Technologie

Les applications de rencontres sont-elles dangereuses ?

La récente condamnation du "Grindr Killer" — un meurtrier qui rencontrait ses victimes sur l'application de rencontres gay — invite à questionner la sécurité de ces nouvelles formes de rencontres.
30.11.16
Associated Press

La condamnation d'un individu pour les meurtres et agressions sexuelles commis sur quatre jeunes hommes britanniques a encouragé les médias du monde entier à titrer sur ce « Grindr Killer » — en référence à l'application de rencontres gay que le meurtrier utilisait pour trouver ses victimes. Cette affaire invite à se demander à quel point les applications de rencontres sont sûres. D'autant plus que ce n'est pas la première fois que ces applications sont accusées de mettre en danger leurs utilisateurs. Après une affaire semblable à celle du Grindr Killer, le site d'information Vocativ avait publié en 2014 un article intitulé « Mort sur Grindr : La nouvelle application des tueurs ? »

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Jane Sawyers, la responsable de la police britannique pour les sujets impliquant la communauté LGBT, estime que ces applications « pourraient en faire plus pour protéger leurs utilisateurs. » Mais qu'est-ce que ces entreprises peuvent-elles vraiment faire ?

Sollicitée par VICE News, Grindr n'a pas souhaité s'exprimer sur le sujet. Mais l'application de rencontre Happn nous a confié qu'elle s'assurait que tous ses utilisateurs étaient « connectés à un compte Facebook avant de pouvoir se servir de l'application ». Cela permet à Happn d'assurer la sécurité de leurs utilisateurs parce que « Facebook est particulièrement attentif quant aux faux comptes, » estime un porte-parole de l'application de rencontres. Happn conseille aussi à ses utilisateurs de « se rencontrer dans un endroit public » et de « prévenir ses amis » avant d'aller à une « date » Happn.

Mais le porte-parole admet que « rencontrer de nouvelles personnes comporte toujours un risque , » ajoutant que « ceux qui ont de mauvaises intentions peuvent aussi bien rencontrer des gens en ligne que dans la vraie vie. »

Sharif Mowlabocus, un professeur de l'université du Sussex et auteur de Gaydar Culture (qui explore la manière dont les hommes homosexuels se comportent en ligne), est aussi de cet avis. Pour lui, le problème concernant le Grindr Killer est un « problème qui relève de la police, pas de firmes technologiques. » Mowlabocus estime que s'en prendre aux entreprises qui créent ces applications revient à contourner le véritable problème.

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« Se demander si les applications assurent un niveau de sécurité suffisant à leurs utilisateurs, cela revient à dire que ces applications ont la responsabilité de protéger leurs utilisateurs. Si c'est le cas, à quel point sont-ils responsables ? Parce que l'on pourrait appliquer ce raisonnement aux bars, aux boîtes et à tous les lieux de rencontres. »

« Un bar ou une application ne peuvent pas être responsables de ce qui se passe entre deux personnes qui s'y sont rencontrées. Pour le cas de Stephen Port [le Grindr Killer], c'est facile de rejeter la faute sur la technologie pour ce qui s'est passé, mais ce n'est pas la technologie qui a violé et tué ces hommes. C'est Port qui l'a fait. »

Mowlabocus rappelle que la première victime de Port, Anthony Walgate, avait appliqué les précautions que les applications conseillent de prendre. Il a dit ses amis où il était et il a rencontré Port dans un lieu public. « Ce sont de bons conseils, mais cela ne l'a pas empêché de se faire tuer. »

« On peut se demander ce que les applications pourraient conseiller à leurs utilisateurs, ou quelles mesures de sécurité pourraient éviter ce genre de chose. Malheureusement, je ne pense pas que l'on puisse y faire quoique ce soit. »

Benjamin Wilson vivait dans la ville où le Grindr Killer a frappé, et il a discuté plusieurs fois avec lui sur l'application. Pour lui, les applications offrent en réalité plus de sécurité à la communauté LGBT.

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« Combien d'entre nous utilisent ce type d'applications, et combien ont vécu une mauvaise expérience ? » demande-t-il. « Pas plus que dans un bar. En réalité, utiliser ces applications peut rendre les choses plus sûres. Je n'ai pas à sortir et à aller me bourrer la gueule dans un quartier glauque. Je n'ai pas non plus à marcher dans la rue avec une tenue qui pourrait m'attirer des ennuis. »

Se demander si Grindr est « responsable » de ces crimes invite aussi à se questionner sur la gestion de l'affaire par la police et les médias, dont certains auraient été implicitement homophobes.

« La couverture médiatique des rencontres gay et des applications affiliées est quasiment tout le temps salace et homophobe, » estime Mowlabocus. « Surnommer Port le "Grindr Killer" n'est pas seulement grossier. Cela lie l'application au meurtre. Pourquoi ne pas l'appeler le tueur au GHB ? Ou le tueur du cimetière vu qu'il jetait les corps là-bas ? Mettre le nom de l'application de rencontres gay dans le titre permet simplement de diaboliser encore plus les hommes gays. »

Wilson pense que les applications ne peuvent rien faire de plus pour améliorer la sécurité de leur service — d'autant plus qu'ils n'ont pas à le faire. « Se concentrer sur les applications revient à rejeter la faute sur quelqu'un d'autre, » dit-il. « C'est en quelque sorte un moyen de blâmer la victime en disant "Pourquoi s'étonner aussi ? Ils baisaient sous drogue et s'étaient rencontrés sur une appli". »

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« Pour moi, se concentrer sur l'aspect technologique de la chose est un moyen pour les hétéros, ou la police, de faire sentir qu'il n'y a là pas vraiment d'injustice, qu'il ne s'agit pas d'un préjudice systématique. »

« Dans les années 1970, Port aurait pu avoir rencontré ses victimes en passant une petite annonce dans un journal, ou sur un chat téléphonique dans les années 1980, » dit Mowlabocus. « La technologie a évolué. Mais le résultat aurait été le même. »


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