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Caster Semenya est-elle trop testostéronée ?

L'IAAF aimerait forcer la championne olympique du 800 mètres à suivre un traitement hormonal pour réduire son taux de testostérone en vue des prochains JO.
4.7.17

Depuis huit ans et son premier titre mondial à Berlin, le cas de Caster Semenya fait débat au sein des instances dirigeantes de l'athlétisme mondial. L'athlète sud-africaine, reine incontestée du 800 mètres, est à la fois admirée pour ses performances et son palmarès – double championne du monde et double championne olympique – et critiquée pour son profil un peu spécial.

En effet, son physique et sa voix, très masculins, trahissent une caractéristique physiologique hors du commun pour une athlète femme. Caster Semenya a un taux de testostérone largement plus élevé que la moyenne, ce qui avait déjà poussé l'IAAF, la fédé international d'athlétisme, à la soumettre à des "tests de féminité" lors de ces mondiaux allemands de 2009. L'IAAF avait ensuite envisagé d'imposer un traitement hormonal aux athlètes concernées pour faire revenir leur taux de testostérone à un niveau équivalent à celui de leurs concurrentes. Mais en 2015, le tribunal arbitral du sport avait rendu un jugement interdisant l'IAAF de discriminer les athlètes sur leur niveau d'hormones.

Caster Semenya est intersexuée, ce qui signifie qu'elle présente des attributs à la fois masculins et féminins. Un profil biologique particulier, qui avait déjà suscité la polémique à l'époque donc, mais qui ne l'avait pas empêché de se forger un des plus beaux palmarès de l'athlétisme mondial actuel, tout en s'attirant les critiques de nombreux observateurs car il est toujours difficile de déterminer si ce taux de testostérone anormalement élevé est naturel ou la conséquence d'un programme de dopage organisé. Chez les femmes, la prise de testostérone reste la première pratique dopante observée en athlétisme (plus de 50% des cas en 2016), car elle permet au sang de transporter plus d'oxygène et au corps d'accélérer la prise de masse musculaire.

La polémique autour du cas Caster Semenya resurgit aujourd'hui puisque, comme le rapporte le quotidien britannique The Guardian, la commission scientifique de l'IAAF a publié un travail de recherche, mené par l'Institut de médecine et de chirurgie du sport de Monaco, prouvant que les femmes dotées d'un taux de testostérone plus élevé que la normale étaient naturellement avantagées dans leurs performances en compétition, améliorées de 2 à 4% par rapport aux femmes aux taux plus "lambda". Une broutille en apparence, mais au plus haut niveau, les médailles se jouent souvent sur ces "gains marginaux". Selon les sources du Guardian, l'IAAF aurait d'ores et déjà commandé un rapport plus précis concernant l'incidence du taux de testostérone sur les performances sur 800 mètres, mais aussi sur 100 et 200, car une sprinteuse indienne, Dutee Chand, est elle aussi dans le viseur de la fédé internationale d'athlé.