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Crime

Sivens : le jour où Rémi Fraisse est mort

L’étudiant s’est effondré au sol samedi, pendant des affrontements avec les forces de l’ordre. L’autopsie a lieu cet après-midi, au moment où un rapport d’experts critique le projet de barrage.
27.10.14
Photo via Flickr

Ce week-end se tenait un festival pour protester contre la construction du barrage de Sivens, dans le Tarn. Samedi, Rémi, 21 ans, est mort lors d'affrontements avec la police en marge de ce rassemblement. Le rôle et la participation du jeune homme aux affrontements ne sont pas encore établis.

Une autopsie a eu lieu ce lundi après midi, au moment où est rendu un rapport commandé par le ministère de l'écologie qui critique l'utilité et le bien-fondé de ce projet de barrage qui oppose d'un côté des besoins d'irrigation pour l'agriculture, et de l'autre la défense d'une zone remarquable du point de vue biologique.

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Les premiers résultats de l'autopsie présentés par le procureur d'Albi, Claude Derens, et  rapportés sur France Info indiquent que le jeune homme est mort à cause d'une explosion. Le procureur précise qu'il est trop tôt pour savoir si le décès est le fait d'une grenade. Des investigations sont en cours pour rechercher de possibles traces de grenades sur le corps de la victime, les résultats arriveront demain.

Regardez notre documentaire : La Bataille pour la forêt de Sivens

Samedi, la journée s'ouvre avec la venue de 2 000 à 5 000 personnes, selon les sources. L'ambiance bon enfant et festive est un peu chahutée par la présence de deux figures politiques, Jean-Luc Mélenchon et José Bové, taxés par certains militants de récupération.

Dans le milieu de l'après-midi, un troupeau de moutons quitte la Métairie, point de ralliement des opposants, et ouvre la marche des manifestants qui traverse le chantier, un espace plan où la forêt a été rasée et terrassée, rapporte le site Reporterre.

VICE News a joint un participant de la marche, Émilien (le prénom a été changé), venu sur le site pour le festival. Il raconte la deuxième partie de l'après-midi.

Des policiers stationnés dans une enceinte grillagée

« Entre 15h et 15h30 environ, un cortège ouvert par des brebis arrivait vers le site du Testet. Invités à marcher avec le troupeau, les participants à la manifestation ont suivi en nombre. Nous avons traversé toute la zone déboisée pour arriver à l'autre bout du chantier où se trouve un parc grillagé normalement destiné aux hommes du chantier semble-t-il. Aucune machine n'était présente sur les lieux. Seuls 7 ou 8 cars de CRS étaient garés ici. »

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Émilien raconte ensuite que le cortège est resté là, pacifiquement, face à des forces de l'ordre qui n'étaient pas sur la défensive. Leur rôle se bornant à empêcher les manifestants de rentrer dans l'enclos où ne se trouvaient selon lui qu'un container et une remorque calcinés. Le troupeau et le gros des manifestants repartent vers la Métairie, à l'autre bout du site. C'est ensuite qu'une centaine d'opposants cagoulés et en majorité vêtus de noir est arrivée depuis la Métairie. Ces personnes étaient équipées de divers objets qui faisaient office de boucliers.

« Ils se sont arrêtés en groupe à une centaine de mètres des forces de l'ordre. Ils ont commencé à avancer sur les CRS en jetant des pierres et des cocktails Molotov. La réponse des forces de l'ordre ne s'est pas fait attendre. Quelques minutes après, plusieurs camions de gendarmes arrivaient en renfort. 14 camions au total. C'est alors que les affrontements ont battu leur plein : beaucoup de lacrymos, de grenades assourdissantes ou de désencerclement (au moins, 1 toutes les 5 minutes). Les cocktails ont rapidement provoqué des départs d'incendies sur un bout de colline au-dessus de la zone grillagée. Les pompiers sont intervenus au milieu des fumées des lacrymos. Le bruit des affrontements continuait jusqu'à ce que je quitte le Testet vers 20h. »

Dimanche matin, la préfecture du Tarn à Albi annonce dans un communiqué : « Cette nuit, vers 2 heures du matin, le corps d'un homme a été découvert par les gendarmes sur le site de Sivens. Les sapeurs-pompiers sont intervenus rapidement mais n'ont pu que constater le décès de la victime. » L'identité et les circonstances du décès sont encore inconnues.

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VICE News joint alors Camille (le prénom a été changé), une opposante qui se trouve sur le camp de la Métairie, sur la « Zone à Défendre » (ZAD) du Testet. Elle raconte que l'équipe médicale des opposants compte une quinzaine de blessés, la plupart à cause d'éclats de grenades assourdissantes dans les jambes et les bras. Des blessures qu'elle a déjà vues sur une autre ZAD, celle de Notre-Dame-des-Landes. Elle relève deux blessures à la tête qu'elle impute à des tirs de gaz lacrymogènes. D'autres blessures seraient le fait de tirs de flash-balls. Elle raconte ce qu'il s'est passé dans la nuit de samedi à dimanche, nuit lors de laquelle un homme est retrouvé sans vie au sol.

« Ça s'est calmé vers 17h. Quand la nuit est tombée, il y a eu plusieurs gros clashs, entre 8h du soir et 4h du matin. Ce n'étaient pas des affrontements en continu. Les forces de l'ordre ont utilisé tout l'arsenal des armes habituelles : flash-balls, grenades assourdissantes et désencerclantes, lacrymos… La totale. C'est là, apparemment, qu'un mec est mort vers 2h du matin. »

Camille raconte ensuite que ce dimanche matin les forces de l'ordre ont quitté le site. Aucun policier ne se trouve sur la ZAD. Les opposants retournent alors sur les lieux de l'affrontement, là où le jeune homme est mort.

« On a trouvé la trace d'un mec en sang, qu'on aurait tiré sur le sol pendant quelques mètres. Alors on a fait des photos. Mais on ne sait pas si c'est lié à la personne décédée. »

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Ce lundi matin, Reporterre publie des photos des traces en question et des témoignages, l'un des interviewés indique avoir vu le jeune homme être touché par une grenade ou un flash-ball.

Dimanche, Ben Lefetey, porte-parole du collectif Sauvegarde de la zone humide du Testet, s'entretient par téléphone avec l'AFP et annonce que « La mort a eu lieu dans le contexte d'affrontements avec les gendarmes vers 2h du matin. » Il rapporte qu'un témoin a vu quelqu'un s'effondrer lors des affrontements et être enlevé par les forces de l'ordre. Ben Lefetey précise « Nous ne disons pas que les forces de l'ordre ont tué un opposant, mais un témoin nous a dit que le décès s'était passé au moment d'affrontements. »

Dans le milieu de l'après-midi de dimanche, le procureur de la République d'Albi Claude Derens donne une conférence de presse pour donner des précisions sur les affrontements en question. Dans la nuit de samedi à dimanche, les forces de police, stationnées dans cette enceinte grillagée réservée au parking d'engins de construction, sont attaquées par une centaine d'opposants qui lancent par-dessus le grillage des pierres et des cocktails Molotov. Des feux sont allumés par les opposants à proximité du grillage. Balayant la zone avec leurs lampes torches, les gendarmes découvrent un homme à terre. Ils font une sortie pour le récupérer.

Le procureur indique que l'homme s'appelle Rémi, qu'il a 21 ans et a été identifié grâce au téléphone qui se trouve dans ses poches. Son père s'est exprimé ce matin sur i-Télé, son fils « ne faisait pas partie des radicaux ».

Claude Derens conclut dimanche en disant que les causes du décès du jeune homme ne peuvent pas être connues tant que l'autopsie n'est pas faite. Elle doit avoir lieu lundi à la mi-journée, au moment où sera rendu un rapport qui critique le projet de construction du barrage tout en indiquant que l'avancée des travaux est telle qu'il faut maintenir la construction.

Dans la soirée de dimanche, deux hommages notables à Rémi se sont tenus. L'un dans le calme à Paris où une centaine de manifestants a marché dans le Quartier Latin et sur l'île de la Cité, avant d'être contraint à la dispersion devant l'Hôtel de Ville par les CRS.

Une autre manifestation à Gaillac (Tarn), à laquelle participaient de nombreux opposants a été dispersée dans la soirée, dans les gaz lacrymogènes, après que certains militants ont taggué un monument aux morts, d'après France Info.

Jeudi dernier sur France 4, les journalistes Pierre Mareczko et Gaspard Glanz de l'émission Le Point Quotidien allaient à la rencontre des opposants au barrage, retrouvez leur documentaire ici.