Interviews

Narbonne Plage essaient de conjuguer leur passion pour Nirvana, la déconne et The Mars Volta

Le chanteur du groupe grunge-punk parisien nous parle du mal qu'a fait « Seven Nation Army », de ses vacances de prolo et de son défunt blog, « Je t'encule Thérèse ».

par Albert Potiron
06 Avril 2017, 1:37pm


À force de passer des nuits à zoner sur le net, ça devait finir par arriver. Je me tombé sur des tas de théories fumeuses émanant d'un blog au nom terriblement attractif : Jetenculetherese. Après avoir lu des choses délirantes sur la techno ou sur les liens entre Konbini et le FN, un clic sur le nom de l'auteur a fait apparaître une page bandcamp. Celle de Narbonne Plage. Un trio (Raph laRage, Ladislas Felicani, Martin Tin) guitare-basse-batterie, une pochette intrigante d'un 2ème EP fraîchement sorti, une description « punk » classique. Bref, un groupe comme on en trouve des centaines sur Bandcamp. Sauf que Narbonne Plage ont connu l'avant Bandcamp, les ravages des groupes en The du milieu des années 2000, l'infernale déferlante pysché qui a suivi, et Raph laRage a accepté de nous en parler.

Noisey : Paré ?
Raph laRage : Oui. C'est ma toute première. Dans mon activité professionnelle, celle qui me fait manger, il m'arrive parfois d'en faire. C'est marrant d'être de l'autre côté du micro pour une fois.

Comme c'est ta première interview, peux-tu présenter Narbonne Plage ?
J'ai 31 ans et…

Attends, on peut baisser un peu la musique ? J'ai peur de ne rien entendre après.
Ah oui, désolé. C'est le nouveau At The Drive-In, et il est pas terrible du tout.

Reprenons.
Nous sommes 3 copains. On joue ensemble depuis une quinzaine d'années. On a fait pas mal de merdes, on s'est séparés, retrouvés, etc. Un peu avant 30 ans, on a eu envie de remonter un groupe d'ados, de punk, comme on en voit plus beaucoup. Du coup on s'est mis à chercher un batteur. Bizarrement, c'est après avoir passé une annonce pour choper de la beuh qu'un gars s'est pointé avec une batterie électrique. Ca a très bien fonctionné. Je parle de la batterie. Il est très bon, on s'entend bien. On voulait monter une sorte de Pixies français. Au départ, notre musique était beaucoup plus lente qu'aujourd'hui. Une chanteuse nous a rejoints mais ça n'a pas marché. Elle était chiante, ne collait pas du tout au projet et a préféré se casser. J'ai dû reprendre la voix. C'était compliqué pour moi, et ça le reste encore.

On y entend évidemment des références à Nirvana, mais quand tu chantes, ça rappelle parfois Patrick Duff de Strangelove.
On ne va pas cacher Nirvana parce que c'est trop connu, mais oui, carrément. On ouvre sur un total plagiat de « Territorial Pissings » et on ne va pas le cacher. Après, même si on aime bien Nirvana, on n'a jamais idolâtré Kurt Cobain. Mes groupes fétiches, c'est plus Pixies, At The Drive-In, The Mars Volta. L'idée du début était de mixer punk et psyché, mais sur ce deuxième EP, on l'a moins fait. Plus on jouait en respectant cette idée initiale, plus c'était chiant. On joue beaucoup, on fait pas mal de concerts. On s'est un peu créés sur scène et nos disques, c'est plus des enregistrements live qu'autre chose. Les disques, on les fait pour trouver des salles. Parce que ce qu'on préfère, c'est jouer sur scène. On s'est rendus compte que les trucs lents c'était plus des trucs d'album. Des trucs qu'on fera peut-être plus tard mais on a vraiment aucun plan de carrière. Là, on fait dans l'efficace. On est un groupe de première partie, quoi. 35-50 minutes maximum, et on envoie. Par exemple, on a fait la première partie des Anglais de Kagoule. C'était vraiment cool. J'adore ces petits mecs de Londres qui commencent à être pas mal connus. Notre prochain objectif, c'est de trouver un grand mécène.

Vu ton âge, on pourrait penser que la vague des groupes en The du début des années 2000 t'a marqué au fer rouge.
Pas du tout. Je suis complètement passé à côté. Je crois même que c'est à ce moment que tout a commencé à merder. « Seven Nation Army », par exemple. C'est pas une mauvaise chanson, mais c'est un peu celle qui a tué le game, comme on dit. C'est là qu'on a commencé à ne plus acheter d'albums. Le rock indé est mort à cette période. Aujourd'hui, je picore à droite à gauche. Kagoule, par exemple, c'est un des seuls trucs que j'ai écouté en boucle récemment. J'ai moins envie d'aller découvrir des groupes, je me demande si c'est dû à mon âge ou à l'époque. Même si c'est pas du tout mon genre de musique à la base, j'ai préféré la vague MGMT/Metronomy à celle des groupes en The. En ce moment, j'écoute tout le temps Kyuss et Slowdive. Je peux pas dire que je sois à la pointe.

Vous le sortez où ce deuxième EP ?
Chez Black Totem Records, le label associé à La Mécanique Ondulatoire. On y fait souvent des premières parties. On s'entend bien avec eux. Ils souhaitent sortir l'EP en version vinyle. On est encore en « négociations ». Après, on sait comment ça se passe aujourd'hui, rien ne se vend ou presque. On s'est rendus compte que des groupes un peu plus connus que nous, comme Dr Chan par exemple, qui remplit beaucoup de salles, vendent 5 vinyles. Et j'exagère à peine. On n'est donc pas spécialement pressés d'aller vers le vinyle. Au final, ça risque d'être plus frustrant qu'autre chose. Ce serait juste cool d'avoir l'objet à la maison. On a enregistré l'EP grâce à des potes du batteur qui nous ont prêté un studio conçu pour faire du cinéma et des documentaires. Rien à voir avec nous, donc, mais on a fait avec. Ce qu'on veut avant tout, c'est tourner.

Vous trouvez facilement des dates ?
Je me sers du réseau de Black Totem et de celui de Thérèse. On a pas mal de mecs qui nous suivent sur Facebook. C'est marrant d'ailleurs parce qu'à cause de notre nom, on a beaucoup de gens de Narbonne qui ont liké notre page en croyant qu'il s'agissait de la ville. Des coiffeuses, des routiers, etc. Pourtant on ne vient absolument pas de Narbonne. Notre nom est vraiment pourri si on raisonne en mode Google. On savait pas comment s'appeler quand on a monté le groupe. On avait ce morceau, « Narbonne plage ». Et voilà. J'ai passé des vacances là-bas à 18 ans et c'est absolument horrible. La cité balnéaire typique qui véhicule un faux amusement permanent. Un endroit super moche mais dont j'aime vraiment l'esthétique. Un lieu de vacances pour les prolos. Je le dis sans condescendance, car j'en suis un.

C'est pas si fréquent, puisque le rock a une fâcheuse tendance à s'embourgeoiser.
Oui, voilà. Nous, on voulait revenir à un punk plus ironique, sans tomber dans les clichés du punk californien de l'époque Epitaph/Offspring. Mais on voulait quand même un retour vers ces années-là dans notre son. Un punk ironique, qui avait ensuite été trahi par toute la folie des années 90. On voulait des morceaux ironiques avec des guitares bien saturées et des gros riffs de basse cool. Avant ça, on faisait de la musique de maison. Personnellement, je suis resté bloqué très longtemps sur Mars Volta très.

Un peu comme Jonah Hill dans American Trip ?
Exactement ! Il y a cette scène incroyable où il fait écouter à fond un morceau de Mars Volta à sa meuf. Et elle, elle comprend pas le truc. Ce groupe a tout changé pour moi. Il est arrivé à l'époque où tout se cassait la gueule, où les gens commençaient à ne plus écouter les disques en entier. Eux sortaient des concept-albums un peu barrés, avec plein de choses dedans. J'adorais. J'aimais aussi beaucoup le Stupeflip de 2004, celui qui faisait ça dans sa chambre. J'ai pas participé à leur crowdfunding, je me suis dit qu'ils n'avaient pas besoin de moi. A cette période là, on faisait nous aussi des sons qu'on n'a jamais sortis. On aurait dû. Quand on a vu le succès de Salut C'est Cool, on avait les grosses boules. Parce que ce qu'on faisait chez nous, c'était du SCC avant l'heure, un truc techno-lol. On a fait aussi du dub, plein de trucs différents. Sur 2010-2015, j'ai joué dans pas mal de groupes psychés, mais là, j'ai l'impression d'en avoir fait le tour. Avant d'en arriver à Narbonne Plage, un truc qui n'est plus du tout à la mode.

Le psyché t'a tué ?
Tué non, mais ça m'a saoulé. Je voulais avoir mon truc à moi, avec une batterie qui tape. Le psyché, c'est devenu super chiant. C'est toujours la même chose. Je vais pas cracher dans la soupe, mais c'est de la musique ultra répétitive. Et c'est ce qu'on fuit le plus avec Narbonne Plage. On crache pas sur le psyché, mais notre but, c'est vraiment de changer tout le temps de phase. Quand on répète deux fois le même refrain, ça nous fait chier. Bizarrement, on nous programme souvent à côté de groupes super répétitifs. On ne voit pas bien le rapport, mais on prend ! Prochainement, on joue pour Freaky Loud Things par exemple. C'est bizarre, car on ramène pas beaucoup de monde dans ce genre de festivités.

Les thèmes de vos morceaux ne sont pas forcément hyper surprenants. Le sexe, la cocaïne, l'amour. 
Mes paroles sont très psychanalytiques. Je les faisais d'ailleurs lire à ma psy l'autre jour. C'est quasiment de l'écriture automatique. On compose en yaourt, j'écris juste avant d'enregistrer. Je m'en fous un peu des paroles.

Ah bon ? C'est étonnant. J'ai pas eu cette impression du tout. « Mélanie », ça parle de ton ex-meuf ?
Celle-là n'est pas super cool. C'est le premier morceau qu'on a fait et c'est celui qui nous a donné l'envie et l'idée de monter le groupe. Je l'ai pondu en deux minutes, et c'est le morceau qu'on joue le plus aujourd'hui. On en a un peu marre, mais c'est celui qui marche bien. Mélanie, c'est une ex et toutes mes ex à la fois. Il ne faut pas y voir de signification particulière. Mais pour ma psy, c'est intéressant.

On en a pas encore parlé jusqu'ici, mais tu fais parti du blog Jetenculetherese.
On est deux dessus. Moi et une fille qui n'a rien à voir avec le groupe. On n'est pas hyper actifs, j'écris deux-trois papiers par an mais ça marche bien comme ça. C'est une blague qui a un peu pris, un peu dans le même esprit que Narbonne Plage. Sans critiquer la maison mère, on a monté ce blog au moment où VICE partait en couilles. C'était devenu le lifestyle obligé du mec cool. On voulait prendre le truc à contre-pied et faire le lifestyle du beauf. Un truc hyper ironique. Après, on a parlé un peu de tout, notamment de la techno qui reflète bien ce qui se passe actuellement. Les gens n'écoutent plus que des trucs mécaniques. Le psyché, c'est pareil. On a l'impression que les gens qui n'écoutent que ça ont été lobotomisés. On a arrêté le blog il y a quelques temps, mais il est fort probable qu'on le relance très vite.

Sur le blog, on trouve aussi des papiers de fond du style « Pourquoi Konbini est responsable de la montée du front national ? »...
Ouais. C'est un sujet qui me tenait à coeur quand j'ai écrit ce papier. Les médias et Konbini n'est pas le dernier, sont sans cesse en train de diaboliser le Front National tout en leur servant la soupe et ça m'énerve. Mais j'arrête de parler politique. C'est pas clivant finalement, mais c'est souvent mal compris.

Ça passe par quoi, l'engagement en musique ?
Bizarrement aujourd'hui, plus grande monde n'est vraiment engagé, mais en façade tout le monde l'est. Black M se retrouve à devoir défendre l'honneur des soldats sénégalais, par exemple. Tout le monde a son petit engagement. Du coup, j'ai tendance à penser que le seul moyen d'en avoir un véritable, c'est de ne pas en avoir. Au moins tu ne rentres pas dans ce truc où tout le monde est d'accord. C'est marrant d'ailleurs, la société n'a jamais été aussi divisée mais en même temps, on a jamais tous été aussi d'accord.

Narbonne Plage jouera le 7 avril à la Mécanique Ondulatoire pour la soirée Freaky Loud Things.