Obama autorise Shell à débuter ses forages pétroliers en Arctique

D’après certains défenseurs de l’environnement, il n’y a pas de méthode sûre pour forer en Arctique, du fait des conditions environnementales très difficiles et de l’isolement de la zone.

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19 Août 2015, 12:25pm

Photo par Matt Mills McKnight/EPA

Ce lundi, l'administration Obama a donné au groupe Royal Dutch Shell la dernière autorisation qu'il manquait pour commencer à prospecter, à la recherche de pétrole, dans la mer des Tchouktches en Arctique.

Cette autorisation est venue du Bureau de la sécurité intérieure et de l'environnement (BSEE), qui avait auparavant exigé que la compagnie arrête le forage, juste avant d'approcher d'éventuelles nappes de pétrole.

En un mot, le bureau a donc donné le feu vert à cette compagnie pour forer en quête de pétrole.

La zone de la mer des Tchouktches en Arctique. (Image via Google Maps)

« En raison du manque d'infrastructures dans la région Arctique, les exigences en matière de forage sont plus strictes là-bas, » a déclaré à VICE News Greg Julian, un porte-parole de BSEE, ajoutant que « [Shell] doit avoir tous les moyens nécessaires sous la main. »

L'équipement nécessaire inclut une meule de couverture — qui est à bord du navire brise-glace Fennica, un navire d'urgence de Shell. Cette couverture doit pouvoir être placée au-dessus d'une fuite émanant d'un puits de pétrole, puis abaissée. Le système comprend par ailleurs un dispositif nommé « dôme d'endiguement », que Greg Julian a décrit comme pouvant être déployé en huit jours afin de siphonner toute fuite de gaz ou de pétrole, pour ensuite stocker le contenu sur une péniche.

Le navire de forage Shell Noble Discoverer est capable de forer un autre puits capable de soulager le premier puits, creusé par un autre navire, le Polar Pioneer. D'après Greg Julian, un inspecteur fédéral est à bord de chaque navire de Shell.

« Vous ne pouvez pas rendre le forage en Arctique sûr. »

Certains critiques du programme de forage Arctique de Shell pointent du doigt la difficulté avec laquelle on avait contenu un déversement accidentel il y a cinq ans, même dans les eaux relativement calmes du Golfe du Mexique. Il avait fallu 80 jours pour contenir l'explosion de la plateforme Deepwater Horizon.

« Je ne spéculerai pas sur ce qui pourrait ou ne pourrait pas arriver, mais nous nous sommes soumis à toutes ces exigences strictes, afin que ces moyens soient présents sur le site, à la différence ce qui est survenu dans le Golfe par le passé, » a déclaré Greg Julian.

Il a reconnu que les conditions difficiles en l'Arctique pourraient rendre plus difficile la gestion d'un éventuel accident. « Cela ne fait pas de doute. Et c'est pour cela que ces exigences strictes existent et sont en place, » a-t-il ajouté.

D'après Tim Donaghy, un chercheur de Greenpeace spécialisé dans l'étude de l'Arctique, un déversement accidentel dans cette région serait désastreux. « L'environnement rigoureux de l'Arctique, avec des facteurs comme la faible visibilité et le froid, pourrait provoquer des problèmes logistiques qui entraveraient alors les techniques de déversement d'hydrocarbures traditionnelles, comme l'utilisation d'explosions pour contrôler les fuites accidentelles, » explique-t-il.

« Ce qu'il faut savoir à propos des fuites, c'est qu'elles endommagent souvent la plateforme pétrolière elle-même, » indique-t-il. « Vous démarrez alors avec une situation chaotique. »

D'après lui — à partir de là — les mesures d'urgence pourraient ne pas avoir l'effet prévu. « Le pire scénario, » dit-il, « serait un accident à la fin de la saison et une fuite incontrôlable qui n'est pas colmatée avant le retour de la glace dans la région. » Selon Donaghy, l'utilisation de dispersants en cas de fuite pourrait introduire un élément toxique ayant un impact beaucoup plus large sur l'écosystème de l'Arctique.

« Vous ne pouvez pas rendre le forage en Arctique sûr, » estime Donaghy.

Shell est tenu d'avoir des moyens suffisants pour creuser un puits de secours, qui pourrait dévier la fuite d'un puits endommagé avant de l'arrêter.

Mais creuser un puits de secours peut être délicat d'après David Pritchard. Il était membre du groupe d'études de la plateforme Deepwater Horizon. « C'est une tâche méticuleuse », explique-t-il, car le puits de secours doit croiser celui qui est endommagé.

« Cela prend du temps et cela dépend aussi de l'environnement, » a indiqué Pritchard à VICE News.

D'après lui, forer un puits de secours est une opération compliquée en termes de logistique, et la capacité de forer un second puits de secours est cruciale, parce qu'il n'y a aucune garantie que le premier puits d'urgence soit efficace.

Selon Greg Julian, du BSEE, le Noble Discoverer est tout à fait capable de creuser un deuxième puits de secours si le premier échoue.

« En cas de déversement accidentel, toute opération de nettoyage ou de colmatage de la fuite incombe à Shell, » a déclaré à VICE News le Commandant Thomas Ottenwaelder, qui travaille pour la division d'urgence pour l'environnement marin au sein des garde-côtes américains.

« Shell est tenu d'avoir des plans de réponse en cas de fuite d'hydrocarbures, » nous a précisé Ottenwaelder. D'après lui, les garde-côtes joueraient le rôle de coordinateur fédéral sur les lieux en cas d'accident, et collaboreraient avec Shell et d'autres acteurs. « Les garde-côtes ont également des équipements de traitement de la pollution, » a-t-il indiqué. Ces équipements seraient stockés dans 18 endroits côtiers différents répartis sur la région.

Ottenwaelder n'a pas voulu s'avancer sur la rapidité avec laquelle on pourrait contenir une fuite ou un autre type d'accident avant que cela soit catastrophique.

« C'est un territoire difficile pour ceux qui y travaillent. La météo est délicate, et les gens vont dans des endroits très reculés. »

Shell n'a pas voulu commenter son dispositif

Robert Bea, professeur émérite à l'université californienne de Berkeley, a dirigé le groupe d'étude de Deepwater Horizon, il est aussi un ancien ingénieur de Shell. Il pense que ce que fait la compagnie est trop risqué, compte tenu des conséquences qu'une explosion pourrait avoir.

« Voir une quantité non négligeable de pétrole atteindre la surface — à tel point qu'on ne peut ni la bruler ni la contenir — C'est quelque chose que je ne veux pas imaginer,» nous a-t-il dit.

Suivez Rob Verger sur Twitter: @robverger