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Instagram ou comment ruiner sa vie en une story

« J'ai posté une vidéo de moi avec un pochon de coke dans la bouche. En légende, j'avais écrit : "Il neige ! Il neige !" »

par Daisy Jones; traduit par Sandra Proutry-Skrzypek
04 Mai 2018, 5:30am

À gauche : VICE ; à droite : bibliothèque du Congrès des États-Unis/Domaine public via

Cet article a été initialement publié sur VICE UK.

Si vous m'aviez demandé, à l'adolescence, à quoi ressemblerait ma vie à 25 ans, j'aurais probablement marmonné quelque chose du type : avoir un emploi stable et rémunéré, vivre encore à Londres, posséder un frigo rétro. Avec un peu de chance. Ce que je n'aurais jamais imaginé, en revanche, c'est qu'en parallèle de ma vie « réelle », je mènerais une autre vie, une vie virtuelle. Celle qui existe dans nos téléphones et qui implique de publier un flot constant de vidéos pour des followers qui nous observent, que nous observons en train de nous observer, et qui nous observent en train de les observer nous observer. Un peu comme une émission de téléréalité dans laquelle on serait le seul concurrent et qui resterait toujours à l'antenne. Vous l'aurez sans doute compris : je parle des stories Instagram.

Si vous avez entre 20 et 30 ans – trop vieux pour Snapchat, trop blasé pour Twitter – il y a de fortes chances que vous postiez des stories Instagram régulièrement. Et puisqu’elles sont si rapides et faciles à uploader, il y a aussi de fortes chances pour que vous en ayez posté de très douteuses pendant que vous étiez en soirée et que vous ayez dû les supprimer à 7 heures du matin après vous être rendu compte que votre collègue Tristan vous a vu lécher de la kétamine sur le DVD de Presque célèbre « il y a 3 heures » et que, du coup, vous risquez de vous faire virer. Je n'ai encore jamais fait ça, mais j'ai déjà posté sept vidéos consécutives de moi en train de fumer un pétard sur « Wild Thoughts » de DJ Khaled, tout en bougeant ma tête de manière très étrange – un peu comme si mon cou était détaché du reste de mon corps.

Quoi qu'il en soit, comme il s'agit d'un phénomène relativement nouveau qui, je crois, n'a pas encore été suffisamment exploré, j'ai demandé à quelques personnes de me parler des stories les plus regrettables qu'elles ont publiées sur leur compte Instagram. Toutes ont demandé à rester anonymes.

Esme, 21 ans

J’étais à une fête de Noël et j'ai posté une vidéo de moi avec un pochon de coke dans la bouche et j'ai écrit : « Il neige ! Il neige ! » Je pensais être connectée sur mon faux compte alors que c’était le vrai. C’est resté en ligne pendant au moins sept heures.

Georgina, 24 ans

J'ai vu mon ex regarder mes stories, alors j'ai écrit, dans différents messages, « dégage ! » et « arrête de regarder mes stories ! » et « t’as une toute petite bite ! » en ajoutant son nom complet. Je les ai laissés toute la journée. Il ne me suivait pas à ce moment-là, mais j'avais fait un test en postant différentes stories et il les voyait toujours dans l’heure. Cela m'était égal car il était très abusif et odieux sur le plan émotionnel et je le détestais. Tous mes amis le détestaient aussi alors j'ai reçu beaucoup de « OUAIIIS » en messages. Il a arrêté de regarder mes stories après ça.

Jake, 26 ans

Avec des potes, on a pris de la MDMA et on est allé traîner dans le cimetière à côté de chez moi. J'ai eu la bonne idée de poster une sorte de monologue sur Instagram où je demandais aux followers de « briser les barrières qui nous séparent » et de « « venir traîner avec moi plus souvent parce que je suis un chouette type ». Je l'ai effacé quelques heures plus tard, mais mes potes se moquent encore de moi pour cette histoire de « chouette type ».

Alice, 23 ans

Une fois, j'ai posté un ver qui se tortillait dans la cuvette des w.-c. Je le soupçonne d’être sorti tout droit des intestins de mon colocataire.

Paige, 20 ans

Quelqu'un m'a filmée alors que j'étais vraiment, vraiment bourrée et que je chantais « Bitch Better Have My Money » de Rihanna dans un karaoké. J’ai posté la vidéo en story. Je n'avais pas réalisé que j'avais réellement prononcé le mot « nigga ». Quand je me suis réveillée le lendemain matin, quelques amis bien intentionnés avaient pris soin de me le faire remarquer. Je l'ai rapidement effacé et me suis excusée.

Kaya, 25 ans

J'ai posté une vidéo de moi en train de pisser dans une pinte jusqu’à ce qu’elle déborde au Vogue Fabrics, un club queer de Londres. Puis j’ai réalisé que si je voulais être embauchée quelque part, il valait mieux que je la supprime.

AJ, 28 ans

Un pote m’a mis au défi de poster un selfie à poil devant le miroir sur Instagram, ce que j’ai aussitôt fait pour rigoler – et lui prouver que j'en étais capable. Cette photo est restée sur ma story pendant au moins une heure avant que je ne la supprime. Pour être honnête, je me trouvais pas mal sur la photo, sauf que ma tante l’a vue – ça m’a aussitôt refroidie.

Daisy Jones est sur Twitter.