J'ai passé une journée dans le « meilleur aéroport du monde »

L’aéroport international de Changi à Singapour offre plus d'activités que quiconque ne pourraient espérer en une visite. J’ai donc essayé de toutes les faire en moins de cinq heures.
Sandra  Proutry-Skrzypek
Paris, FR
22.1.19
L'auteur dans la piscine de l'aéroport
Photo : Kris Mok

Singapour est l’un des plus petits pays de la planète. Mais ce qui lui manque en superficie, il le compense par l’opulence de ses gigantesques édifices qui reflètent la richesse du pays, attirent des touristes du monde entier et donnent à la petite nation plus de superlatifs qu’un annuaire de lycée. Singapour revendique déjà le premier pont à double hélice du monde et la piscine la plus élevée, mais le joyau de la couronne est sans aucun doute son immense aéroport, Changi.

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Nommé meilleur aéroport du monde pour la sixième année consécutive par Skytrax, Changi propose des services, des restaurants et des boutiques mieux adaptés à un centre commercial de luxe qu’à un centre de transit. L’aéroport a même figuré dans le film Crazy Rich Asians, dans lequel l’actrice principale, Constance Wu, a naturellement loué son jardin aux papillons et sa salle de cinéma.

Selon votre point de vue et votre compte bancaire, cet aéroport peut être soit le summum de la splendeur, soit un enfer consumériste plein de distractions éblouissantes conçues pour vous faire rester et alimenter les coffres de l'aéroport. Lors d’un récent voyage à Singapour, j’ai décidé d’essayer, en l’espace de cinq heures, tout ce que cet endroit avait à offrir.

Children drive karts around an inflatable track with Mr. Bean cartoons on the wall

Photo de l'auteur

Pour m'aider à entreprendre ma mission et surmonter toutes les barrières de sécurité, l'équipe de presse de l'aéroport a mis une guide à ma disposition. J’arrive une heure avant notre rendez-vous afin de pouvoir déjeuner tranquillement dans une réplique du Hawker Center qui se trouve dans le terminal. Je profite aussi de ce moment pour jeter un coup d’œil à la zone de loisirs sur le thème de M. Bean et à l’installation temporaire sur le thème de Harry Potter.

Le ventre plein, je marche à la rencontre de Kris Pak, ma guide, le Virgile à mon Dante pour les prochaines heures. Nous faisons un premier arrêt dans une salle de cinéma gratuite qui projette Mission : Impossible - Fallout. Comme j’ai déjà vu le film et que je ne veux pas perdre de temps, je me contente de passer une tête dans la salle, juste le temps de voir Tom Cruise suspendu à un rocher, comme d’habitude. Ensuite, nous nous promenons dans le jardin aux papillons susmentionné. De toute évidence, je suis le seul visiteur à être incapable d’attraper un de ces foutus insectes.

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Après une brève halte à l’étang des carpes koï et sur un stand proposant des échantillons de whisky sous forme de microshots, nous nous rendons à l’étage du dessus, dans un bar appelé Long Bar, où l’on me sert un Singapore Sling qui va m’aider à surmonter le prochain point de notre programme.

a wall of traditional Singaporean duplex home facades

Photo de l'auteur

Changi est déjà présenté comme une destination en soi, mais ce n’est même pas sa forme finale. Outre la construction d’un cinquième terminal, les travaux du Jewel, un complexe colossal qui reliera trois terminaux, débuteront courant 2019. Kris insiste pour passer une demi-heure à regarder une présentation du complexe, pleine de modèles architecturaux en mouvement et de statistiques sur la capacité de son parking. Je suis à peu près sûr que c’est la même vidéo que celle proposée aux investisseurs potentiels. J’essaie d’émettre des « oh » et des « ah oui » convaincants pendant que le présentateur évoque le montant que le tourisme va rapporter à Jewel. D’un côté, je ne peux m'empêcher de penser aux horreurs du capitalisme et au rôle que Jewel va jouer dans ce contexte, de l’autre, je meurs de rage de ne pas pouvoir essayer les allées de trampolines tellement cool qu'ils prévoient d’y installer.

Une fois la vidéo terminée, nous partons en direction du deuxième terminal. Il me reste encore assez de batterie, mais je recharge néanmoins mon portable en pédalant sur un vélo qui produit de l’énergie. J'ai généré suffisamment de jus pour prendre quelques photos lors de notre prochain arrêt : le jardin de cactus sur le toit.

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Kris me montre l’« arbre social », un point photo où les voyageurs peuvent prendre un selfie et l’afficher publiquement sur un écran géant, avant de le « récupérer » lors d’une visite ultérieure à l'aéroport. Je ne sais pas pourquoi quelqu'un voudrait faire ça, mais j’en prends quand même un avec Kris pour la postérité.

Si j’avais mieux planifié ma visite, j’aurais été mieux habillé pour notre prochain arrêt : la piscine de l’aéroport. Les règles du jour que je me suis imposées m’obligent à piquer une tête, donc après m’être assuré auprès de Kris que je ne vais choquer personne en boxer, je me déshabille et nage pendant un moment. Je me sèche aussi vite que possible et passe au terminal suivant avec des sous-vêtements légèrement humides et l'espoir que mon acte impulsif en valait la peine.

a man stands on a playground jungle gym that is inside an airport

Photo de Kris Mok.

Après une promenade dans un jardin de fleurs lumineuses à fibres optiques, je demande à Kris de me prendre en photo dans une aire de jeu. Elle tente de me convaincre que les panneaux de verre qui s’étendent du sol au plafond forment une « galerie d'observation », mais je réponds à sa tentative de récupération sophistiquée en lui disant qu’il s’agit de « fenêtres ».

a man gives a thumbs up to the camera while running on a treadmill

Photo de Kris Mok.

La suite de la visite est riche en activités, notamment une brève course sur tapis roulant, une partie de Ms. Pac-Man, une séance de coloriage, davantage d’alcool, un musée sur la culture Peranakan, un film de style Roméo et Juliette projeté sur les façades des maisons et une sieste réparatrice d’une minute dans l’une des zones spécifiques de l’aéroport. Kris me suit avec joie tout au long du voyage, prenant des photos de moi et m’empêchant de céder à toutes mes impulsions. Nous terminons la journée en mangeant des biscuits, des bonbons et autres produits locaux vendus dans les boutiques traditionnelles qui bordent le terminal.

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a man sleeps in a large red chair

Photo de Kris Mok.

Il est bientôt temps de nous dire au revoir, mais avant ça, j’oblige Kris à me regarder chanter dans un karaoké. Je ne connais pas la chanson, mais je fais de mon mieux pour suivre les paroles à l’écran et, une fois terminé, je remercie ma partenaire. En chantant, je me suis rendu compte que, malgré mes inquiétudes initiales, j'ai passé un bon moment.

An lcd screen displays photo booth pictures of travelers

Photo de l'auteur.

À l’instar de Winston Smith à la fin de 1984, l'aéroport a fait tomber les barrières et s’est frayé un chemin dans mon cœur. Je suis sûr que Changi me manquera la prochaine fois que je serai assis sur le sol de l’aéroport international de Los Angeles, en train d'avaler un mauvais sandwich à 14 balles et en essayant de charger mon téléphone à une prise de courant cassée.

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