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Red Star FC

Régis Brouard, le saint-patron de Saint-Ouen

Connu pour être un homme de « coups » et de Coupe, l’entraîneur du Red Star, Régis Brouard, est avant tout un passionné de foot au caractère bien trempé, qui a toujours respecté l’identité des clubs par lesquels il est passé.

par Antoine Aubry
19 Juin 2018, 11:40am

Photo Yann Lévy 

VICE et le Red Star se sont associés pour vous faire vivre de l’intérieur la saison des Vert et Blanc de Saint-Ouen. Nous serons présents sur les terrains et dans les vestiaires, auprès des joueurs, du staff, des supporters et de tous ceux qui gravitent autour de ce club historique du foot français. Aujourd'hui, une rapide présentation du coach de l'équipe première Régis Brouard.


Si le Red Star va retrouver la Ligue 2 seulement un an après l’avoir quittée, il le doit à ses joueurs. Matias Ferreira, Formose Mendy, Samba Diakité, Abdoulaye Sané et tous les autres qui ont ferraillé avec succès pour ne pas tomber dans le traquenard du National. Mais c’est aussi le succès sportif du chef de meute qu’est l’entraîneur Régis Brouard. Durant l’été 2017, l’état-major du club de Saint-Ouen lui avait confié la mission de reconstruire sur les cendres du traumatisme de la relégation. L’ancien joueur du Red Star a réussi son pari.

Né aux Ulis, comme Pat Evra et Thierry Henry, et formé à l’AJ Auxerre, Régis Brouard a connu une carrière de joueur respectable : 120 matches en National avec Rodez pour fourbir ses armes avant de découvrir la première division sous le maillot montpelliérain. Au sein d’une équipe qui joue les premiers rôles, Brouard ne dispute que 12 matches en deux saisons, mais participe au quart de finale de Coupe des coupes contre Manchester United au printemps 1991.

À 24 ans, Régis Brouard part alors chercher du temps de jeu ailleurs, à l’étage inférieur : Bourges, Niort, le Red Star, Caen, Nîmes et Cannes. Joueur, il s’intéressait déjà de très près au métier d’entraîneur : « Je vivais pleinement mes saisons de joueur, mais la question était déjà omniprésente dans mon esprit (à cette époque) », indiquait-il à la RTBF en septembre 2016. C’est donc tout naturellement qu’il revient à Rodez en tant que coach en 2003 quelques semaines à peine après avoir raccroché les crampons. Bien que le club soit en difficulté financière, Régis Brouard réussit l’exploit de le faire monter de la CFA 2 – le cinquième échelon national – à la CFA dès sa première année et manque de peu l’accession en National la saison suivante.

Dans le vestiaire audonien à Bauer. Photo Yann Lévy.

Enfant du club ruthénois et actuel manager général du club, Grégory Ursule se remettait d’une blessure lors du passage du coach Brouard en Aveyron. L’ancien milieu défensif a eu l’occasion observer de près ses premiers pas dans ce nouveau rôle : « À Rodez, Régis était déjà très charismatique et possédait encore ce tempérament un peu bouillant qu’il avait lorsqu’il était joueur. Régis entraînait avec passion et avec sa gouaille typique. Ses qualités de coach font qu’il a vraiment laissé une belle image dans la ville. »

Après une expérience mitigée au Nîmes Olympique, Régis Brouard rebondit à Quevilly (Seine-Maritime), club amateur de CFA, en 2008. Et de quelle manière ! En quatre ans, l’équipe accède au National et réalise deux superbes parcours en Coupe de France : une demi-finale en 2010 et une finale perdue face à Lyon deux ans plus tard. Recruté par le club normand durant l’été 2010, le défenseur Valentin Sanson a été très marqué par l’actuel entraîneur du Red Star lors de son passage au club : « Régis, c’est quelqu’un qui a une prestance, de la sérénité », explique-t-il. Une personne vraie, entière, et très ouverte. Quand je suis arrivé au club, il m’a tout de suite mis dans les meilleures conditions alors que je venais initialement pour jouer avec l’équipe réserve. Tous ses joueurs sont un peu ses gamins et avec lui, tu peux discuter de tout. Je ne sais pas comment les professionnels perçoivent la relation joueur/entraîneur mais à mes yeux cela donne forcément de la confiance. »

« C’est un coach qui prône le jeu, mais tout en faisant attention à ce que l’équipe soit structurée et tactiquement très forte », poursuit celui qui évolue maintenant à Dieppe. «Et pour lui, chaque match a sa particularité. Il était toujours à la recherche de la meilleure manière de nous mettre dans la rencontre, une petite phrase, vidéo ou image qui pouvait nous motiver. Sans oublier ses causeries... Je me souviens de ce qu’il nous avait dit à la mi-temps de la demi-finale de la Coupe de France contre Rennes. Alors que nous étions menés un but à zéro, Régis nous regroupe dans les vestiaires et nous dit qu’il savait qu’on allait être mené après la première période, mais qu’on allait finir par gagner 2-1 au final. Sur le coup, on a tous été un peu surpris par ce qu’il venait de dire, mais quand on a marqué le deuxième but dans les arrêts de jeu… Il nous avait montré qui il était, sa confiance en nous, c’était incroyable.»

« C’est un coach qui prône le jeu, mais tout en faisant attention à ce que l’équipe soit structurée et tactiquement très forte » – Valentin Sanson, défenseur de Dieppe

Solitaire, décrit comme parfois sanguin, sa colère monstre contre un journaliste du Bien Public en conférence de presse à Dijon en 2015 est là pour le rappeler- mais honnête, Régis Brouard vit à 100% pour le football. Dans le quotidien Le Parisien, sa fille Marina assure d’ailleurs que son humeur « change en fonction des résultats » et qu’il y a toujours «un match en fond à la télé » à la maison… « Il faut comprendre que nous ne vivons qu’à travers ça !» s’exclamait l’entraineur audonien lors de son interview avec la RTBF. « Les jours de match, l’adrénaline, la pression, on est nourri de ça. »

Un investissement sans faille qui a convaincu le Red Star de lui proposer un projet au lendemain de la rétrogradation du club en National en juin dernier. « Régis est quelqu’un qui ne se cache pas », estime Patrice Haddad, le président du club. « Quand un club descend, il y a des choses à nettoyer et Régis a mesuré la réalité du club et son état pour mieux l'affronter et relever le challenge. Il a su créer un climat et j'ai senti de l'énergie. Et j’ai été aussi sensible au fait qu'il ait porté le maillot du Red Star et toujours su faire honneur à l'ADN des clubs dans lesquels il est passé. » Un pari gagnant pour Patrice Haddad puisqu’en plus d’avoir fait honneur à l’identité si particulière du Red Star, Régis Brouard a fait le boulot en envoyant le club en Ligue 2.

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