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FRANCE

De nouvelles informations émergent sur la préparation des attaques de Paris

Une enquête du journal Le Monde révèle comment les trois équipes responsables des attentats du 13 novembre se sont organisées la veille des trois attaques coordonnées qui ont fait 130 morts.
30.12.15
Des policiers à Saint-Denis le 18 novembre 2015. (Photo de Etienne Rouillon / VICE News)

L'épopée morbide de l'équipée terroriste qui a frappé la capitale française le vendredi 13 novembre avait commencé la veille sur les coups de 3 heures du matin, à Molenbeek, un quartier de Bruxelles désormais mondialement connu. Le journal Le Monde, qui a eu accès aux 6 000 procès-verbaux de l'enquête sur les attaques de Paris, publie ce mercredi matin un article qui retrace précisément la préparation des trois salves d'attaques coordonnées : aux abords du Stade de France, sur les terrasses des 10e et 11e arrondissements et au Bataclan.

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Trois cibles, donc trois équipes et trois voitures : une Clio, une Seat et une Polo. Dans la nuit du mercredi au jeudi 12 novembre, il est 3 heures du matin, quand la Clio et la Seat se retrouvent dans une ruelle de Molenbeek. Trois hommes sortent des voitures et s'échangeant un paquet. Pour les enquêteurs, il s'agit de Salah Abdeslam, encore recherché par toutes les polices du monde, son frère Brahim, qui s'est fait exploser au Comptoir Voltaire et Mohamed Abrini, un Belge de 30 ans qui aurait aidé à la préparation des attaques, mais n'y aurait pas pris part. Il est lui aussi toujours recherché.

Première étape à Charleroi

Une heure trente plus tard, on retrouve les deux voitures sur l'autoroute en direction de Charleroi selon les informations du Monde. Au petit matin, les trois hommes s'arrêtent dans un quartier connu de Charleroi pour ses trafics en tout genre — principalement d'armes et de drogues. Vers 16 heures, ils repartent pour se rendre à Paris. C'est là que la troisième voiture — la Polo — les rejoint et vient grossir les rangs de l'équipe.

Les images de la vidéosurveillance de deux stations-service ont permis aux enquêteurs d'identifier les passagers de la Clio et de la Polo — mais pas de la Seat.

Dans la soirée du 12 novembre, ils arrivent à Paris et se répartissent dans deux points de chute. L'équipe du Bataclan s'installe à Alfortville dans l'hôtel Appart'city. Les groupes du Stade de France et des « terrasses » logent dans un pavillon de Bobigny et « confectionneront leurs ceintures explosives à l'aide d'un rouleau de Scotch retrouvé sur place, » note Le Monde.

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Un aller-retour mystérieux à l'aéroport de Roissy

Le lendemain, le 13 novembre, la première voiture — la Clio — part sur les coups de 18 heures en direction de l'aéroport Roissy, où elle va stationner pendant une heure jusqu'à 19 h 20. Les enquêteurs ne savent pas encore à quoi a pu servir cet aller-retour à l'aéroport. À 19 h 40, les trois assaillants du Bataclan quittent leur hôtel à bord de la Polo. À 20 h 29, Salah Abdeslam part vers la Stade de France où il va déposer les trois kamikazes. à 20 h 39, la Seat se dirige en direction des terrasses.

Dans la Clio, il y a donc Salah Abdeslam, Bilal Hadfi et deux hommes non-identifiés sur lesquels on a retrouvé deux faux passeports syriens. On sait simplement qu'ils sont entrés en Europe début octobre.

Sur les sièges de la Seat, il y a Abdelhamid Abaaoud, Brahim Abdeslam et un troisième homme — qui pourrait être l'homme qui a péri avec Abaaoud lors du raid de la police dans un appartement de Saint-Denis le 18 novembre au matin.

À bord de la Polo, on retrouve Mostefaï, Amimour et Mohamed-Aggad, qui roulent vers la salle de concert, parisienne où jouent les Eagles of Death Metal devant 1 500 fans.

Des attaques probablement coordonnées depuis la Belgique

Comme l'indiquait déjà Le Figaro le 28 décembre, Le Monde précise que les trois équipes ont été en relation téléphonique avec un correspondant en Belgique lors des différentes attaques. Ce qui a mis les policiers sur cette piste est un téléphone Samsung blanc retrouvé dans une poubelle près du Bataclan.

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Sur ce mobile, dont la ligne avait été ouverte par Salah Abdeslam le 12 novembre et sur lequel on retrouve l'ADN de Mostefaï et de Mohamed-Aggad, les policiers retrouvent un texto envoyé à 21 h 45 : « On est parti, on commence. » Le destinataire du texto est en Belgique et a communiqué 25 fois avec le Samsung. Il va désactiver sa ligne dès qu'il reçoit le SMS annonciateur de l'équipe du Bataclan.

Ce mystérieux destinataire aurait aussi été en communication avec Abaaoud pendant la soirée du 13 novembre. En effet, un autre numéro joint par Abaaoud a émis exactement au même endroit que le destinataire du SMS. Pour les enquêteurs, cela ne fait pas de doute : un complice belge a pu coordonner les attaques.

Un proche des terroristes tué en Syrie

Né à Bondy, Charaffe Al-Mouadan avait 26 ans quand il a été tué par une frappe de drone américain, a annoncé ce mardi le porte-parole de la coalition américaine en Syrie et en Irak, Steve Warren. Al-Mouadan était un ami d'enfance d'un des assaillants du Bataclan, Samy Amimour. Avant de rejoindre la Syrie en août 2013, il avait été arrêté avec Amimour en octobre 2012, alors qu'ils avaient pour projet de partir combattre en Afghanistan ou au Yémen.

Al-Mouadan, que l'on surnommait « Soulaymane » en Syrie, était aussi proche d'Abaaoud. France Info note qu'Al-Mouadan et le petit frère d'Abaaoud (emmené par son grand frère en Syrie) posent ensemble sur une photo. Un lien confirmé par Warren sur Twitter.

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BREAKING: Charaffe al Mouadan, Syrian-based leader with a direct link to Abaaoud, (Paris attack cell leader), was killed on Dec. 24.

— COL Steve Warren (@OIRSpox)December 29, 2015

Un témoin de l'attaque du Bataclan avait aussi surpris une étonnante conversation entre deux assaillants, l'un demandant à l'autre s'il « comptait appeler Souleymane » — laissant penser à un lien entre Al-Mouadan et les attaques de Paris.

Dans son communiqué de ce mardi, Steve Warren avait annoncé qu'Al-Mouadan était une des « dix personnalités dirigeantes de l'EI » tuées « dans des frappes aériennes ciblées, y compris plusieurs organisateurs d'attentats à l'étranger, dont certains étaient liés aux attaques de Paris. »

David Thomson, journaliste pour RFI et spécialiste des mouvements djihadistes, précise sur France Info qu'Al-Mouadan était en réalité un simple combattant très actif sur les réseaux sociaux, et non une personnalité dirigeante de l'organisation terroriste.

Figure de la jihadosphère depuis + de 2 ans, Aba Souleymane était encore actif sur Twitter il y a quelques semaines — David Thomson (@_DavidThomson)December 29, 2015

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