Tensions sino-américaines autour d'un drone sous-marin

Deux tweets postés ce weekend par Donald Trump ont mis le feu aux poudres dans les relations entre les États-Unis et la Chine, alors qu'elles sont déjà tendues.

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21 Décembre 2016, 9:00am

ASSOCIATED PRESS

Deux tweets postés ce weekend par Donald Trump ont mis le feu aux poudres dans les relations entre les États-Unis et la Chine, alors qu'elles sont déjà tendues. Le président élu a posté des commentaires sur la saisie d'un drone sous-marin américain par la marine chinoise.

Trump, qui pendant toute la campagne a défendu une ligne dure vis-à-vis de la Chine, a livré son opinion sur l'incident deux fois au cours du week-end. Il a notamment accusé Pékin d'avoir volé le drone, qui a été finalement rendu à Washington ce lundi.

On devrait dire à la Chine qu'on ne veut pas récupérer le drone qu'ils ont volé. Qu'ils le gardent !

Jeudi dernier, la Chine a saisi l'engin maritime dans la mer de Chine méridionale, une région sensible d'un point de vue géopolitique. Cela a fait monter la tension entre les deux pays, à un mois à peine de l'entrée en fonction de Donald Trump. Connu comme « le planeur sous-marin », ce drone a été capturé par un bateau de la marine chinoise 80 kilomètres au nord-ouest de la baie de Subic, dans les Philippines. Le Pentagone a annoncé vendredi que le bateau de reconnaissance océanographique USNS Bowditch essayait de retrouver le drone au moment même où celui-ci a été récupéré par Pékin.

La porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinoises Hua Chunying a dit ce lundi que le drone avait été récupéré et examiné pour éviter de faire courir tout danger aux bateaux qui passent. Ensuite, le drone a été rendu aux Américains près d'où il avait été saisi après des « discussions amicales » avec les autorités américaines.

Des analystes chinois pensent que le drone pourrait servir à surveiller leurs sous-marins

Les commentaires de Hua sont apparus dans un éditorial diffusé dans Le Quotidien du peuple, le média officiel du Parti communiste chinois. Dans cet éditorial, elle explique que le drone fait partie d'une stratégie américaine pour « contenir la Chine stratégiquement. »

« Ce drone représente juste la partie émergée de l'iceberg en ce qui concerne les actions militaires américaines visant la Chine », lisait-on dans l'éditorial. Pour Hua, la présence de lquipage USNS Bowditch dans la mer de Chine méridionale est un exemple parmi d'autres de la volonté américaine de « garder un oeil sur la Chine » — une preuve de « l'hostilité » américaine selon la ministre.

Zhang Baohui, un expert en sécurité à l'université Lingnan à Hong Kong, nous a dit ce que les analystes chinois en pensent. Selon eux, « le drone aurait été, soit en train de collecter des données maritimes pour établir la configuration des activités des sous-marins chinois, soit il surveillait directement les sous-marins chinois des environs. »

Selon Baohui, la Chine avait quatre ou cinq missiles balistiques sous-marins de type 094 basés dans la mer de Chine méridionale. Il dit que les États-Unis s'efforçaient à les suivre dans l'espoir de pouvoir les abattre plus facilement, en cas de guerre.

« Donc pour la Chine, cette affaire est sérieuse. [Le pays] saborde et résiste aux activités de surveillance américaine depuis un moment. » Il a rajouté que la Chine ne voulait pas empirer la situation et avait annoncé vouloir rendre le drone, sans insister.

« [La Chine] a accompli ce qu'elle voulait en mettant un terme à une mission de surveillance américaine en cours. De plus, elle a envoyé un signal à l'armée américaine — en clair qu'elle ne tolérerait pas qu'on aille à l'encontre de ses intérêts en matière de sécurité. »

La tension est palpable dans la mer de Chine méridionale

La mer de Chine méridionale est au centre de nombreuses disputes territoriales entre plusieurs pays de la région. Cette zone est devenue encore plus volatile avec le nouveau programme chinois. Pékin veut construire des îles artificielles dans la région, et vite, pour y installer tout un système de défense.

En guise de réponse, les bateaux de guerre américains ont conduit des opérations au nom de la « liberté de navigation » près des îles contestées, ce que Pékin a dénoncé.

« La situation est déjà compliquée dans cette région », nous a dit Kerry Brown, un chercheur associé au think tank britannique Chatham House.

Depuis qu'il a gagné llection, Donald Trump a prévenu la Chine qu'il pourrait abandonner la position actuelle américaine et entreprendre des pourparlers avec Taïwan. Car les États-Unis ont depuis longtemps reconnu le principe de la « Chine unique », selon laquelle Taïwan fait officiellement partie de la même nation que Pékin. Les commentaires de Trump sur l'affaire du drone n'ont fait qu'empirer les relations sino-américaines, selon Brown.

La Chine vole un drone de recherche de la marine américaine dans les eaux internationales - ils l'ont sorti de l'eau et l'ont ramené en Chine. Du jamais vu.

Les médias officiels chinois se demandent si Trump est vraiment présidentiable

Les médias officiels chinois ont répondu aux commentaires de Trump. Le Global Times a publié un éditorial ce dimanche disant que le président élu n'avait « aucun idée de la manière dont on dirige une superpuissance ».

« Comme il n'a pas encore pris ses fonctions, la Chine a pris une position d'apaisement vis-à-vis de ses remarques provocatrices, » tempère l'éditorial. « Mais s'il traite la Chine de la même façon que dans ses tweets, une fois entré en fonction, la Chine ne fera pas preuve de retenue. »

Victor Gao, un ancien cadre du ministère des Affaires étrangères chinois nous a dit qu'il espérait que Trump changerait de ton envers la Chine une fois investi. Ou alors la sécurité mondiale pourrait en pâtir terriblement.

« Les relations sino-américaines sont les plus importantes dans le monde et nous ne pouvons nous permettre de les voir se dégrader », a-t-il dit. Car si cette relation n'existe plus, « l'humanité ne pourra pas dormir tranquillement le soir. »

Pour Zhang et Brown, la Chine semble accorder à Trump le bénéfice du doute. Le pays compte attendre jusquce qu'il s'installe à la Maison blanche pour voir s'il continue avec ses positions d'affrontement.

« Il est encore trop tôt pour dire ce qui peut se passer sous Trump », a indiqué Zhang. Celui-ci a rajouté que les raisons du président élu pour parler de Taïwan étaient encore floues.

« S'il veut en effet changer la politique de la "Chine unique", les relations sino-américaines vont très rapidement se dégrader, » a conclu Zhang.


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