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Le mouton bionique espagnol se défend contre les attaques de loups

Un artiste espagnol a imaginé un système qui permet de repousser les loups sans leur faire de mal.
11.3.16

Un mouton portant un prototype de collier bionique. Image : Bionic Sheep project & Shepherd School/Fernando Garcia Dory

Pendant plusieurs siècles, les bergers ont été à couteaux tirés avec les loups qui rôdent autour des troupeaux afin de capturer un mouton à l'occasion. Afin de protéger leur cheptel, ils ont essayé toutes les solutions possibles : armes à feu, chiens, poison, grillages électriques. Évidemment, l'idéal serait de doter leurs bêtes d'un système de protection contre les prédateurs sans avoir à blesser ou à exterminer ces derniers.

C'est tout le propos du Mouton « Bionique, » aussi connu sous le nom de « système de protection ultrasonique pour troupeau. »

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Créé par l'artiste madrilène Fernando García Dory, l'idée est d'empêcher les loups d'attaquer le groupe d'animaux en équipant les moutons d'un collier qui émet un son à une fréquence ultrasonique inaudible pour les moutons et les humains, mais intolérable pour les coups. Dory a récemment présenté son projet de « mouton bionique » à un événement organisé par l'Arts Catalyst, un centre culturel, scientifique et technologique basé à Londres.

« En 2006, je lisais des documents sur les armes non-létales utilisées par la police pour gérer les manifestants et les calmer, » explique Dory, qui cite aussi les canons soniques utilisés lors du sommet du G20 à Pittsburgh. « Le sujet a retenu mon attention parce justement, nous voulions repousser les loups sans avoir à les tuer. »

Image: Bionic Sheep project & Shepherd School/Fernando Garcia Dory

Dory a eu cette idée en menant des recherches à l'école des métiers de l'élevage au sein du Parc national des Picos de Europa, au nord de l'Espagne, où il a passé tous ses étés lorsqu'il était enfant. Le projet est encore en cours ; Dory explique qu'une partie de sa valeur est artistique, car il permettra d'attirer l'attention sur le rôle joué par les bergers dans les traditions culturelles espagnoles.

Dans cette région du nord de l'Espagne, les bergers vivent au voisinage des loups depuis des siècles et utilisent leurs propres méthodes pour contrôler la démographie de ces prédateurs. Autrefois, les groupes de bergers avaient pris l'habitude d'aller ensemble dans les bois et de faire assez de bruit pour chasser les loups de leur territoire. Ils embauchaient également des chasseurs professionnels pour limiter la taille des populations d'animaux sans les exterminer complètement.

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Dans le but de préserver la culture pastorale du nord de l'Espagne, Dory s'est donc tourné vers la technologie. Il a mis au point son premier prototype d'appareil « bionique » en 2006 avec l'aide d'ingénieurs et d'amis bergers espagnols. Dans un premier temps, il voulait un système fonctionnant à l'énergie solaire capable d'émettre à une fréquence d'environ 40kHz, des sons audibles et désagréables pour les chiens et les loups, mais pas pour les humains ni pour les moutons. Il admet qu'à l'époque, son système était très rudimentaire.

« Nous avons testé le prototype de 2006 sur des loups, mais la portée des ultrasons n'était que de cinquante centimètres, et leur volume n'était pas assez fort pour les décourager, » explique Dory.

Un prototype de l'émetteur à ultrason, qui sera plus tard réduit et assemblé dans le Bionic Sheep, fabriqué par le hacker Paolo Cavagnolo qui collabore avec Fernando García Dory depuis 2015. Image : Fernando García Dory

Sans financement supplémentaire pour mener son projet à bien, Dory devra attendre neuf ans supplémentaires avant de réaliser un second prototype avec l'aide du Parc national des Picos de Europa.

Pour « Bionic Sheep 2, » il travaille avec Paolo Cavagnolo, un hacker italien qui a fait de l'ingénierie nucléaire par le passé.

En testant Bionic Sheep 1, Dory s'est rendu compte que le composant le plus faible de son système était l'émetteur à ultrasons. Comme il voulait que l'appareil soit efficace dans un rayon de 20 mètres minimum, il a demandé à Cavagnolo de l'aider à améliorer ses performances.

« Nous voulions déterminer quel volume et quelle fréquence étaient les plus insupportables pour les loups, » explique Dory, qui va maintenant tester le second prototype sur des loups en captivité.

Le système devrait marcher avec les troupeaux de chèvres également. Image: Bionic Sheep project & Shepherd School/Fernando Garcia Dory

Cependant, la production de l'appareil n'est pas aussi facile qu'elle en a l'air.

« Nous devons prendre en compte tout un tas de choses : l'énergie consommée par le système, son utilité à la société, et son efficacité pour repousser les loups sur le long terme, » explique Cavagnolo. « Une fois que nous aurons des réponses fermes à ces questions, nous pourrons commencer à penser au meilleur design possible pour que le collier, afin d'y glisser tous les composants volumineux, dont la batterie et le haut parleur.

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Même si l'idée de Dory a déjà attiré l'intérêt de bergers et de fermiers d'autres pays européens, elle rencontre aussi beaucoup de scepticisme.

« Les loups sont des animaux incroyablement intelligents, remarquables en résolution de problèmes, » explique Sue Hull, directrice du UK Wolf Conservation Trust. « Bien sûr je j'attends le meilleur de ce système, mais j'attends tout de même de voir quelles stratégies les loups emploieront une fois qu'ils s'y seront accoutumés. »

Hull suggère que dans le futur, des drones pourraient détecter les loups et larguer sur eux des bombes (inoffensives), par exemple. « La guerre contre les loups n'est pas prête de s'apaiser, quelle que soit la technologie dont nous disposons, » ajoute-t-elle.

Même si le système ultrasonique n'en est qu'à ses balbutiements, il s'agit quand même d'une avancée considérable par rapport aux armes à feu et au poison. Si tout se passe comme prévu, Dory espère vendre son produit pour 30-40 euros environ, en open source.

« Quand les gens imaginent un mouton avec un gadget high tech, ils se marrent ; cela semble incongru, presque ridicule, », ajoute-t-il. « Pourtant, à supposer que l'appareil soit efficace, il faudra bien s'y habituer. Sans oublier que le plus important, c'est de préserver le rôle du berger dans notre culture. »