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Profession : espionne

Dans son ouvrage « Les espionnes racontent », Chloé Aeberhardt a brossé le portrait de neuf anciennes espionnes.
15.3.17

Toutes les illustrations sont de Robin Renard. Cet article a été réalisé en partenariat avec CANAL pour la diffusion du cycle « Jeux d'Espions » et a été créé indépendamment de la rédaction de VICE. Ce programme est actuellement diffusé sur Ciné +. Pour plus d'informations, veuillez cliquer ici.

Pendant cinq ans, la journaliste Chloé Aeberhardt a retracé le destin des agents emblématiques de l'espionnage et du contre-espionnage dans le monde entier. Leur point commun ? Être des femmes dans ce monde encore particulièrement masculin. Pour VICE, elle a accepté de revenir sur cette enquête impressionnante qui l'a fait voyager de la Grande Bretagne à Israël sur les pas de ces espionnes.

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Dans le fantasme collectif, être espionne c'est, au mieux être une Sidney Bristow dans « Alias » - empathique et intuitive - au pire être cover girl de SAS, James Bond Girl du pauvre, moulée dans le latex. Dans les deux cas, en filigrane, l'espionne couche pour réussir. C'est de ce faux postulat que la journaliste et auteure Chloé Aeberhardt est partie pour brosser le portrait de neuf anciennes espionnes dans son ouvrage « Les espionnes racontent ». Tout comme ses protagonistes, elle a voyagé de ville en ville, parcouru le monde, pour recueillir ces témoignages qui ne sont plus sous le coup du secret et essayer de retranscrire la réalité de ce job.

Au départ, c'est Anna Chapman, une espionne russe expulsée du territoire américain en 2010, qui intrigue la journaliste. Après avoir écrit un article sur elle, Aeberhardt se rend rapidement compte que le sujet des femmes dans le renseignement n'a été que peu traité. En découle alors un long travail d'enquête sur ces femmes. Alors que son travail d'investigation suit son cours, elle rencontre aussi bien des figures emblématiques de l'espionnage à l'instar de Stella Rimington, directrice du MI5 de 1992 à 1996 que des anonymes. Ces femmes de l'ombre qui ont réussi à se fondre dans la masse s'appellent Tatiana, Yola ou Jonna et ont travaillé pour le KGB, le Mossad ou la CIA.

Rien ne prédestinait ces femmes à se retrouver au cœur de puissantes opérations de renseignement et de sécurité nationale. En plus d'être peu nombreuses, c'est souvent, par leurs maris qu'elles sont arrivées à leur poste. Jonna Mendez est la femme d'Antonio « Tony » Mendez. Ensemble, ils travaillent sur l'opération d'exfiltration de six diplomates américains lors de la crise des otages en Iran. Cette opération sera la toile de fond du film « Argo », de et avec Ben Affleck. « À l'époque, et encore maintenant, ce n'était pas un emploi féminisé. Les femmes n'auraient pas eu l'idée de postuler spontanément à un emploi dans le renseignement », explique Chloé Aeberhardt. Pour les chiffres qui vont dans le sens de la parité, on repassera. « Aujourd'hui, à la DGSE, il n'y a qu'un quart de femmes et la plupart ne sont pas cadres mais dans la fonction publique. L'an dernier sur les dix-huit directeurs, un seul était une femme et elle est partie. » L'histoire ne dit pas si elle a été remplacée par une autre femme.

Pourtant, le fantasme de la femme espionne est encore largement propagé dans les esprits, notamment dans les fictions. Dans la réalité comme dans les séries ou les films, les clichés ont la peau dure. « La plupart des messieurs que j'ai interviewé brossent un portrait robot stéréotypique de la femme espion. Ils disent qu'elles ont plus d'empathie, d'humilité et d'intuition comme Carrie dans 'Homeland'. D'un autre côté, les civils les voient comme des superwomen capables de résoudre toutes les opérations en se battant comme Elizabeth dans 'The Americans'. » Selon Chloé Aeberhardt, la réalité est tout autre. Les femmes qui travaillent dans le contre-espionnage ne quittent pas leur pays. Leur travail est de protéger leur pays des espions qui opèrent sur le territoire comme la DGSI en France ou le FBI aux Etats-Unis. « Ces femmes là ont un emploi de bureau qui leur permet d'avoir une vraie vie de femmes avec mari et enfants. » Pour celles qui font partie de l'espionnage, en revanche, c'est un peu plus complexe. « Quand on est agent de terrain et envoyé à l'étranger, comme pour les agents de la CIA, le KGB ou la DGSE, ça se déroule d'une autre manière. Les femmes sont souvent dans états hostiles, ou pas forcément amis, elles voyagent tout le temps et n'ont pas le droit de dire où elles sont. » Exit donc, la vie de famille. Parmi les femmes que Chloé Aeberhardt a interrogées, deux des femmes n'ont pas eu d'enfants. Pour elles, c'était exclu car elles n'avaient pas la possibilité de s'en occuper.

Quarante ans après avoir opéré leurs missions, les hommes commencent doucement à revoir leurs copies . « Les mêmes messieurs, qui me disaient 'De mon temps, on ne faisait pas travailler les femmes' sont les mêmes que ceux qui disent qu'elles étaient, en réalité, vraiment très douées », raconte la journaliste. Un changement d'opinion qui pourrait ouvrir la voie à plus de femmes dans le renseignement.
« Les services sont en train de se rendre compte que se priver de la moitié de l'humanité ce n'est pas vraiment un bon calcul en terme d'efficacité. Il y a plein d'opérations où les femmes sont utiles », ironise-t-elle. La preuve en images dans « Le Bureau des légendes » avec le rôle de Marina Loiseau où la DGSE choisit d'approcher un homme en passant par son fils et cette espionne campée par Sara Giraudeau. « En incluant les femmes, on double le potentiel de réussite des opérations. C'est aussi simple que ça. »

Chloé Aeberhardt est l'auteure du livre « Les espionnes racontent » aux éditions Robert Laffont.

Cet article a été réalisé en partenariat avec CANAL pour la diffusion du cycle
« Jeux d'Espion » et a été créé indépendamment de la rédaction de VICE. Ce programme est actuellement diffusé sur Ciné +. Pour plus d'informations, veuillez cliquer ici.