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Migrants : L’UE s’accorde sur un plan d’urgence pour la route des Balkans

Alors que l’hiver approche, l’Union européenne va créer 100 000 places d’accueil supplémentaires dans les Balkans et en Grèce, mais a aussi annoncé le déploiement de 400 garde-frontières en Slovénie.
Pierre Longeray
Paris, FR
26.10.15
Photo de Pete Kiehart / VICE News

VICE News regroupe ses articles sur la crise migratoire mondiale sur son blog « Migrants »

Alors que l'hiver approche et que de nouveaux canots pneumatiques ont encore coulé entre la Turquie et la Grèce ce weekend, se tenait à Bruxelles, ce dimanche, un sommet consacré à la route des Balkans, empruntée chaque jour par des milliers de migrants qui souhaitent rejoindre des pays d'Europe.

Dix pays membres de l'UE et trois nations des Balkans — la Serbie, la Macédoine et l'Albanie — se sont accordés sur un plan en 17 points, comprenant notamment la création de 100 000 places d'accueil dans les Balkans et en Grèce, mais aussi des mesures pour « ralentir le flux incontrôlé de personnes [qui arrivent en Europe] », selon les mots de Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, où se tenait ce nouveau « mini-sommet ».

Les 17 décisions prises ce dimanche au siège de la Commission européenne.

Avec l'hiver qui arrive, la priorité absolue était de « s'assurer que les [migrants] ne sont pas laissés à l'abandon dans le froid et sous la pluie », expliquait Juncker, sous peine de « voir des familles mourir dans les rivières gelées des Balkans. »

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Il a donc été décidé de créer 50 000 places d'accueil en Grèce (30 000 cette année et 20 000 plus tard), grâce aux financements de l'UE et du Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR). 50 000 autres places d'accueil seront aussi créées le long de la route des Balkans, avec l'aide du HCR.

« C'est une bonne chose de ne pas laisser les gens dans la nature, mais c'est une solution de très court terme, » explique ce lundi à VICE News, Catherine de Wenden, directrice de recherche au CNRS sur les sujets liés aux migrations. « On crée des places d'accueil dans des pays où la situation économique n'est pas optimale [la Grèce et les pays des Balkans]. Ces gens vont forcément repartir, par exemple en Allemagne, pour trouver du travail, » prévient la spécialiste.

Faciliter les retours

Seconde priorité établie par le mini-sommet, faciliter les retours de ceux qui n'ont pas le droit à l'asile en Europe. Selon le nouveau plan adopté, les migrants doivent être enregistrés lors de leur point d'entrée dans l'UE (souvent en Grèce) et non pas une fois arrivés dans le pays où ils souhaitent s'installer. Ceux qui n'ont aucune chance d'obtenir l'asile selon les critères de la Convention de Genève, seront directement renvoyés avant même d'avoir atteint le pays où ils souhaitaient demander l'asile.

Ainsi, une plus grande coopération sur les programmes de retours va être mise en place avec l'Afghanistan, le Bangladesh et le Pakistan — dont les ressortissants n'ont pas forcément le droit à l'asile. Les migrants qui refusent de se faire enregistrer dans le pays par lequel ils sont arrivés dans l'UE pourront aussi être renvoyés immédiatement.

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À lire : L'UE plus sévère avec les migrants qui ne seront pas considérés comme des réfugiés

Catherine de Wenden fait remarquer que les décisions prises ce dimanche visent à « déporter » la gestion de l'accueil des migrants dans les pays périphériques de l'UE ou même hors-UE, ce qui pose alors la question de la solidarité entre les différents pays de la zone. Le Premier ministre slovène, Miro Cerar, avait justement appelé à plus de solidarité avant le début du sommet en déclarant, « Si nous ne prenons pas des actions immédiates et concrètes sur le terrain dans les jours et semaines à venir, l'UE va commencer à s'effondrer. »

Tensions entre les pays des Balkans

Le sommet devait aussi permettre de calmer les tensions naissantes entre les différents pays de la région, qui s'accusent mutuellement de laisser passer les migrants sans effectuer de contrôles.

À Bruxelles, on s'est alors mis d'accord pour « décourager le mouvement des réfugiés ou des migrants vers une frontière d'un autre pays de la région. […] Une politique consistant à laisser passer des réfugiés sans en informer un pays voisin n'est pas acceptable, » peut-on lire dans la déclaration finale.

Carte des Balkans (via Google maps)

C'est justement ce que la Slovénie reproche actuellement à son voisin, la Croatie, qui laisserait passer des milliers de migrants en Slovénie — qui a vu arriver 60 000 migrants en quelques jours. Pour calmer la gronde slovène, il a été décidé ce dimanche que 400 officiers de police de pays européens vont être déployés en Slovénie pour aider au contrôle des frontières.

À lire : Crise des migrants : En 24 heures, plus de 12 600 personnes entrent en Slovénie

Le plan adopté ce dimanche soir prévoit aussi un meilleur « contrôle des frontières » ou « border management », notamment en renforçant Frontex (l'agence de contrôle des frontières européennes) le long de la route des Balkans, mais aussi à la frontière entre la Turquie et la Bulgarie, et dans la mer Égée qui sépare la Turquie de la Grèce.

Suivez Pierre Longeray sur Twitter : @PLongeray