Futsal : un après-midi avec les ultras du KB United
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Futsal : un après-midi avec les ultras du KB United

Depuis 2012, des anciens ultras du PSG ont investi les tribunes du club de futsal du Kremlin-Bicêtre, en banlieue parisienne. Leurs rugissements font trembler les gymnases.
3.5.17

Du Parc des Princes au gymnase Jacques-Ducasse du Kremlin-Bicêtre. A quelques heures du coup d'envoi, les dizaines d'ultras du KB United prennent l'apéro. Whisky, bière, pastis, fumette… on prend des forces avant de donner de la voix. Cet après-midi, leur équipe affronte l'Elite Toulon Futsal. Un adversaire de taille qui est loin de les impressionner : « On va les déchirer 8 à 3 ! », martèle un supporter.

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Depuis leur arrivée, les ultras du Kremlin-Bicêtre font parler d'eux pour l'ambiance qu'ils mettent en tribune. Un phénomène inédit dans l'univers du futsal qui démarre début 2010 : « On a débarqué lorsque les dirigeants du PSG ont expulsé les ultras », explique l'un d'entre eux, un verre de whisky coca à la main. Issus des tribunes d'Auteuil et de Boulogne, ces supporters reconnaissent « ne rien connaître du futsal à l'origine ». « Au départ nous sommes venus encourager un ami qui jouait au KB. Depuis on s'est pris au jeu », sourit un jeune homme. Si le joueur en question n'évolue plus au KB United, les ultras, eux, sont restés fidèles au club. « C'était son choix de partir, on ne lui en veut pas. Nous avons pris l'habitude d'être ici et nous ne comptons pas changer d'avis ».

«Ici l'ambiance est tranquille, il n'y a pas autant de pression que dans le football. On se retrouve entre copains et on passe un bon moment. Les rapports sont bons avec le club et notre équipe est loin d'être dégueulasse », justifie un ultra. Au-delà du club, le dynamisme du futsal est aussi à l'origine de ce coup de foudre : «C'est un sport très intense. Le rythme est soutenu et on ne s'ennuie jamais. J'ai pratiqué le basket à un niveau professionnel et j'en retrouve certains aspects », poursuit l'intéressé. «A un niveau professionnel… sur la Playstation ! », taille un de ses amis. Fou rire général.

Les ultras du KB avant la rencontre face à Toulon. Photo C.C.

15 heures : le match commence. Réunis derrière une large banderole « Ultras Kremlin-Bicêtre United », les supporters sont chauds comme jamais. Dans le sillage de leurs encouragements, les joueurs franciliens mènent rapidement au score. Un succès qui déchaîne les tribunes. Drapeaux noirs et blancs au bout des bras, les rugissements de soutien résonnent dans tout le gymnase : « Chanter pour le KB, ne jamais rien lâcher, pour l'amour du maillot ! », hurle la tribune à l'unisson. Un spectacle saisissant dans cette petite salle transformée en caisse de résonance.

« Avec l'arrivée des ultras, on est passé d'un club de quartier à quelque chose de plus important ». Posé à quelques mètres des ultras, Ali 25 ans, fait parti du « Dernier wagon », le club de supporters originel du KB. Lui qui assiste aux rencontres du club depuis sa naissance en 2002 se réjouit de son évolution. « Avant nous n'avions pas de tambours, de chants, de banderoles… Les ultras ont ouvert une nouvelle ère au club. Ils n'ont pas voulu s'imposer à leur arrivée et tout s'est bien passé avec le public habituel », se souvient-il.

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Fort de son double titre de champion de France, le KB est aujourd'hui une référence dans l'univers du futsal. Un succès qu'Ali explique en partie par le soutien de ces nouveaux supporters. « L'attente est plus forte avec tout ce public. Cela donne forcément envie aux joueurs de se dépasser », explique-t-il. Avec l'arrivée de futsaleurs internationaux, le KB fait désormais partie des meilleurs clubs européens. Une prouesse qui a permis aux ultras de se déplacer à Madrid pour les quarts de finale de la Ligue des champions de futsal, l'année dernière. Pour beaucoup, c'est leur « meilleur souvenir ». « Après 4 jours de beuverie intense, le dernier match était carrément épique », se souvient-on du côté du gymnase Jean-Ducasse.

Depuis le retour des ultras au Parc des Princes, amorcé depuis quelques mois, certains supporters radicaux du KB sont retournés à leur premier amour: «Notre premier club de coeur reste le PSG », reconnaît l'un d'entre eux. Ce qui n'empêche pas de nombreux irréductibles de rester fidèles au futsal pour « son ambiance familiale et ses matchs ultra rythmés ». S'ils sont moins nombreux que dans les tribunes du Parc, leur dévouement reste inchangé : torses nus et voix qui déraillent, les supporters partent en pogo dès la deuxième mi-temps alors que le score est de 2-2.

Face à la solide défense des Toulonnais, les futsaleurs du KB peinent à faire la différence. A une minute du coup de sifflet final, le score est de 4-4. Alors que tout semble joué, les locaux inscrivent deux buts en quelques secondes. Un exploit qui déchaîne les tribunes d'un gymnase déjà survolté. On chante, on danse, on se prend dans les bras et on se félicite pour cette victoire arrachée sur le fil. Même les joueurs toulonnais viennent applaudir les supporters pour leur prestation. Une ambiance euphorique qui se termine par une photo de groupe avec joueurs et supporters.

« On s'est fait un peu peur, mais avec le public et les joueurs on a su faire la différence », se réjouit le capitaine du KB Azdine Aigoun. Satisfait de son équipe comme de ses supporters, il remercie chaleureusement les ultras : « Avec une tribune pareille on est forcément stimulé. L'ambiance est la même que dans un stade de foot, mais le gymnase permet une meilleure proximité. On vit le truc à fond, les supporters aussi. Quand on gagne, ils sont aussi contents que lorsque le PSG est champion ». Sourire aux lèvres, il insiste sur ce qu'il considère comme « la richesse du club » : la proximité. « Le KB c'est avant tout une famille. Que cela soit avec les supporters, les dirigeants ou les joueurs. C'est une ambiance incroyable qui se traduit par de beaux résultats sur le terrain. »

Pour Laurence Delafosse, la vice-présidente du club, le scénario de ce match n'est pas un cas isolé. Elle qui a découvert cette discipline il y a 4 ans est rapidement devenue accro. « Au bout du troisième match on m'a demandé de donner un coup de main. C'est comme ça que je me suis retrouvée à ce poste », sourit celle qui est également directrice de collège à Rouen. Bénévole, elle enchaîne les déplacements chaque semaine par passion pour son club. Un effort justifié par l'intérêt que représente cette discipline à ses yeux : « Il y a un réel engouement autour du futsal. C'est un sport qui a beaucoup à apporter à la jeunesse », martèle-t-elle.

Fière de son club et de ses supporters, elle reste cependant « vigilante » à l'égard des ultras. « C'est une chance d'avoir un tel public, mais il est parfois difficile de canaliser cette force », admet-elle. Récemment le KB a été sanctionné pour l'allumage de deux fumigènes dans les tribunes. Bilan : 700 euros d'amende. Une sanction importante qui n'a pourtant pas froissé les rapports entre dirigeants et supporters. « Ils sont habitués à l'ambiance des stades et se retrouvent aujourd'hui dans un gymnase. C'est aussi difficile pour eux », reconnaît la vice-présidente.

Malgré l'engouement autour du KB, Laurence Delafosse lance un appel à l'aide : « On nous demande de jouer dans la cour des grands alors que nous manquons cruellement de moyens. Lorsque l'on voit les sponsors et les partenariats des clubs à l'échelle européenne, on comprend qu'il ne s'agit clairement pas du même univers ». Pour mettre en valeur ce sport au sein de la Fédération française de football, les clubs de futsal français ont récemment décidé de se fédérer en association. L'occasion d'offrir un meilleur cadre aux bénévoles comme aux joueurs. En dépit de ces difficultés, rien ne semble freiner l'engagement de Laurence Delafosse qui martèle : « Le Futsal c'est magique ! ». Le KB United aussi.

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Les joueurs du KB United fêtent la victoire face à Toulon avec leurs supporters. Vidéo Cyril Castelliti.