Dans la famille du rap de Chicago, Twista est toujours l'oncle sympa

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Dans la famille du rap de Chicago, Twista est toujours l'oncle sympa

Avec son nouveau projet « Crook County », le vétéran prouve qu'il a sa place aux côtés de la nouvelle vague, avec qui il collabore depuis des années.

« Avec ce que je fais, j'ai un pass VIP permanent auprès de tous ces nouveaux gars » m'annonce Twista avec enthousiasme au téléphone. Il me parle de son nouveau projet, Crook County, qui n'est pas seulement bourré de collaborations avec la nouvelle scène rap de Chicago mais qui est aussi et surtout directement inspiré par ces jeunes artistes débordant d'inventivité. Aujourd'hui, Twista est un peu considéré comme l'oncle cool de la scène de Chicago, le type qui a tout vu et tout fait, et qui assure toujours, même quan don le compare aux nouveaux couteaux. « Je suis juste fier de notre ville et de de ce qu'on a produit », explique-t-il. « Et j'observe avec recul et émerveillement la musique qu'ils produisent. »

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Twista sort des disques depuis le début des années 90, à l'époque où il était surnommé Tung Twista et où on l'on disait qu'il était le rappeur le plus rapide du monde. Il est devenu célèbre en 1997 grâce à l'album Adrenaline Rush et c'est Kamikaze en 2004 qui a confirmé son règne - le disque contenait « Slow Jamz » et « Overnight Celebrity », deux morceaux réalisés avec un jeune type de Chicago connu sous le nom de Kanye West. Contrairement à d'autres artistes de sa génération, Twista s'est complètement reconnu dans le nouvel élan symbolisé par des rappeurs comme Chief Keef, Lil Durk et King Louie. Et plutôt que de contester les choix artistiques de ces jeunes chiens fous, il leur a donné son approbation.

Mieux encore, il a fait une apparition sur le remix du « Traffic » de Lil Reese, et a co-signé avec Chance The Rapper et Vic Mensa le tube de la mixtape Acid Rap, « Cocoa Butter Kisses ». Son album de 2014, Dark Horse, contenait un titre avec Chief Keef et Stunt Taylor, et il a aussi bossé avec des mecs comme Mick Jenkins, Supa Bwe et Saba. Finalement, il n'y a peut-être personne d'autre à Chicago qui a collaboré avec des gens aussi divers ces dernières années - sans même parler des deux décennies précédentes.

« C'est exactement ce que je voulais faire, montrer l'exemple » m'explique t-il au sujet de tous ces featurings. « Genre 'voilà comment on fait'. Et envoyer un message aux mecs plus vieux : ne haïssez pas. » Il a poussé cette philosophie encore plus loin avec Crook County, que vous pouvez écouter plus bas et qui est sorti le 7 juillet dernier.

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Le projet comprend des collaborations avec—attention—Vic Spencer, Bandman Kevo, Supa Bwe, Cap 1, Blac Youngsta, B. Scott, Bodi Dealer, The Boy Illinois, Jeremih et YP. Et le disque est aussi frais et varié que cette liste peut le laisser penser. Twista a cessé de courir après les tubes radio, comme il a pu le faire -avec des résultats très mitigés- durant la deuxième moitié des années 2000. Il a compris que rien n'était plus motivant que de travailler sur des projets réellement excitants. C'est ce qui l'a poussé à bosser avec des artistes plus underground, plus expérimentaux et plus jeunes. « Je ne voulais pas me concentrer sur les têtes d'affiche du moment à Chicago, plutôt sur toute cette scène reléguée au second plan » explique t-il. « Ces mecs qui sont capables de remplir une salle ici et dont personne n'a entendu parler ».

Grâce aux jeunes qui bossent dans son studio, Twista déniche de nouveaux talents et il ne tarit pas d'éloges sur la prochaine vague. Ses premières impressions après avoir entendu Bandman Kevo sur le titre « Want My Money » de ZMoney : « on dirait une espèce de Gucci Mane de Chicago ». Quant à Vic Spencer, il le compare carrément à Rakim. Il loue également le côté expérimental de Supa Bwe, « quand j'écoute Chance et des gars comme son frère Taylor Bennett, c'est un tout nouveau son que j'entends et il est évident que Supa est un des prochains mecs qui va exploser - il développe lui aussi quelque chose de nouveau. »

Twista fait référence aux mélodies très lancinantes du morceau « Happy Days », le titre sur lequel figure Supa Bwe sur Crook County - accessoirement, un des morceaux préférés de Twista. Même lorsqu'il n'a pas de jeunes rappeurs autour de lui, on sent que Twista s'est laissé gagner par une vitalité nouvelle. Sur des titres comme « Hollywood » ou l'imparable « Stackin' Paper », il mêle à la perfection l'énergie féroce des hits trap à ses traditionnels lyrics de stoner.

« Le but est de réussir à être intemporel » réfléchit-il. « J'ai quelques potos qui rappent, et je sais que quand je les reverrai dans quelques années, ils seront toujours bloqués sur la même chose. Et je leur dirai : 'mec, c'est dépassé ! On dirait que t'es resté coincé plusieurs années en arrière'. Il faut toujours évoluer avec son temps. Si tu écoutes Scarface aujourd'hui, je te garantis que tu considèreras sa manière de rapper très différemment - elle te semblera moins extrême et plus pertinente que dans les années 90. » Twista lui aussi sonne moderne, plus méchant, malin et vif que jamais. « C'est clairement ce que je voulais faire avec 'Stackin' Paper,' le morceau sonne jeune, nouveau. Je voulais que les gens qui l'écoutent captent que je me suis vraiment amusé à faire ce disque. » Mission accomplie.

Kyle Kramer est sur Twitter.