manifestations-bruxelles-photos-violences-policières-aurelien-ernst
Culture

Aurélien photographie les manifs les plus intenses de Bruxelles depuis 4 ans

« Lors d'une manifestation, tout le monde déteste le photographe. Je suis régulièrement bombardé de pepper spray et de projectiles. »
KM
Ghent, BE
11.3.19

Ne ratez plus jamais rien : inscrivez-vous à notre newsletter hebdomadaire et suivez nous sur Instagram.

Avec plus de mille manifestations recensées en 2018, Bruxelles semble être l’une des villes qui accueille le plus de manifs au monde. Pour Aurélien Ernst, 28 ans, ces quatre dernières années de manifestations ont rassemblé les conditions rêvées pour son projet artistique : des photos prises selon l'inspiration des tableaux de la Renaissance. Son but ? Tout simplement montrer à quoi ressemblent les manifestations de l'intérieur, et vraiment prendre le pouls au centre de la tension.

« À la télévision, on va vous dire qu'il y a eu une manifestation. Mais peu de gens savent à quoi ça ressemble vraiment », explique le photographe luxembourgeois, installé à Bruxelles. Il est presque difficile de croire que ces images qui mettent en scène des rues pleines de fumée, des canons à eau et des policiers à cheval ont été prises en plein quartier Européen. On a discuté avec Aurélien de tension, de gaz lacrymo et de violences policières.

VICE : Salut Aurélien, pourquoi photographies-tu les manifestations ?
Aurélien : J'adore l'aspect humain. Dans tous mes projets, j'essaie de mettre en avant les interactions entre les personnes. La grande majorité de mes photos concernent les favelas d'Amérique du Sud. L'atmosphère y est pleine de tensions et d'instabilités. C'était une progression naturelle que de rechercher la même ambiance à Bruxelles. Et je l'ai trouvée dans les manifestations.

protest-brussel-europese-commissie-paarden-aurelien-ernst

Combien de manifestations as-tu déjà photographiées ?
Environ dix. La raison de ces manifestations est toujours différente. Qu’elles soient politiques ou sociales, honnêtement, je m'en fiche. Il arrive même parfois que je ne sois pas d’accord avec les manifestants.

J'imagine qu'en tant que photographe, tu n'es souvent pas le bienvenu lors d'une manifestation.
C'est vrai. Tout le monde déteste voir un photographe lors de ce genre de manifestation, surtout si vous choisissez de rester neutre. D'une part, vous devez faire attention au pepper-spray ainsi qu’aux brutalités policières et, d'autre part, vous devez surveiller les manifestants. Ils peuvent parfois réagir de manière agressive. Une fois, j'ai été frappé par des agents de police. Il arrive aussi régulièrement que je sois la cible de bombes lacrymogènes, ce genre de trucs.

« Les policiers sont venus vers moi et ont commencé à me taper avec leurs matraques. Or, ils avaient vu plus tôt que je n'étais pas un manifestant, mais bien un photographe. »

Pourquoi as-tu été frappé ?
C'était pendant la manifestation des agriculteurs, il y a quatre ans, et ces derniers ont commencé à lancer tout ce qu'ils pouvaient trouver. La police est intervenue avec des gaz lacrymogènes. À ce moment-là, je me suis retrouvé entre les officiers et les manifestants. Les policiers sont venus vers moi et ont commencé à me taper avec leurs matraques. Or, ils avaient vu plus tôt que je n'étais pas un manifestant, mais bien un photographe. Parfois, il suffit de laisser les agents le faire et de ne pas riposter. Et s'enfuir dès que possible. Malheureusement, c'est souvent impossible. Pour m’aider, je fais en sorte de toujours porter mes propres armes : mon sourire et mon objectivité.

protest-brussel-landbouwers-mest-aurelien-ernst

Quel genre de manifestations préfères-tu prendre en photo ?
Je suis ouvert à tout, mais je suis habitué à photographier des situations dangereuses. Cependant, ma préférence se porte naturellement vers les manifestations plus agressives et actives plutôt que vers une marche passive. Personnellement, je trouve ça plus beau. La manifestation qui m'a le plus frappé est celle contre le pacte de Marrakech, il y a deux mois. C'était un chaos hallucinant au coeur de l'Europe. Les manifestants d'extrême droite ont brisé tout ce qu'ils ont pu trouver.

Au cœur du quartier rouge de Rio

Y a-t-il un lien entre ton travail en Amérique du Sud et cette série de photos sur les manifs ?
Je pense que les deux projets contiennent de la violence. Et la violence est internationale. Nous avons le privilège merveilleux de pouvoir manifester en Belgique, pour des raisons quelconques. En Amérique du Sud, tout est plus sensible : les manifestants n’ont pas la possibilité d’être agressifs, sinon, ils se font vraiment tirer dessus. Nous nous en sortons bien ici; alors manifestons le plus possible et utilisons ce moyen pour montrer notre désaccord. Le fait de protester comme ça, fait partie de la démocratie. J'espère donc que les gens continueront à manifester dans le monde entier.

Retrouvez Aurélien sur son site Web et sur Instagram.

Publicité

Découvrez d'autres photographes belges mis à l'honneur sur VICE en cliquant ici. Vous êtes vous-même un photographe de talent avec une série percutante ? Envoyez-nous un mail à beinfo@vice.com

betoging-brussel-politie-traangas-in-hand-aurelien-ernst
protest-brussel-betogers-traangas-aurelien-ernst
protest-brussel-politie-rook-aurelien-ernst
protest-brussel-molenbeek-politie-aurelien-ernst
betoging-brussel-oude-vrouw-aurelien-ernst
protest-brussel-politie-met-helmen-en-schilden-op-straat-aurelien-ernst
protest-brussel-politie-met-helmen-en-schilden-op-straat-betoger-aurelien-ernst
protest-brussel-protesteerders-politie-op-paard-aurelien-ernst

paard

protest-brussel-bezorgd-vrouwtje-aurelien-ernst
betoging-brussel-politie-waterkanon-aurelien-ernst
betoging-brussel-politie-schiet-traangas-waterkanonnen-aurelien-ernst
betoging-brussel-betogers-waterkanon-aurelien-ernst
protest-brussel-politie-helmen-en-schilden-op-straat-aurelien-ernst
protest-brussel-politie-arresteert-betoger
protest-brussel-politie-arresteert-betogers
protest-brussel-politie-met-helm-in-rook-aurelien-ernst
protest-brussel-uitgebrande-auto-aurelien-ernst