Culture

« Arctic » est le dernier d’une longue liste de films épouvantables sur le survivalisme

La nature demeure invaincue.
14.2.19
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Photo : Helen Sloan SMPSP/Bleecker Street

Arctic, le nouveau film du réalisateur et compositeur brésilien Joe Penna, a débarqué dans les cinémas après une marée de bonnes critiques à Cannes et à Sundance. L’acteur principal est Mads Mikkelsen, ce grand danois qui dégage à la fois du cran, de la sophistication, de la décence, et des effluves de feuilles de cèdre. Il est piégé dans l’Arctique après le crash de son hélicoptère. Il fait super froid. Il y a des ours et des tempêtes de neige. Même pour un type comme Mikkelsen, les chances de survie sont minces.

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Arctic appartient à ce genre classique mais sous-coté de films que nous appellerons « L’homme moderne survit dans la nature ». Ce qui démarque ce genre d’une épopée de survie en milieu inhospitalier classique comme The Revenant, c’est simple : les personnages qui sont perdus en pleine nature se retrouvent hors de leur élément habituel. Scientifiques, cadres, docteurs, touristes ; ils ne sont pas du genre à connaître la meilleure façon de dépecer un écureuil ou de construire un abri à partir de branches de pins. Quand ils se blessent, nous ressentons le moindre coup, et quand/s’ils sont sauvés, nos âmes s’élèvent.

Le film typique du genre de « L’homme moderne survit dans la nature » est à la fois une leçon d’humilité et une affirmation de la force persévérante de l’homme. Ces films vous donnent envie de vous terrer sous une montagne de duvets et de courir un marathon, les deux en même temps. Et Arctic, c’est exactement ça : incroyable mais éreintant. Si vous le regardez, préparez-vous-y mentalement en regardant d’autres films du genre. Voici cinq films de survivalisme éprouvants et largement sous-cotés pour commencer :

La Lettre inachevée (1960)

Une équipe de géologues se lancent dans une expédition à la recherche de diamants dans la nature sibérienne. Qu’est-ce qui pourrait mal tourner ? Tout. Un feu de forêt sépare nos aventuriers de leurs canoës, un triangle amoureux damné naît au sein du groupe mixte, et leur émetteur-récepteur arrête d’émettre mais continue de recevoir des discours d’encouragement essoufflés et des exhortations de la part de leurs camarades restés en ville. Réalisé par Mikhail Kalazotov et tourné en noir et blanc – ce qui semble transformer les forêts boréales de Sibérie en océan frissonnant – La Lettre inachevée est un film sombre, contemplatif, qui fait office de parodie subtile des idéaux soviétiques comme l’altruisme et la détermination. Ces idéaux sont sans cesse respectés par les aventuriers perdus, même quand ils s’enfoncent davantage dans les étendues sauvages et s’éloignent de plus en plus de la civilisation. Il y a l’esprit humain, et il y a le putain d’esprit de la forêt. La Lettre inachevée parle du gouffre qui sépare les deux dimensions.

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Le Territoire des loups (2011)

Oui, c’est bien dans ce film que Liam Neeson rentre en corps-à-corps avec des loups dans la toundra alaskienne, et non, je ne plaisante pas. Le Territoire des loups, réalisé par Joe Carnahan, est un film qui parle de ce qui se passe quand on ne laisse plus que leurs personnalités propres à un groupe de mecs – ici, un groupe de foreurs de pétrole qui ont un peu trop fait la fête et se sont bagarrés à mort au fin fond du monde – qui ont succombé à la masculinité toxique. Neeson, un tireur d’élite qui protège les foreurs de la faune sauvage, est l’homme qu’il vous faut quand votre avion s’écrase en plein Alaska, même s’il est en colère et en deuil. (Sa femme vient de le quitter). Le Territoire des loups parle moins des loups que du spectre de la mort qui hante chacun de ces hommes. Mais les loups sont super cools, eux aussi.

Les Survivants (1993)

Vous êtes à bord d’un avion qui s’écrase sur un glacier dans les Andes, et vous survivez au crash. Pourrez-vous vous résigner à manger le cadavre de votre voisin ? C’est ce que Les Survivants de Frank Marshall explore, avec une empathie étonnante. Réalisé à partir de la vraie histoire du vol 571 de la Force Aérienne uruguayenne, qui transportait une équipe de rugbymen avant de s’écraser dans les montagnes, Les Survivants ne parle pas seulement des aspects cruels du survivalisme (souvenez-vous de l’expédition Donner), mais aussi des liens qui unissent les survivants. La terreur et la colère qui affectent les rugbymen et leurs familles – au début du film, l’un d’eux dit à une femme mourante de se taire – se transforme en montagnes d’amour et d’humour qui dépassent l’horreur de leur situation. « Si je meurs et que tu ne me manges pas, je reviendrai te hanter et te botter le derrière » dit l’un d’eux à ses amis. Non, je ne pleure pas, j’ai juste une poussière dans l’œil.

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Seul au monde (2000)

Seul au monde de Robert Zemeckis est un film étonnement obsédant qui parle de la réalité de l’isolation sur une très longue période sur une île déserte. Avoir embauché Tom Hanks, peu connu pour ses performances silencieuses, comme acteur principal, c’est du génie. Le voir souffrir et tenter de survivre à la folie sur l’île après que son avion s’écrase dans le Pacifique, ce sont des montagnes russes d’émotions. Ce n’est pas une expérience à prendre à la légère. Quand Hanks s’enlève un abcès dentaire avec une pierre et un patin à glace, on sait qu’il s’agit d’un film dans lequel tout peut arriver. Cela confère à Seul au monde une impression de danger et de mortalité rares dans d’autres films studios – du moins, jusqu’aux vingt dernières minutes, qu’on peut très honnêtement s’abstenir de regarder. Je veux dire, on sert des sushis à un gars qui s’est nourri de poisson cru pendant des années !

Backcountry (2014)

Histoire vraie : j’ai travaillé une fois en tant que gérant d’une auberge située dans la nature. Une partie de mon job consistait à indiquer les chemins à suivre aux randonneurs et à aider ceux qui se perdaient ou se blessaient. Aucun film récent ne montre mieux à quel point les citoyens aventureux ont le don de se mettre dans le pétrin que Backcountry, un thriller canadien intense d’Adam MacDonald. Missy Peregrym, la gymnaste rebelle du largement sous-coté Stick it, en est l’actrice principale. Le film se passe dans les montagnes de l’Ontario et de la Colombie Britannique, où un groupe de randonneurs part sans carte et se perd. Oh, et il y a une attaque d’ours. À côté, celle dans The Revenant donne l’impression de n’être qu’un bras de fer amical. (Deux mots : « cerveau visible »). Cela m’a pris au dépourvu, presque de la même manière que cela a pris les randonneurs au dépourvu.

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