J'ai essayé le bondage japonais pour comprendre la beauté de cet art

Résultat : beaucoup de douleur, plein d’ecchymoses et une épaule sur le point de se disloquer.

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14 Août 2018, 7:57am

Cet article a été initialement publié sur VICE Pays-Bas.

Le bondage japonais, également connu sous le nom de kinbaku ou shibari, est une forme de BDSM vieille de plusieurs siècles, centrée sur l’esthétique du ligotage et la sensation d’être complètement à la merci de la personne qui manie les cordes. Le shibari vous transforme en sculpture humaine et vous stimule sexuellement – du moins, c'est l'idée. C'est de l'art, mais pour le sexe !

J'ai toujours été fascinée par l'idée de la servitude, mais je n'ai jamais sérieusement envisagé de demander à quelqu'un de m'attacher et de me hisser dans les airs. Un corps nu attaché peut paraître sexy, mais je ne peux pas m'empêcher de penser que ce doit être extrêmement douloureux pour la personne empêtrée dans les cordes – trop douloureux pour être véritablement excitant.

Afin de comprendre l’engouement autour du shibari, j'ai contacté Bob Roos, qui gère le site fétichiste Ropemarks. Âgé de 48 ans et originaire d’Amsterdam, il organise des ateliers BDSM depuis 20 ans et se spécialise dans le bondage japonais.

Première étape.

Quelques jours après avoir contacté Bob, je me retrouve dans son appartement. Les murs sont ornés de portraits de super-héros de bandes dessinées. Avant de commencer, nous nous asseyons sur sa terrasse et il me donne une leçon d’histoire accélérée sur son fétichisme préféré.

« Le shibari s’inspire des policiers japonais qui, il y a plusieurs siècles, utilisaient des cordes pour attacher et transporter les criminels », dit-il. « Les officiers ont dû apprendre à nouer des nœuds compliqués pour que les détenus ne puissent pas s’échapper. Ces mêmes officiers ont ensuite apporté leurs connaissances dans la chambre à coucher. »

Spring, la copine de Bob, nous rejoint sur la terrasse. Je la reconnais immédiatement ; c’est elle qui pose sur les photos promotionnelles de Ropemarks. C’est la réalité brute de ces photos qui m'a permis de réaliser à quel point le BDSM est aseptisé dans des films comme Fifty Shades of Grey.

Selon Bob, le soft porn donne une fausse impression de la véritable nature du bondage : « Les gens regardent le film et reviennent avec l’envie de suspendre leur partenaire au plafond, mais ils ne réalisent pas que c'est beaucoup plus difficile qu'il n'y paraît. Les cordes peuvent se briser facilement. »

Là-dessus, Bob décide de me raconter des anecdotes de personnes qui ont été blessées après que leurs cordes se soient cassées. Je commence à me demander si venir ici était une bonne idée. Apparemment, les lésions nerveuses constituent le plus grand risque.

Bob me met en place.

« Mais la sécurité passe avant tout », me rassure Bob, sentant peut-être ma réticence. Surtout pour les nouveaux arrivants, « il est important de s'assurer que rien n’est pincé… Si une partie de votre corps est engourdie, dites-le aussitôt, sinon vous risquez de causer de graves dommages à vos nerfs. »

Il est temps de commencer. Tout d'abord, Bob doit tester ma flexibilité en tirant mes mains derrière mon dos. Est-ce que cela va être confortable, au moins un petit peu ? « Non », répond-il en riant, ajoutant que le bondage de suspension concerne principalement la douleur – pas forcément au niveau des cordes, mais des postures. « Il faut que tu respires et que tu supportes la douleur », dit Spring. Selon elle, si je me laisse aller, je vais finir par entrer dans le soi-disant « espace de cordes » – une sorte de transe dans laquelle les endorphines se précipiteront dans mon cerveau.

Bob commence à m’attacher les mains derrière le dos de manière contrôlée et rythmée. Je remarque qu'il commence à adopter une posture plus dominante. Je ne vois pas ce qui se passe derrière moi, mais je sens les cordes se resserrer.

Bob m'attache de sorte à ce que je puisse bouger uniquement la tête. Alors que je suis là, complètement impuissante, il décrit calmement comment il a développé son fétichisme. Tout a commencé par une fascination pour les super-héros. « Quand j'avais huit ans, ma grand-mère m'a donné une bande dessinée illustrant une femme araignée emmêlée dans des cordes », dit-il, en donnant un peu de contexte à tous les tableaux accrochés à ses murs.

À l’époque, Bob était trop jeune pour associer cette fascination au sexe, mais après avoir commencé à regarder du porno à l'adolescence, il est finalement tombé dans la catégorie BDSM. Depuis, il en parle ouvertement à toutes ses copines.

La douleur et la pression deviennent de plus en plus supportables, au point que je me sens plutôt à l'aise

Je ne peux pas bouger, mais j'apprécie la conversation. Soudain, Bob tire un côté de mon corps. Je crie. Ma plus grande inquiétude à ce stade est mon épaule, qui s'est disloquée quand j'avais 14 ans, mais heureusement, mon bras reste dans sa prise. Je commence à avoir des vertiges alors Bob me demande de bouger les doigts pour vérifier qu'aucun vaisseau sanguin n'est pincé.

Bob aime vraiment les surprises. Quelques instants plus tard, sans aucun avertissement, il contorsionne mon corps dans plusieurs positions différentes de son choix. Je suis brusquement soulevée de plus en plus haut, jusqu'à ce que je puisse à peine toucher le sol, avant de retomber. J’ai l’impression d’être un gigantesque meuble ancien, suspendu à un système de poulie, hissé de force. C'est comme si j'étais un personnage dans le jeu de Bob, et je ne sais pas si la douleur que je ressens est bonne ou mauvaise.

« C’est précisément ce sentiment que j’aime le plus », me dit Spring, alors qu'elle sirote un thé à côté de nous. « Je m'abandonne lentement à la douleur et finalement, je l'accepte. »

Bob me hisse dans les airs.

Je demande à Bob si ce processus n’est pas un peu compliqué, surtout quand Spring et lui veulent un coup vite fait. « Nous n'avons pas toujours envie de faire du bondage, mais nos rapports sexuels sont toujours un peu bizarres », répond-il.

Bob attache des cordes autour de mes épaules. La douleur et la pression deviennent de plus en plus supportables, au point que je me sens plutôt à l'aise, comme si on me faisait un massage ferme sur un muscle tendu. Bob le ressent et demande si je m'amuse. Je lui dis que oui, il y voit un prétexte pour tirer mes jambes jusqu'à ce que je sois suspendue dans les airs sous un angle, le sang se précipitant dans mon cerveau. La douleur revient.

Mon visage est aussi rouge qu'une betterave. Étant donné que Bob n'est pas mon petit ami, l'ambiance dans la chambre n'est pas hyper sexy, mais au moins nous passons un bon moment. Maintenant que je suis suspendue dans les airs, je comprends mieux ce que les gens trouvent d’excitant à cela. Il s’agit de donner le contrôle total à quelqu'un qui peut faire de vous ce qu’il veut. Il est impossible de résister physiquement tant ça fait mal.

Je ne peux pas bouger, mais contrairement à ce qui s'est passé plus tôt, je ressens maintenant un sentiment de liberté

Bob m’explique que les gens peuvent choisir d'aller plus loin. « Le sexe peut être une partie importante du bondage », dit-il. « Par exemple, les femmes peuvent demander à avoir les jambes attachées de manière à ce qu’on les baise pendant qu’elles sont dans les airs. Vous avez également des jeux de bondage japonais où la femme est placée dans une position traditionnellement considérée comme dégradante, par exemple lorsque ses bras sont attachés derrière son dos et que ses seins sont mis en avant. Cette posture est plutôt banale en Occident, mais elle est humiliante au Japon. »

Bob me retourne. Je me suis habituée à ses manœuvres et je commence à me sentir bien. Bob remarque mon aisance et relâche la corde qui me serre la tête, ce qui me pousse à me retourner.

Le vertige revient, mais cette fois, j’essaie de détendre mes muscles et je me sens progressivement plus légère. Je ne peux pas bouger, mais contrairement à ce qui s'est passé plus tôt, quand je me suis sentie anxieuse, je ressens maintenant un sentiment de liberté. On m’a dit que certains exercices de respiration pendant les rapports sexuels peuvent potentiellement prolonger et intensifier un orgasme, et je parie que les orgasmes peuvent être explosifs, mais si je ne suis toujours pas particulièrement excitée.

Mes marques post-session.

Bob va un peu plus loin : il détache mes cheveux et les rattache avec une corde. Il les tire ensuite vers le haut, ce qui incline mon cou. Mon corps entier est maintenant tendu. « Je dois admettre que j'aime vraiment avoir le contrôle », remarque Bob.

Il est temps de partir. Je sens le fardeau glisser de mes épaules, au sens propre comme au sens figuré. Je peux enfin bouger à nouveau et je suis soulagée de sentir le sol sous mes pieds. La corde a laissé des marques partout sur mes bras – des marques qui laissent place à des bleus le lendemain.

Il est assez facile de comprendre comment le bondage peut améliorer votre vie sexuelle – c’est difficile, imprévisible et ça vous oblige à vous donner entièrement à votre partenaire. De plus, ça a l'air génial. Mais je pense que je vais en rester là. Je suis trop impatiente pour le bondage japonais. Il faut tellement de temps pour se mettre en place que je perdrais tout intérêt pour un quelconque acte sexuel.

Dans l'ensemble : c'était marrant, mais je suis plus branchée par les relations sexuelles que par l'art de la suspension humaine.