Si vous avez connu cet âge d'or (et que vous viviez aux États-Unis), vous êtes probablement tombés sur des figurines Disney, des Tortues Ninja ou des Tamagotchi – entre les potatoes et le Coca. Pour pimenter un peu la chose, les chaînes se tiraient la bourre en tentant d'attirer les petits gourmands avec des jouets de plus en plus sophistiqués. C'est ainsi qu'à l'orée des années 2000, Burger King décide de surfer sur une vague de catégorie « rouleau » pour séduire ses petits clients : les Pokémons.En 1999, la Pokémania est à son apogée. D'habitude plus versé hommes politiques, leaders religieux ou businessmen puissants, le magazine TIME consacre sa couv' du 22 novembre aux petits monstres japonais – Têtarte en gros plan pour les connaisseurs – et plusieurs pages à décrire le phénomène.« Pour beaucoup d'enfants, Pokémon est devenu une addiction : des cartes, des jeux vidéo, des jouets et maintenant un film. Est-ce mauvais pour eux ? » se demandaient les journalistes tels des Cassandre.Le ton est un peu parano mais juste ce qu'il faut pour semer le doute dans l'esprit des parents en route vers Toys''R''Us. A posteriori, on peut même reconnaître que l'inquiétude et le ton chevrotant du magazine avait un petit côté prémonitoire.LIRE AUSSI : Burger King lance sa propre crypto-monnaie
La couverture du TIME du 22 novembre 1999 annonce la Pokémania.
La chaîne venait de lancer une grande campagne conjointe avec la sortie du premier film Pokémon – en salles le 10 novembre de la même année dans toute l'Amérique du Nord. L'accident tragique se déroulait un mois tout pile après le début de cette opération de promotion censée durer 56 jours jusqu'à la fin décembre. Il s'agissait d'une des plus longues promos de toute l'histoire du Burger King.Pendant cette période, les enfants auraient l'opportunité d'attraper 57 Pokémons différents en prenant le menu enfant. Pour rendre les choses encore plus attirantes pour les kids, les Pokémons étaient même emballés dans une Poké Ball blanche et rouge – la même que celle utilisée par les chasseurs assermentés. Burger King avait prévu un stock de 25 millions de ces babioles - gratos pour tout achat d'un menu enfant.Au final, ce n'est pas la figurine elle-même qui avait causé la mort de la petite Kira mais son emballage. L'une des moitiés de la Poké Ball (plus de sept centimètres de diamètre) s'était collée sur son visage. Les ventouses bloquant son nez et sa bouche.Pour rendre les choses encore plus attirantes pour les kids, les Pokémons étaient même emballés dans une Poké Ball blanche et rouge
La Commission en charge de vérifier la sécurité des produits mis sur le marché américain (la CPSC) a immédiatement été saisie. Évidemment, leur avis était clair : cesser tout de suite l'offre de Burger King et rappeler tous les produits préalablement distribués. Mais la promotion se poursuivit.Ann Brown était à l'époque présidente de la CPSC et elle expliquait en janvier 2000 au Knight Ridder/Tribune Business News : « Une mort devrait être une preuve grave qu'il y a un problème. Il ne faut pas attendre qu'il y ait tout un tas de bébés décédés pour demander un rappel de produit. »Un porte-parole de Equity Marketing, l'entreprise fabriquant les jouets pour Burger King, commentera plus tard que la Poké Ball incriminé « respecte toutes les règles de sécurité en vigueur, voir plus ». Charles Nicolas, un porte-parole de Burger King, se défendra comme il peut d'un « personne n'a prouvé que c'est la balle qui a causé la mort. »Une mort est la preuve qu'il y a un problème. Il ne faut pas attendre qu'il y ait tout un tas de bébés décédés pour demander un rappel de produit.
La fameuse Poké Ball en question. Photo via Wikimedia Commons.
Pendant que tout le monde flippait, l'offre connaissait un véritable succès : certains Burger Kings vendaient plus de mille menus enfants par jour. Les stocks de Poké Balls se vidaient si vites que de nombreuses adresses étaient inondées de gremlins pleurant toutes les larmes de leur corps – et de parents mécontents.Bref, on ne se demandait pas si un autre accident mortel allait arriver mais simplement quand il allait se produire. Nombreux furent ceux à critiquer la lenteur de réaction de Burger King. L'opération fut un tel succès que la chaîne était réticente à demander un retour produit.« Ils se sont faits à cette idée mais on a vraiment dû insister », expliquait fin janvier de l'année suivante Ann au Washington Post.On ne se demandait pas si un autre accident mortel allait arriver mais simplement quand est-ce qu'il allait se produire.
56 000 pédiatres ont été prévenus du danger ainsi que 10 000 salles d'urgences. Un numéro vert a même été mis en place. Malheureusement, ces efforts furent insuffisants.
Un panneau publicitaire proposant d'échanger un jouet contre un cookie (2015). Photo via Flickr user Mike Mozart
Il semblerait même que Burger King soit de plus plus chaud pour arrêter de distribuer des petits cadeaux dans ses menus enfants. Il est désormais possible de remplacer le jouet par un cookie et l'année dernière, la responsable marketing de Burger King Afrique du Sud, Ezelna Jones, disait que le groupe « voulait arrêter les jouets pour tenter de réduire la production inutile de plastique ».La Pokémania, elle, était loin d'être finie. Toujours accompagnée de quelques moments tragiques. Depuis l'été 2016 et la sortie de l'application Pokémon Go, plus de dix personnes ont trouvé la mort en essayent de « les attraper tous ».LIRE AUSSI : On a craqué le code couleur de la cuisson du poulet de Burger King
