J’ai chassé des fantômes dans un cimetière avec une médium
photoreportage

J’ai chassé des fantômes dans un cimetière avec une médium

Avec une équipe de « ghostbusters », j'ai entre autres appris que les fantômes ont parfois envie de discuter de musique ou de se faire livrer de la bouffe.
3.11.17

Quand un ami m'a envoyé un événement Facebook intitulé « Ghost Hunt » au cimetière Mont-Royal, j'ai tout de suite été intriguée. Je suis moi-même très sceptique par rapport aux histoires de phénomènes paranormaux, mais fascinée par toutes les croyances les entourant. Curieuse, j'ai contacté l'organisatrice de la soirée, la médium Aurora North, afin de m'assurer d'avoir une place.

Nous nous sommes rencontrées dans un café quelques jours avant l'expédition afin qu'elle m'explique ce qu'elle recherche lors de ses événements où elle tente d'entrer en contact avec les esprits.

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Aurora North est écrivaine et coach de bonheur, et se dit médium et voyageuse spirituelle. C'est à la suite du décès de sa mère, à la fin de 2007, qu'elle a commencé à s'intéresser aux phénomènes paranormaux. Elle cherchait des réponses, des preuves que la vie après la mort existait.

« Je vivais des expériences paranormales depuis que j'étais petite, de façon sporadique au fil des ans, mais je n'avais jamais rien fait avec ça. Par exemple, des rêves prémonitoires, ou encore je savais quand des personnes venaient de décéder ou je sentais que quelque chose venait d'arriver à quelqu'un », raconte-t-elle.

En 2008, elle commence à enquêter sur ces phénomènes avec une approche qu'elle décrit comme plus « scientifique » que spirituelle en faisant beaucoup de photographies ou encore des enregistrements pour détecter des phénomènes de voix électroniques (PVE). J'en comprends que, même si la science n'est probablement pas le terme approprié pour qualifier de telles expériences, l'utilisation d'appareils rend l'exercice moins ésotérique que lorsqu'elle dit confirmer la présence de fantômes en leur parlant.

Aurora se décrit comme une empath, sensible aux autres, elle se dit capable de percevoir et ressentir l'état psychologique et émotionnel d'une personne. Elle considère son extrême compassion comme un don.

C'est quelques années plus tard, en consultant un médium, qu'elle constate qu'elle possède elle-même le don de communiquer directement avec l'au-delà et qu'elle est constamment entourée d'esprits. Elle décide donc de suivre des formations pour devenir médium. Elle apprend notamment à communiquer ses limites aux esprits afin qu'ils ne s'invitent pas chez elle. « Ils sont comme les gens ordinaires, il faut leur dire nos limites et ne pas avoir peur de le faire, explique-t-elle. J'ai décidé de bloquer les esprits à moins que je veuille moi-même communiquer avec eux. »

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Depuis qu'elle se sait médium, elle a remplacé les gadgets et la photographie par le dialogue lors de ses « enquêtes », elle concentre ses énergies à tenter de communiquer avec les esprits pour comprendre pourquoi ils investissent certains lieux.

Elle dit travailler avec les anges, principalement des archanges (ces anges hauts gradés aux pouvoirs spéciaux), qu'elle invoque avant ses chasses aux fantômes pour leur demander de protéger les participants, de faciliter la communication avec l'au-delà ou de l'aider à guérir les âmes.

Juste avant que l'on débute notre expédition, Aurora a rassemblé le groupe afin de les invoquer et d'ouvrir un canal avec les fantômes du cimetière : « Archange Michaël, archange Gabriel, archange Raphaël, s'il vous plaît, soyez avec nous, avant, pendant et après ce ghost hunt. » Elle a aussi demandé aux esprits du cimetière de ne pas se connecter avec nos énergies personnelles, en spécifiant que le groupe serait toutefois heureux de recevoir leurs messages.

Jacques Poirier, un enquêteur spécialisé en phénomènes paranormaux, accompagne régulièrement Aurora équipé de tout son matériel et de ses gadgets qui enregistrent les PVE. Il est l'enquêteur principal de Fantôme Montréal.

Si Jacques croit évidemment aux phénomènes paranormaux et aux esprits, il est plus sceptique concernant les médiums et leur capacité de communiquer clairement avec les morts. Et selon lui, même s'il trouve ces visites intéressantes, il n'y a pas de fantômes qui hantent les cimetières. Pourquoi y en aurait-il? Ils n'ont rien à faire là, ce ne sont pas des lieux qui ont été significatifs de leur vivant, pense-t-il.

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Jacques qui traîne habituellement son équipement avec lui l'avait oublié cette fois-ci. Mais d'autres participants avaient apporté des magnétophones et autres détecteurs d'ondes électromagnétiques, qui n'ont finalement pas vraiment servi.

En plus de Jacques, le groupe était composé de personnes soit curieuses, comme moi, soit cherchant des réponses et voulant communiquer avec leurs proches décédés. L'expérience coûtait 5 $ par personne. Les gens étaient invités à venir observer et apprendre des « techniques d'investigation paranormale et de médium ».

Victoria, une autre médium, était aussi de l'expédition. Tandis qu'Aurora communiquait avec un esprit, elle m'a expliqué avoir aussi senti une présence, mais les messages étaient différents, probablement une question de personnalité, selon elle.

C'est arrivé lorsque nous nous sommes arrêtés sur la tombe d'une jeune femme décédée à l'âge de 23 ans. Selon Aurora, elle aurait été frappée par une voiture alors qu'elle était à vélo. Le message qu'elle transmettait à Aurora en était un très positif, du genre « Profitez de la vie, n'oubliez pas d'avoir du plaisir, ne focalisez pas que sur le travail. » Victoria de son côté sentait qu'elle avait plus envie de converser, de parler de musique avec elle, de Nirvana entre autres.

Aurora dit aussi communiquer avec la nature, les arbres par exemple. Pendant notre escapade, nous avons croisé une famille de ratons laveurs; plusieurs bébés ratons étaient réfugiés dans un gigantesque arbre. Aurora s'en est approché et a posé sa main sur le tronc un long moment. Par la suite, elle m'a expliqué s'être connectée à l'énergie de l'arbre et avoir ressenti le rôle protecteur qu'il assume depuis un long moment dans ce secteur du cimetière.

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Aurora explique que les appareils électroniques peuvent parfois perdre la carte s'il y a une forte présence d'esprits dans le cimetière. Elle nous avait bien avertis au début de l'activité : il ne faut pas s'étonner si, par exemple, la batterie de vos cellulaires se vide soudainement. Évidemment, ça s'explique aussi par le fait que le cimetière est situé en pleine forêt sur une montagne. Les forêts permettent rarement une réception cellulaire impeccable et la batterie est surtaxée dans des endroits où les signaux sont limités.

« Il n'y a pas d'internet ici [au cimetière], il est parfois même difficile de téléphoner. Une fois, une fenêtre du navigateur s'est ouverte sur mon téléphone et s'est connectée à internet. On aurait dit que quelqu'un essayait d'appeler un restaurant, un restaurant dont je n'ai jamais entendu parler, qui n'est pas dans mes contacts. On aurait dit qu'il voulait se faire livrer quelque chose au cimetière. Une autre fois, encore plus étrange que ça, je me tenais à l'entrée du cimetière avec le groupe, nous ne sommes même pas encore entrés, je regarde mon téléphone, un de mes courriels s'ouvre et quelqu'un répondait à cet e-mail. Je voyais le message s'écrire sous mes yeux. D'autres personnes du groupe l'ont vu », raconte-t-elle.

De mon côté, mon iPhone a bien fonctionné toute la soirée. Mais celui d'une des participantes a fait des siennes vers la fin de notre escapade, un problème avec son écran. Coïncidence? Probablement pas selon Aurora. Pour ma part, je n'ai rien senti de particulier, si ce n'est que l'effet un peu lugubre et spécial d'une longue marche dans la pénombre d'un cimetière à la tombée du jour. C'était une expérience décalée et intrigante, même si la visite ne m'a pas convaincue d'une quelconque présence spirituelle, car je n'ai rien observé d'étrange ou de différent, si ce n'est qu'Aurora semblait ressentir des énergies et communiquer avec certains esprits.