Pourquoi on a toujours une grosse fringale quand on est bourré

Une étude du centre de recherche Francis Crick a tenté de répondre à cette éternelle question.
Phoebe Hurst
London, GB
13.1.17
Foto via Flickr Ludhi85 via Flickr

Dans la vie, il y a peu de choses sont aussi irrépressibles que l'envie d'aller faire pipi après avoir bu une bière, et l'envie d'aller chercher de la bouffe après en avoir bu plusieurs. Qu'est-ce qui vous pousse à manger en rentrant de soirée ? Vous avez beau vous dire que vous n'allez rien prendre de plus qu'un petit paracétamol et un grand verre d'eau avant de vous vautrer dans un lit, vous finissez inexorablement devant le frigo.

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Et quand vous ne vous enfilez pas des restes de lasagnes tout en vous demandant où a bien pu passer la tablette de chocolat d'urgence, il arrive aussi que vous fassiez un petit passage au kebab du coin pour commander un grec supplément mayo et oignons avec des frites et un paquet de chips au fromage. Clairement, c'est le truc le plus efficace pour remplir les estomacs alcoolisés.

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Selon une nouvelle étude du centre de recherche Francis Crick à Londres, vos fringales tardives pourraient être dues à un mécanisme neural. En gros, si vous êtes attiré par les glucides et le fromage quand vous êtes un brin éméché, ce n'est pas de votre faute, c'est celle de votre cerveau.

Pour cette étude, publiée dans la revue Nature Communications, les chercheurs ont injecté des doses d'alcool à un premier groupe de souris pendant trois jours d'affilée, ce qui équivaut à environ deux bouteilles de vin ou six à huit pintes. Un second groupe de rongeurs restait sobre. Sans surprise, les souris alcoolisées ont beaucoup plus mangé que les autres.

Si la suralimentation liée à l'alcool était précédemment associée à une perte de conscience de l'apport alimentaire ou à « l'apéritif effect », les chercheurs du Francis Crick affirment qu'il y a également un facteur biologique en jeu.

Si vous avez une consommation d'alcool plus élevée, vous allez avoir, en conséquence de l'effet de l'alcool sur votre cerveau, une consommation de nourriture plus élevée.

Selon l'étude, l'alcool stimule les neurones AgRP du cerveau, qui contrôlent la faim et que l'on retrouve chez les souris et les humains. Lorsque ces neurones sont stimulés, ils mènent à des excès alimentaires fulgurants, et ce, « même en l'absence de pénurie énergétique ».

Et les auteurs d'expliquer : « Si vous avez une consommation d'alcool plus élevée, alors vous allez, en conséquence de l'effet de l'alcool sur votre cerveau, avoir une consommation de nourriture plus élevée ». Ils ajoutent qu'une fois les neurones AgRP bloqués chez certaines souris, leur frénésie alimentaire s'est arrêtée.

Gary Wittert, de l'école de médecine de l'Université d'Adelaide, n'a pas participé à l'étude mais a discuté de ce phénomène avec ABC. L'auteur explique : « L'alcool agit sur un groupe de cellules nerveuses situées dans la région du cerveau qui régule l'apport alimentaire, ces cellules nerveuses fabriquent une protéine appelée protéine Agouti – ce sont donc les neurones AgRP. Et quand ces neurones fabriquent cette protéine, ils régulent l'apport alimentaire, et l'alcool module l'effet de ces neurones afin d'augmenter l'apport alimentaire. »

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Si l'étude du centre Francis Crick est intéressante en cela qu'elle souligne le lien neurologique entre la consommation d'alcool et la suralimentation, d'autres experts ont mis en évidence les limites de ces expériences sur les souris. Scott Sternson, de l'Institut médical Howard Hughes à New York, a déclaré au Scientific American que, comparé à celui des souris, le comportement humain est complexe et que les facteurs sociaux ou environnementaux pourraient également avoir une incidence sur la quantité de nourriture que nous absorbons après avoir bu.

Le mystère qui entoure votre terrible envie de kebab vers 3 heures du mat' s'épaissit encore un peu plus.