Le guide Noisey de la City Pop, bande-son luxuriante du Tokyo des années 80

Autrefois raillée comme de la musique d'ascenseur pour yuppies, la city pop japonaise, qui s'inspire aussi bien de funk, de soul, de disco, que de lounge music, est aujourd'hui vénérée par tous les collectionneurs et diggers du monde.

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07 Mars 2019, 8:30am

La pop a, d’une manière ou d’une autre, toujours tendance à revenir à ses amours underground. De Styx à Steely Dan aux infinies itérations du hit « Africa » de Toto, sorti en 1982, de nombreux artistes considérés comme ringards par une génération entière produisent une nostalgie étrange chez de jeunes auditeurs qui n'étaient même pas nés à l'époque. Et pourtant, peu de genres jouissent d’une renaissance aussi étrange et touffue que celle de la city pop japonaise aujourd'hui. En tant que branche easy listening et légère de la J-pop, piquée d’influences américaines et asiatiques disparates, dont le funk, la soul, la disco, la lounge et même le yacht rock, la city pop a redéfini le paysage musical mainstream au Japon, des années 70 au milieu des années 80 - même si à l'époque, on la considérait plus comme de la muzak pour yuppies qu'autre chose.

« Beaucoup de Japonais qui ont grandi avec ce genre de musique pensaient que la city pop était niaise, mainstream, oubliable… Et la traitaient même de ‘pop merdique’», dit Yosuke Kitazawa, du label Light in the Attic. Ce dernier a supervisé la réédition des œuvres d’Haruomi Hosono, ainsi que les Japan Archival Series, toujours en cours.

Et pourtant, sous ses airs en plastique, il y a une sincérité de production et de songwriting qui a réussi à captiver les auditeurs du monde entier. Bien que l’appellation « city pop » soit, elle-même, ultra-malléable (les fans eux-mêmes débattent régulièrement des albums qui pourraient figurer sous cette appellation), ce qui définit la musique, est, finalement, plus une question de ressenti qu’un cadre purement établi. Le journaliste Yutaka Kimura a décrit le genre comme étant simplement de la « pop urbaine pour ceux qui mènent des existences urbaines », faisant de la city pop une de ces musiques immédiatement identifiables.

Et comme toutes les musiques novatrices nées au cours des dernières décennies, l’histoire de la city pop peut être partiellement retracée jusqu’à l’œuvre d’Haruomi Hosono. Avant de former Yellow Magic Orchestra, le groupe Happy End d’Hosono mélangeait déjà les styles japonais et américains mieux que quiconque avant lui. Et ce, avant que le groupe ne sorte un premier album folk-rock éponyme en 1970, chanté entièrement en Japonais (rompant ainsi avec la convention populaire du rock japonais chantant en anglais).

Kitazawa explique : « Les artistes comme Happy End et Hachimitsu Pie, dont les membres ont grandi dans les années d'après-guerre, et qui avaient été exposés à la pop culture américaine, jouaient de la musique qui trouvait racine dans la musique américaine, mais qui parvenait à rester étonnamment japonaise. Ils étaient très conscients du fait de chanter en japonais, et leurs paroles parlaient souvent de la vie urbaine et de la nostalgie d’une époque passée. »

Ces albums favorisèrent l’émergence d’une nouvelle identité japonaise au sein de la musique pop moderne, peignant un paysage vibrant, très folk, de la vie tokyoïte, posant les bases de ce qui allait devenir la city pop.

À la fin des années 1970, après plusieurs décennies à se remettre de la destruction de la Seconde Guerre Mondiale, le Japon entrait dans le cœur de leur miracle économique d'après-guerre. Les innovations technologiques dans le secteur de l’automobile et les objets électroniques hyper-populaires comme le Walkman faisaient du Japon une force économique, et avec son influence internationale connaissant un record absolu, il était temps pour les Tokyoïtes de faire la fête.

Alors qu’auparavant, le rockabilly et d'autres genres influencés par la British Invasion dominaient la musique populaire japonaise, des styles américains comme la new wave, le jazz fusion, et le folk rock commençaient à se faire entendre parmi les notes de J-pop.

« C’était l’euphorie, et les gens voulaient célébrer ces excès à la manière des années 80 », dit Eli Cohen, des labels Alliance Upholstery et Cultures of Soul, qui a récemment aidé à assembler Tokyo Nights, une réédition de certaines des voix féminines les plus puissantes de la city pop. « Le public dépensait sans compter en vin et alcool, luxe, vêtements, œuvres d’art, et voyages internationaux. La vie urbaine japonaise, des restaurants glamour aux clubs en passant par les bars miteux, n’avait aucune égale. Le Japon avait besoin d’une nouvelle bande-son pour ce nouveau mode de vie, et la city pop était née. »

De nombreuses icônes de la city pop étaient des compositeurs et producteurs aguerris, comme les artistes Tatsuro Yamashita et Toshiki Kadomatsu, qui intégraient des arrangements et des techniques d’écriture complexes dans leurs hits, se servant du jazzy septième accord, et des accords diminués qu’ils avaient empruntés aux groupes de soft-rock américains tels que Steely Dan et the Doobie Brothers. L’économie galopante leur a également facilement ouvert les portes de labels, leur permettant ainsi de manier la technologie d’enregistrement dernier cri de l’époque, ce qui a donné à la city pop son aspect mainstream, futuriste.

À cette époque, les designers qui ont en grande partie créé les pochettes et les illustrations d’albums étaient également intrigués par l’attrait du capitalisme, comme Eizin Suzuki, dont les illustrations de bord de mer sont apparues sur un nombre conséquent d'albums de Tatsuro Yamashita. Ce dernier s’est fait connaître en créant des campagnes publicitaires pour les grandes marques japonaises, y compris Nikon, Suntori, Nissan et Nippon Oil - son usage particulier du vert et du bleu était si omniprésent qu’il a même inspiré à Sony le design du niveau de Green Hill Zone, dans le jeu Sonic. Entre-temps, des illustrateurs comme Hiroshi Nagai se sont créé un style en mélangeant symboles de publicités américaines et pop art avec une touche de surréalisme à la René Magritte et Salvaldor Dali, favorisant la création de cette atmosphère de rêve de panneaux publicitaires gorgés de soleil, si essentielle au succès durable de la city pop.

Bien que l’ère de la prospérité économique du Japon ait pris fin avec le krach boursier du début des années 1990, (entraînant avec elle l’optimisme sans limite de la city pop), l’histoire du genre musical était, elle, loin d’être finie. Au début des années 2010, la city pop est revenue exercer une certaine fascination auprès de l'underground à laptop des pays occidentaux.

« Il y a quelque chose d’intriguant et d’attirant chez quelque chose qui nous paraît à la fois familier et étranger », dit John Zobele, qui dirige le label vaporwave Business Casual. « Quand j’ai découvert la city pop pour la première fois, c’était comme si je faisais un bond en arrière, que j’avais allumé la télé et qu’ils passaient de vieilles pubs d’un autre monde, qui vendraient les mêmes marques et les mêmes produits mais d’une autre façon ».

Les genres-internet remplis de samples comme la vaporwave et le future funk sont bientôt arrivés sur le devant de la scène, offrant une approche hyper-commercialisée de la pop des années 1980, aussi fantasque et rêveuse que critique quant aux promesses creuses du capitalisme. Pour ces communautés d’internet, les vieux albums de city pop faisaient office de pierre angulaire sonore et visuelle.

Aujourd’hui, les fans mettent toujours en ligne leurs dernières (re)découvertes city pop sur Youtube, rajoutant, à chaque vidéo, davantage de détails au portrait pastel et brillant de la scène. Le genre qui, à l’origine, est une interprétation japonaise de la musique américaine est maintenant lui-même joué par l’Occident, où la contre-culture continue de sublimer ses excès et ses délices. Si vous pouvez lire le japonais, Yutaka Kimura a même publié un guide des 500 albums essentiels de city pop, si l’envie vous prend de partir à la chasse aux CDs dans les rues de Tokyo. L’opulence des jours du boom économique de Tokyo a peut-être été oubliée, mais la musique de cette période continue de capturer cette impression durable et enivrante d’un optimisme annonçant un futur radieux. Cohen décrit ce qu’il ressent en écoutant la musique de Toshiki Kadomatsu comme étant « ce que l’on ressent quand on quitte le train, à minuit, à la station de Shibuya. La ville et la nuit sont à toi. »

Donc vous voulez commencer par : la city pop rock d'été ?

Dans ses premières moutures, la city pop s’appuyait largement sur les sons de groupes californiens comme Buffalo Springfield et Little Feat, dont le folk-rock d’été a ouvert la voie pour le très populaire groupe japonais Happy End. Happy End est l’un des premiers groupes de rock à combiner des sonorités américaines à des paroles dans leur langue natale, demeurant ainsi une pierre angulaire dans la façon qu’ont les artistes de city pop à réinterpréter la musique américaine pour sublimer leur propre identité nationale.

La musique populaire américaine et l’attrait de la côte ouest sont restés une source d’influence puissante dans la musique d’Hosono, en sa qualité d’artiste et de producteur, bien qu’une grande partie de sa carrière solo ait été trop expérimentale pour être rangée dans la catégorie du prêt-à-diffuser de la city pop (pas que cela l’ait empêché d’écrire et de produire des chansons pour de nombreuses teen idols de l’époque). De nombreuses stars de city pop cherchaient aussi à retrouver des sonorités californiennes dans leurs tubes jazzy et soft-rock, et illustraient leurs albums d’images de voitures vintage vrombissant le long de la côte sous des cieux extraordinairement bleus. Tatsuro Yamashita, la star probablement la plus iconique et la plus populaire du genre, a été jusqu'à sortir un premier album entièrement constitué de reprises des Beach Boys, insufflant ses harmonies doo-wop à la Brian Wilson dans les tubes soul ensoleillés comme « Morning Glory » et « Magic Ways ».

Bien que la grande partie de cette veine city pop propose le même genre de rythme yacht rock que Michael McDonald ou Hall & Oates (ne cherchez pas plus loin que « Summer Touches You », rêverie smooth jazz resplendissante de Narumin & Etsu), nombre d’artistes n’avaient pas peur de repousser les limites du genre. Écoutez simplement l’electro-lounge exotique joueuse dePacific, une collaboration entre Hosono, Yamashita, et l’ex-membre d’Happy End, Shigeru Suzuki, qui donne l’impression que quelqu’un a donné carte blanche à Van Dyke Parks pour créer la musique d’ambiance d’un complexe hôtelier psychédélique.

Ailleurs, Eichi Ohtaki (un autre ex-membre d’Happy End) n’a pas cessé de remodeler ses sons tout au long de sa carrière musicale, s’éloignant de ses débuts assez folks de proto-city pop pour se rapprocher d’un mélange étrange, fantasque, de sons old-school comme « Niagara Moon », pour culminer avec des sons comme le classique et estival, « A Long Vacation », hommage à Phil Spector.

« Ces tubes reflètent les sentiments de joie et d’accession à la classe de loisir du public japonais », dit Cohen de l’entichement de la city pop pour les étés sans fins et l’extravagance des bords de piscine. Mais ce qui démarque réellement la musique de cette époque des autres, ce sont ses détails luxuriants, et l’excitation mélodieuse et complexe avec laquelle ces artistes façonnaient leur vision d’un paradis qui semblait attendre au coin de la rue. »

Playlist : Happy End - “Kaze Wo Atsumete” / Taeko Ohnuki - “都会” / Tatsuro Yamashita - “Music Book” / Shigeru Suzuki - “Coral Reef” / Kiyotaka Sugiyama & Omega Tribe - “Dear Breeze” / Eiichi Ohtaki - “カナリア諸島にて” / Narumin & Etsu - “Summer Touches You” / Seaside Lovers - “Evening Shadows”

Donc vous voulez commencer par : la city pop de la nuit urbaine ?

Tandis que les Japonais profitaient de leur nouvelle prospérité, leurs comportements sociaux se mirent également à évoluer. Les femmes pouvaient dorénavant faire de longues études et cherchaient du travail en nombre record. Et avec plus de revenus disponibles, elles pouvaient enfin profiter de la vie urbaine.

« Les femmes ont fait les mêmes excès que leurs collègues masculins, ont profité des plaisirs cosmopolites comme la mode, les restaurants de luxe, les voyages, et la vie nocturne, explique Cohen. Même si les attentes institutionnelles et sociétales poussaient toujours les jeunes femmes à se marier jeunes et à fonder des familles, il n’était pas exclu pour autant de s’amuser un peu avant tout cela. »

Cette évolution culturelle a fait son chemin dans la musique également. Dans la pop music japonaise, les chanteuses évoquaient des territoires et des thèmes pour la plupart inexplorés. Pour Cohen : « Les thèmes d’amour innocent et passif, [qui étaient] omniprésents dans les genres plus anciens, étaient remplacés par la voix des femmes qui véhiculaient leurs propres émotions et désirs. Les chanteuses comme Hitohmi Tohyama et Junko Ohashi chantaient à propos des détails les plus intimes de ce qui se passait dans leurs chambres, et parlaient de sujets risqués et parfois tabous comme les coups d’un soir ou la poursuite amoureuse des hommes. Bien que la plupart des chansons d’amour japonaises hésitent à exprimer les émotions directement, cette allusion aux relations physiques encourageait les femmes à prendre un rôle actif dans leur propre sexualité. »

Rapidement, la pop music de l’époque vint à refléter cette nouvelle vague de vie urbaine du Japon, illustrée par les albums disco comme la pochette flashy de l’album After 5 Clash de Toshiki Kadomatsu, sorti en 1984, qui montre un paysage de gratte-ciel urbains, et qui représente l’optimisme de fin de soirée et l’émerveillement citadin de la city pop. Les bass slappées géniales des artistes comme Koki Ito ou Yasuo Tomikura ont jalonné la période : on entend ainsi les riffs si funks et particuliers du premier dans toutes les éditions de choc de « Merry-Go-Round », et « Silent Screamer », tandis que les sons lisses du second forment le lit de morceaux tels que « First Light » de Makoto Matsuhita, et « Adventure » de Kikuchi Momoko.

Même le jazz fusion a frayé son chemin au sein de l’ADN de la city pop, grâce aux enregistrements instrumentaux populaires d’artistes comme T-Square et Casiopea, dont les jams survoltés allaient finir par durablement impacter le monde du jeu vidéo (les deux groupes font partie des plus grandes influences de Shoji Meguro, le compositeur de la bande-son de Persona, et Masahiro Andoh, le guitariste de T-Square, a même composé le thème d’ouverture de Gran Turismo. La city pop était un véritable melting-pot de différents styles de musique, qui a gagné en popularité entre les années 70 et 80 aux États-Unis. Les styles étaient tous reliés par un fil rouge de joies, d'embûches, et de possibilités qu’offre le fait d'expérimenter pour la première fois la vie nocturne d'une des villes qui évoluent le plus rapidement au monde.

Playlist: Toshiki Kadomatsu - “If You…” / Casiopea - “Midnight Rendezvous” / Makoto Matsushita - “First Light” / Tatsuro Yamashita - “Merry-Go-Round” / Masayoshi Takanaka - “Sexy Dance” /Junko Ohashi - “Telephone Number” / Kikuchi Momoko - “Adventure” / Haruko Kuwana - “蒼い風”

Donc vous voulez commencer par : la city techno pop ?

Avant même le terme de « city pop », Yellow Magic Orchestra utilisait le terme de « techno-pop » pour décrire leur propre style de dance music teintée de groove et de synthés. Là où, dans un effort de réappropriation plus que d'importation du rock américain traditionnel, les projets plus anciens des membres du trio comme Happy End puisaient dans leur propres régionalismes. Yellow Magic Orchestra, quant à lui, gommait les dernières traces de sincérité occidentale, se moquant des stéréotypes tout en dessinant une vision alternative pour l’identité culturelle japonaise à travers la technologie. Des morceaux comme « Technopolis », sur l'album Solid State Survivo, passaient dans des pubs à la télé, vantant les mérites de nouveaux biens de consommation comme les cassettes audios. Et l’habitude du groupe de se servir de synthétiseurs et de boites à rythme dernier cri de marques japonaises comme Roland et Yamaha fit à la fois du groupe et du pays de nouvelles forces vives de l'économie mondiale.

Même si le terme « techno-pop » finit par laisser place au plus large « city pop » (qui est également, accidentellement, une référence à la compilation City d’Happy End, et à leur dernier concert de 1973 « Concert : Last Time Around »), l’usage répandu des nouvelles technologies en studio reste un trait caractéristique de la city pop dans les années qui suivirent. Avec une nouvelle classe de consommateurs avides de CDs, de cassettes, et d’enregistrements à jouer sur de nouveaux appareils comme le Walkman de Sony et la VCR de Betamex, les studios avaient de plus en plus de budget pour créer des enregistrements studios de plus en plus en plus extravagants, comme faire venir des artistes internationaux et embaucher des orchestres symphoniques. Comme le souligne Cohen, les artistes de city pop comme Tatsuro Yamashita et Toshiki Kadomatsu étaient « également reconnus pour la production d’autres artistes », mettant en avant l’usage d’instruments comme le Yamaha DX-7, le Roland Juno-60, et l'ARP Quadra, ainsi que la boite à rythme LinnDrum, dans leurs disques.

Derrière l'écrin commercial de Tatsuro Yamashita et Toshiki Kadomatsu, il y avait toujours une attention soignée apportée à l'usage des nouvelles technologies de studio, et pour des artistes comme Kiyotaka Sugiyama, Casiopea et Wink, l'informatique devint une caractéristique clé de leur musique. Another Summer, quatrième album studio de Sugiyama avec son groupe Omega Tribe, voit le parolier intégrer des synthétiseurs comme le Moog Polymoog et le Yamaha DX-7 à son setup, alors que des tubes pop comme « Sabishii Nettaigyo » de Wink forment une synth-pop merveilleuse à faire pâlir Eurythmics. En même temps, des albums comme Make Up City et Mint Jams de Casiopea montrent que toute cette nouvelle technologie n’a jamais fonctionné de façon isolée, le groupe coulant ses virtuosités synthétiques dans une palette plus large de jazz fusion. Finalement plus une influence qu’un sous-genre distinct du style, la techno-pop a posé les bases de nombreuses sonorités électroniques encore présentes aujourd'hui dans de nombreux tubes de J-pop.

Playlist: Casiopea - “Eyes of Mind” / Wink - “Sabishii Nettaigyo” / Kiyotaka Sugiyama - “Umikaze Tsushin” / Mariya Takeuchi - “Oh No, Oh Yes!” / Toshiki Kadomatsu - “I Can’t Stop The Night” / RA MU - “Rainy Day Lady” / Katsumi Horii Project - “Hot Is Cool” / Hiroshi Satoh - “Say Goodbye”

Donc vous voulez commencer par : le revival city pop ?

En juin 2018, Yubin, la super-star de K-pop était publiquement accusée de plagiat. Dans la campagne de promotion de son premier single solo, l’ex-Wonder Girls a dévoilé un teaser audio de 15 secondes de la face B « City Love ». Sur internet, les fans n’ont pas tardé à comparer le single à un tube du même titre de la star city pop Mariya Takeuchi. Le titre de Yubin a même une mélodie extrêmement similaire à « Plastic Love », la chanson de 1984 de Takeuchi. Bien que la maison de disques ait décidé de reporter la sortie du morceau (toujours pas sorti 6 mois après), le litige est un exemple de la dette que les plus grandes stars actuelles de J-pop et de K-pop doivent à la city pop. Le single « Lady » eut tout de même droit à son clip, avec sa scène de voiture clinquante, une danse dans le métro, et une palette de couleurs directement inspirée de certaines des chansons de city pop les plus mémorables.

Yubin et Wonder Girls à part, les dernières années ont été témoins d’un revival city pop inédit. Des groupes de pop et de rock comme Awesome City Club, Sugar’s Campaign, et Yoshida Yohei Group, ont tous mentionné la city pop comme étant une source d’inspiration majeure. Des groupes de funk japonais comme Suchmos, Lucky Tapes, et Special Favorite Music ont tous sorti des morceaux dance d'obédience rétro, et tous ont une dette aussi bien envers la disco américaine qu'à ses réinterprètes comme Tatsuro Yamashita, Masayoshi Takamata, et de nombreux autres précurseurs city pop. Même un personnage de l’émission de télé-réalité populaire Terrace House a son propre groupe de city pop.

Bien que le genre en lui-même soit devenu une porte d'entrée pour des artistes élevés à l'âge du trop-plein d'information, le terme « city pop » a également fait son come-back dans le lexique japonais. Chroniqueur pour le Japan Times, le sceptique Ryotaro Aoki souligne que le terme, qui est largement passé de mode dans les années 1990, est maintenant devenu une sorte de mot-valise pour tout ce qui est considéré comme rétro ou funky dans la pop-music japonaise actuelle. Ce qui autrefois désignait de la musique par et pour les jeunes japonais urbains est maintenant, pour Aoki, devenu « plus un mot-clé indie, utilisé pour désigner un sentiment mêlé de sophistication, de mode et de nostalgie ». Pourtant, nul ne peut nier que des artistes comme Awesome City Club, City Your City, et Yogeee New Waves ont clairement été inspirés par la city pop, même si la connexion réside plus dans les noms et l’esthétique visuelle que dans une quelconque référence audio facile-à-repérer.

Certains de ces éléments pourraient être dus à l’importance grandissante des albums classiques de city pop présents sur Youtube. « Plastic Love », de Mariya Takeuchi, plagié par Yubin, a sûrement été reconnu par ses fans à cause de sa présence immanquable sur la plateforme, où la vidéo a récolté plus de 22 millions de vues avant d’être retirée du site plus tard l’année dernière. Grâce à son atmosphère agréable et son placement étrangement continu dans la barre de recommandation Youtube, la chanson autrefois largement oubliée a fasciné les auditeurs du monde entier et a été plébiscitée par des artistes aussi divers et variés que The Black Madonna ou Gorillaz.

Playlist: Mariya Takeuchi - “Plastic Love” / Skylar Spence - “Skylar Spence” / Yubin - "숙녀 (淑女)" / Awesome City Club - “アウトサイダ” / Suchmos - “Stay Tune” / Lucky Tapes - “レイディ・ブルース” / Special Favorite Music - “Royal Memories” / t e l e p a t h テレパシー能力者 - “ずっと一緒にいたいよ”

Cet article a d'abord été publié sur Noisey US.

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