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RDC

80 personnes auraient disparu suite à une opération de police en RDC

L’ONG américaine Human Rights Watch a publié un rapport qui dénonce les dérives d’une mission anti-banditisme conduite par les forces de l’ordre à Kinshasa.
19.11.14
© 2013 Human Rights Watch

Des policiers congolais participant à l'Opération Likofi dans la capitale de la RD Congo, Kinshasa, le 2 décembre 2013.

Une série de descentes policières menées à Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo (RDC), aurait fait 51 morts et 33 disparus entre novembre 2013 et février 2014. Des informations présentées dans un rapport rendu public mardi par l'ONG américaine Human Rights Watch (HRW).

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Baptisée « Likofi » ( « coup de poing » en lingala, langue nationale de RDC), cette opération dirigée contre les gangs de Kinshasa aurait été marquée par des exécutions sommaires.

Les forces de police congolaises ont traqué les « kulunas », des membres présumés de gangs qui rackettent, violent et agressent la population de Kinshasa. Attendue et saluée par la population, l'opération est devenue une « campagne brutale », d'après HRW.

Au cours de ses recherches, l'organisation a recueilli plus d'une centaine de témoignages auprès des habitants de Kinshasa et de certains policiers. Ils rendent compte de nombreuses exactions policières contre de jeunes hommes. Cinq de ceux qui ont été tués n'avaient qu'entre quatorze et dix-sept ans. L'ONG fait état d'exécutions publiques, d'arrestations sans mandat d'arrêt et de disparitions. « Dans tous les cas examinés par Human Rights Watch, les personnes assassinées ne présentaient pas de menace mortelle imminente qui aurait justifié l'utilisation d'une force létale par la police, » peut-on lire dans le rapport.

Un policier ayant participé à l'opération Likofi s'est confié à HRW : « Nous avons pris les jeunes, les avons arrêtés et, s'ils étaient têtus, nous les avons tués sur place. C'était une opération « commando », et si vous refusiez d'exécuter les ordres, alors vous étiez aussi considéré comme un kuluna et tué. […] Durant cette opération, beaucoup de personnes innocentes ont été tuées, même plus que les véritables kulunas. »

VICE News a contacté Anneke Van Woudenberg, chercheuse senior à HRW. Elle travaille sur le Congo depuis 15 ans et a participé au rapport. Pour elle, la violence policière s'explique par le fait qu'au début de l'opération « La police avait l'intention de montrer à la population qu'elle avait la main dure. Ils ont arrêté de jeunes garçons dans leur maison, les ont fait sortir ligotés, les ont battus et les ont tués devant des foules de personnes. Quand il n'y avait pas de monde, ils laissaient les corps dans la rue. Ils voulaient envoyer un signal, montrer aux autres comment ils traitaient les kulunas. » rapporte la chercheuse.

« Après les premières accusations [de violence], ils ont changé de tactique, » poursuit-elle. « Ils ont emmené des gens dans les camps de la police et c'est ainsi que des disparitions ont commencé. » Ces jeunes gens auraient été exécutés et leurs corps jetés dans la rivière Congo d'après elle.

HRW appelle les autorités à suspendre le Général Célestin Kanyama, le principal commandant de l'opération, et à ouvrir une enquête pour que son rôle exact soit précisé. Ce n'est pas la première fois que la brutalité de la police dans l'opération Likofi est documentée : il y a un mois, les Nations Unies avaient dénoncé des crimes similaires ; en représailles, le chef du bureau pour les droits de l'Homme de l'ONU en RDC, Scott Campbell, a été expulsé par Kinshasa en 48 heures.

À la publication du rapport de l'ONG américaine, les autorités congolaises ont à nouveau réagi violemment, dénonçant par la voix du porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, une « ingérence inacceptable ». « C'est à nous de décider qui est coupable et qui est innocent » a-t-il déclaré à la radio RFI. D'après lui, aucun élément ne prouve que le général Kanyama a été directement impliqué dans ces exécutions sommaires.

 Suivez Mélodie Bouchaud sur Twitter : @meloboucho