Yemen

L'ONU annonce un cessez-le-feu de « la dernière chance » au Yémen

« C’est vraiment notre dernière chance, » selon l'envoyé spécial de l'ONU dans le pays. « La guerre au Yémen doit prendre fin avant que ce conflit ne crée des dommages irréparables pour le pays et la région. »

par Samuel Oakford
24 Mars 2016, 9:35am

Des gens inspectent les dommages créés par une frappe de la coalition saoudienne, à Sanaa au Yémen, le 23 mars 2016. Photo de Yahya Arhab/EPA

Après quasiment un an de carnage incessant, les Nations unies ont annoncé ce mercredi un cessez-le-feu « de la dernière chance » entre les différents belligérants qui s'affrontent au Yémen. Il commencera le mois prochain. Des négociations de paix devraient débuter peu de temps après l'application du cessez-le-feu.

S'exprimant devant des journalistes à New York, l'envoyé spécial de l'ONU au Yémen, Ismail Ould Cheikh Ahmed, a annoncé que le président yéménite Abd Rabbuh Mansur Hadi, ainsi que des représentants des rebelles Houthis et de l'ancien président Ali Abdullah Saleh, se sont accordés sur un cessez-le-feu national. Il devrait commencer le 10 avril à minuit, alors que les négociations de paix sont programmées pour le 18 avril au Koweït.

« C'est vraiment notre dernière chance, » a dit Ould Cheikh Ahmed. « La guerre au Yémen doit prendre fin avant que ce conflit ne crée des dommages irréparables pour le pays et la région. »

Ce n'est pas la première fois que l'ONU tente de mettre un terme au conflit, mais cette fois-ci l'accord résulte d'échanges directs entre le gouvernement saoudien (qui soutient Hadi) et les Houthis (qui ont reçu le soutien des soldats loyaux à Saleh). D'après des sources proches de l'envoyé spécial onusien, la majorité des discussions des dernières semaines se sont faites sans Ould Cheikh Ahmed — bien qu'il déclare chapeauter les efforts de paix.

Plus de 3 200 civils ont été tués depuis le début des bombardements de la coalition menée par l'Arabie saoudite en mars 2015. D'après l'ONU, la majorité de ces décès résultent des frappes aériennes de la coalition. La semaine dernière, des enquêteurs de l'ONU ont confirmé la mort de plus de 100 civils, dont 24 enfants, à cause d'une frappe de la coalition qui a totalement anéanti un marché du nord-ouest du Yémen.

Peu de temps après le bombardement, des officiels saoudiens ont annoncé que les grandes opérations de combat devraient bientôt s'arrêter au Yémen. Mais, étant donné que la coalition n'a rempli presque aucun de ses objectifs, il est difficile de savoir si elle va réellement mettre fin à sa campagne de bombardements.

S'exprimant via Skype lors d'un événement organisé par Human Rights Watch (HRW), avant la conférence de presse d'Ould Cheikh Ahmed, la chercheuse de HRW basée au Yémen Belkis Wille a assuré que les bombardements continuent à s'abattre sans relâche sur la capitale Sanaa (contrôlée par les Houthis). Lors de la conférence de presse organisée à l'ONU, le reportage de VICE diffusé sur HBO, Return from Yemen, a été projeté aux journalistes. Ce documentaire illustre la violence de la guerre aérienne menée au Yémen. Cette semaine, HRW a rejoint plusieurs autres organisations en appelant à un embargo sur les armes qui serait imposé à l'Arabie saoudite. D'après HRW, les agissements de la coalition impliquée au Yémen constitueraient des violations du droit humanitaire international.

« Il est temps pour les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, et pour tous les pays qui fournissent des armes à l'Arabie saoudite, de suspendre leurs ventes d'armes, » a déclaré Philippe Bolopion, directeur adjoint du plaidoyer au niveau mondial pour HRW.

Bolopion a ajouté que les États-Unis — qui ont vendu plus de 100 milliards de dollars d'armes à Ryad depuis 2010, fournissent des renseignements à la coalition et font le plein des avions de combat qui bombardent le Yémen — « pourraient bien être partie prenante du conflit au Yémen ». Ainsi, les États-Unis seraient complices de violations des droits de l'homme. Les efforts menés pour lancer une enquête indépendante et mondiale sur les violations au Yémen ont été réduits à néant aux Nations unies par l'Arabie saoudite et ses alliés du Golfe.

Début mars, le gouvernement saoudien a annoncé avoir tenu des discussions avec des représentants des Houthis près de la frontière, du côté saoudien. Les combats le long de la frontière (les Houthis s'introduisaient en Arabie saoudite et les missiles volaient) se sont sensiblement calmés au cours du mois de mars. Si Ould Cheikh Ahmed estime qu'il s'agit là d'un bon signe, le reste du pays reste miné par la violence. Les combats continuent dans la ville assiégée de Taiz, et des groupes extrémistes (notamment la branche locale d'Al Qaïda et des membres du groupe État islamique) peuvent opérer en toute impunité dans nombre d'endroits.

Al Qaïda Péninsule Arabique (AQPA), le nom de la filiale locale de l'organisation terroriste, est considérée comme la branche la plus dangereuse du groupe par les États-Unis. Pourtant, AQPA a émergé comme l'un des rares vainqueurs de la guerre. Depuis début 2015, le groupe a pris le contrôle de bandes territoires dans le sud et l'ouest du pays — notamment la troisième ville du Yémen : Mukalla, le long du golfe d'Aden. Dans le même temps, des combattants de l'EI ont lancé des attaques meurtrières dans la ville portuaire d'Aden — où le gouvernement d'Hadi devrait être installé temporairement.

« Quand vous avez Al Qaïda qui commence à prendre pied et construire des institutions, cela va être un sacré défit pour le prochain gouvernement yéménite, » craint Adam Baron, un chercheur associé de l'European Council on Foreign Relations. « Au Yémen, beaucoup sont ceux à penser que ce problème va s'évaporer comme par magie. »

Bien que l'ONU annonce que le cessez-le-feu sera national, AQPA et l'EI n'y participeront pas. Et les principaux belligérants en contact avec l'ONU pourraient avoir du mal à contrôler des groupes armés qui soutiennent tel ou tel camp avec des alliances variées.

Pourtant Baron estime qu'il faut rester optimiste.

« Le fait que les combats se soient calmés près de la frontière est un signe important, » dit-il. « Cependant, il reste à savoir si toutes ces négociations se font de bonne foi ou si les gens essayent de partir avec la meilleure part du gâteau. On va voir si l'une des principales factions va être prête à faire les sacrifices nécessaires pour sortir le pays de la crise. »


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