, c’est une dispute pour la forme ou le début d’un vrai conflit ?
Pour moi, l’avenir de l’humanité dans l’espace dépend d’entreprises privées, pas de programmes publics. La meilleure chose que nous puissions faire à l’heure actuelle, c’est réduire les coûts de mise en orbite basse. La meilleure manière de faire cela consiste à sortir la NASA et les autres agences spatiales de la course aux boosters. Confions tout ça à des entreprises concurrentes, comme Space X et Boeing. C’est elles qui réduiront la facture.

Une fois cette tâche accomplie, tout deviendra plus facile. La NASA aura plus d’argent pour concevoir des véhicules et nous nous rapprocherons du moment où le voyage spatial sera à portée de la classe moyenne. Cette industrie pèsera sans doute des milliers de milliards de dollars.

Pour répondre à votre question, je pense que ça n’a pas d’importance. N’importe quelle excuse pour lancer l’industrie du voyage spatial me convient.

Vous avez écrit deux romans, le premier se déroule sur Mars et le second sur la Lune. Vers lequel de ces corps aimeriez-vous voir partir une mission habitée ?
Mars. Mais si nous parlons d’un installation permanente, je choisirais plutôt la Lune.

Dans Artemis, le site d’alunissage d’Apollo 11 a été transformé en attraction touristique, un peu comme un Stonehenge de l’âge spatial. C’est l’image la plus marquante du livre. Avez-vous toujours considéré que cette zone était la plus adaptée à l’établissement d’une colonie lunaire, ou avez-vous étudié d’autres possibilités avant de choisir celle-ci ?
En vérité, j’ai pensé à placer Artemis à côté du site d’alunissage d’Apollo 12. Là, elle aurait été dans l’ombre du plus haut sommet des monts Riphées presque trois semaines par mois, ce qui aurait facilité la gestion de sa température.

Après, j’ai fait quelques calculs et je me suis rendu compte que la couche de régolithe d’un mètre qui sépare les deux coques aurait fait office d’isolant. La température n’était plus un problème. Du coup, j’ai placé Artemis du côté de la mer de la Tranquillité. C’est un site à l’histoire plus riche. Si votre économie est basée sur le tourisme, autant construire là où les gens veulent aller.

On dirait que les villages lunaires sont en vogue. De nombreux organismes publics et privés travaillent sur des concepts de stations lunaires habitées en ce moment même. D’un point de vue purement spéculatif, aimeriez-vous que les premiers colons humains soient installés dans une station semblable à Artemis ? Ou vaudrait-il mieux qu’Artemis reste fictionnelle ?
Je pense que les premières stations ressembleront à Artemis. Rien dans cette histoire ne s’oppose aux bases de l’économie ou à la nature humaine. Les détails seront différents, bien sûr, la forme et les technologies seront probablement différentes elles aussi, mais la culture sera sans doute similaire.

Si Artemis existait, dans quelle bulle aimeriez-vous loger ? Les quartiers chics de la Bulle Shepard ont l’air agréable.
Bien sûr. Si j’avais assez d’argent pour vivre dans la Bulle Shepard, ce serait chouette.

Pour finir, qu’est-ce que vous prévoyez pour l’avenir ? Une adaptation cinématographique d’Artemis est déjà en route, mais est-ce que vous avez prévu d’écrire de nouveaux romans ? Venus a vraiment besoin d’être transformée en décor pour roman de science-fiction.
J’adorerais écrire de nouvelles aventures pour Artemis, mais pas forcément avec la même galerie de personnages. Ce que je veux vraiment, c’est un bac-à-sable privatif pour m’amuser. Un peu comme les Livres du Disque-monde de Terry Pratchett. Beaucoup d’histoires, beaucoup de gens différents, mais un seul univers. Si Artemis se vend bien, vous pouvez vous attendre à lire plus de romans articulés autour de la base lunaire.

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