Munchies

Bondage et critiques gastros : ma soirée tacos avec Fat Mike de NOFX

90 % du temps, Fat Mike, la star du punk rock se branle de tout. On a pris les 10 % restants pour parler musique, bouffe et fantasmes sado-masos devant une assiette de tacos

par Javier Cabral
21 Avril 2016, 4:30am
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Toutes les photos sont de Javier Cabral.

« J'écris toutes mes critiques gastronomiques en direct des toilettes du resto. J'en profite toujours pour checker s'il y a des surfaces planes où se faire une ligne et des prises pour tendre des cordes. Ma femme est dominatrice donc j'ai déjà fini quelques fois ligoté en guise de mise en bouche. »

Là, je suis calé à la terrasse d'un Tacos Mexico dans le downtown de Los Angeles. Je suis en compagnie de Mike Burkett – a.k.a « Fat Mike », du groupe de punk rock NOFX – et de ce cher Nick Woods de Direct Hit! qui écrit parfois pour MUNCHIES. On est en train de s'en mettre plein la tronche à coup de tacos de pastor et de carne asada bien pimentés. Fat Mike et Nick sont en tournée pour présenter le nouveau livre du groupe, NOFX : The Hepatitis Bathtub and Other Stories.

Je me pince pour m'assurer que ce n'est pas un rêve : je suis bien en train de me bâfrer de tacos avec une légende vivante du punk rock. Évidemment, Mike m'a grillé en train de faire le geste et me charrie un peu – ouais, on est bien dans la vraie vie.

Entre deux bouchées de tortilla au maïs fourrée de viande grillée – et les quelques gorgées d'agua fresca qu'il a dû s'enfiler pour apaiser le feu provoqué par une sauce salsa « moyennement épicée » – Mike me parle de son nouveau passe-temps : l'écriture de critiques gastronomiques SM. « J'ai écrit une quinzaine de critiques pour l'instant. Une fois, j'ai réussi à faire un cunni à ma femme alors qu'on était dans un restaurant thaï. Il y avait six autres personnes à notre table, mais ça ne l'a pas trop dérangée. »

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Les tacos de Fat Mike.

Mike n'hésite pas à se présenter comme un « foodie ». Il possède un restau à Park Slope, le Thristle Hill Tavern, et n'est clairement pas de ceux qui pensent que la bouffe mexicaine de LA est meilleure que celle de San Francisco. « Il n'y a même pas de débat. Celle de San Francisco est bien meilleure. Je vais te dire pourquoi : tout le monde vit dans Mission District, donc tu peux être sûr que là où les clients font la queue, la bouffe sera toujours fraîche. Même à San Diego, la bouffe mexicaine est meilleure qu'à LA. »

Une fois, il a dégusté une purée de pommes de terre au wasabi directement entre les cuisse de sa femme. Une autre fois, il s'est fait complètement ligoter et habiller en BDSM tandis qu'elle lui donnait la becquée.

Mike descend Broadway avec une bouteille de bière ouverte à la main. On croise un groupe de flics mais ils sont trop occupés à interpeller un clochard qui urine dans la rue. Résultat, même si c'est interdit ici, ils se branlent complètement de savoir que l'on se saoule sur la voie publique, juste à côté d'eux. Cinq minutes plus tard, on arrive au Belasco Theater pour se faire la dent sur encore d'autres tacos. Mike est un habitué des tacos, ça se voit tout de suite. Il commande dans un espagnol approximatif et demande des oignons et de la coriandre au lieu d'une simple sauce salsa. Il tente, «You got any cerveza? » mais le caissier répond par la négative.

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Manger. Tacos. Manger des tacos.

« Oh, whoa, ça arrache ! Ces tacos sont vraiment trop pimentés, » s'écrit Mike après avoir avalé sa première bouchée. « Si j'étais bloqué sur une île mexicaine, je ne mangerais que la bouffe mexicaine. C'est pal mal équilibré, une tortilla de maïs avec de la viande maigre grillée. Mais ces tacos, là, ils ne sont pas supers. »

C'est cool de voir que même les icônes qui incarnent le plus le principe du « live fast, die young » savent quand même profiter de la vie et de la bonne bouffe.

Quand je lui demande où se situent les tacos sur l'échelle de ses plats préférés, entre la pizza et les hamburgers, Mike n'hésite pas une seconde : « Les tacos sont clairement en tête comparés au reste de la junk food. » Mike m'explique qu'il a été végétarien pendant douze ans pour des raisons morales mais que son docteur l'a récemment poussé à reprendre la viande pour des raisons de santé.

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Fat Mike qui commande des tacos.

C'est aussi pour ça que Mike penche toujours pour des tacos plutôt que des burritos. Mais il ne boude pas le plaisir d'un Oki Dog à l'occasion : aux débuts du punk rock à Hollywood, beaucoup de stars montantes mangeaient des burritos hot-dog, pastrami, chou, poivron et cream-cheese en sortant de scène. Mais maintenant, les burritos préférés de Fat Mike sont ceux de La Corneta Taqueria, dans Mission District.

Au fil de la soirée, Mike commence à m'expliquer l'importance que la bouffe a prise dans sa vie. Il me raconte qu'une fois, alors qu'il sortait dîner avec sa femme et leur esclave sexuel (sic) au French Laundry, ils ont dû repartir précipitamment et demander à prendre le reste de leur commande en doggy bag – tout ça parce qu'ils avaient tous trop envie de rentrer chez eux pour baiser. Une autre fois, il a dégusté une purée de pommes de terre au wasabi directement entre les cuisses de sa femme. Une autre fois encore, il s'est fait complètement ligoter et habiller en BDSM tandis qu'elle lui donnait la becquée.

Mais notre conversation n'est pas qu'un bon moment de sex, drugs and petits délires érotiques. Après avoir fini ses tacos, Mike m'explique comment il a appris à calmer la drogue et l'alcool en apprenant à savourer un repas. « Je dépense entre trois et quatre cents dollars avant un concert pour me faire un bon resto. C'est un bon moyen pour me détendre et déstresser. » Il doit cette tradition de se mettre en jambe dans un restau gastronomique plutôt qu'en se défonçant la gueule avec des drogues dures à Brian Baker (Minor Threat, Bad Religion).

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Fat Mike et Nick Woods dans une ruelle du centre-ville.

« Pendant quelques années, je ne prenais même pas de repas le soir, juste quelques martinis et un Valium. Ouais, je suis tombé de la scène une fois ou deux. » Ceci étant dit, le regard de Mike se perd dans le vide. « Baker et les autres membres du groupe m'ont dit que je devais me calmer. Ils m'ont dit : on ne te demande pas d'arrêter la défonce mais, est-ce que tu pourrais juste au moins prendre un dîner ? » Après ça, Mike s'est plus ou moins calmé : il a commencé à manger avant de monter sur scène, il a commencé à boire sa vodka avec du soda plutôt que des martinis et il a coupé son Valium en deux.

Quand il est à L.A, Mike adore faire une razzia sur les huîtres, les pinces de crabe et les entrecôtes du Water Grill. C'est aussi là qu'il a eu son tout premier rencard avec sa femme, au Pete's Cafe qui vient de fermer.

La soirée se termine avec un Fat Mike qui me montre quelques photos persos sur son téléphone : ses plus grosses crottes de nez (il les place à côté d'un centime pour qu'on se rende bien compte) et quelques images de lui et sa femme en tenue de bondage.

C'est cool de voir que même les icônes qui incarnent le plus le principe du « live fast, die young » savent quand même profiter de la vie et de la bonne bouffe.