Une brève histoire des fleurs dans l’art

De van Gogh à Jeff Koons, des natures mortes de la Renaissance aux bouquets dans la stratosphère.
14.3.16
Jahn Brueghel the Elder’s Bouquet. Image via Wikimedia

Même si vous n’êtes pas un artiste visuel, il est difficile d’échapper à l’inspiration causée par ces petites merveilles de la nature que sont les fleurs. Depuis des siècles, les humains échangent des fleurs pour exprimer leurs sentiments et émotions, du « je t’aime » à « je suis désolé ». Remplir un vase dans une pièce améliore la respiration et il est prouvé que les fleurs amènent la bonne humeur et réduisent le stress de façon significative. Elles marquent aussi les changements de saison, peuvent agir contre de nombreuses maladies et sont également au centre de bien des dîners de famille. Et pour finir, elles fleurissent également dans à peu près toutes les disciplines artistiques.

Cette semaine à San Diego, la Athenaeum Music & Arts Library célèbre la riche histoire du jardin de l’art à travers des oeuvres de la Renaissance italienne et de la période barque par le prisme de l’architecture de paysage. La plupart des natures mortes ont recours à des bouquets pour modèle, comme le Bouquet de 1603 par Jan Brueghel l'Ancien. Au premier regard, ce bouquet apparaît vivant et animé, mais après examen approfondi, on constate que plusieurs fleurs se flétrissent, rappelant au spectateur la fugacité de la beauté et sa propre mortalité.

La nature morte continue à jouer avec la notion e vie et de mort par la métaphore des fleurs (pensez aux Tournesols de van Gogh) jusqu’au début du XXe siècle, où elles reviennent au-devant de la scène pendant la période du Modernisme américain. Les pâles et doux portraits floraux de Georgia O’Keeffe étaient d’indubitables références au sexe féminin et replaçaient ainsi le corps de la femme dans une puissante perspective. Son travail était sexuel sans connotation pornographique aucune et elle est régulièrement citée comme mère du féminisme grâce à son travail avec les fleurs.

Georgia O’Keeffe, Blue and Green Music. Image via Wikimedia Commons

À l’été 1964, Andy Warhol a pris un tournant transcendantal grâce son travail basé essentiellement sur sur les médias de masse avec sa série « Flowers ». Alors que l’artiste a précédemment été absorbé par la fascination des États-Unis pour la célébrité, le consumérisme et la contre-culture, ses silhouettes botaniques offrirent une rafraîchissante alternative au monde plastique qu’il décrivait. D’autres artistes contemporains de cette période ont utilisé les fleurs comme faire-valoir au monde industriel et commercial que leur pratique illustrait. L’iconique sculpture mobile d’Alexander Calder a eu droit, en 1974, à un relooking fleuri avec Crag with white flower and white discs. La célèbre série photo « Flowers »de Robert Mapplethorpe dans les années 80 symbolisaient la grâce mutine des nénuphars et des coquelicots avec la même honnêteté qu’il employait pour capturer des modèles autrement sujets à controverse.

Andy Warhol, Flowers. Image via Wikimedia Commons

Aujourd’hui, quelle que soit la période artistique que vous nommez, les natures mortes florales font toujours autant partie du décor. En 1997, le triomphant Puppy de Jeff Koons, un chien de 13 mètres de haut tout en fleurs, a fasciné le public en raison de son excessivité en matière de design paysager. Puppy a aussi le théâtre d’une tentative d’attentat au musée Guggenheim de Bilbao, en Espagne, où trois membres du mouvement séparatiste basque ETA se sont déguisés en jardiniers et ont planté des bombes dans les pots de fleurs entourant Puppy. L’attaque a finalement été déjouée et les explosifs démantelés mais l’histoire a causé bien des dégâts à la joyeuse et impertinente sculpture.

Jeff Koons, Puppy. Image via Wikimedia Commons

Taryn Simon combine, elle aussi, la luminosité de l’art floral à la gravité des tensions politiques dans son installation de 2015, Paperwork and the Will of Capital. La création est au croisement de la sculpture et des tirages et incorpore des fleurs qui ont soit été déshydratées ou empaillées en un perturbant bouquet charnu. L’art floral le plus futuriste qu’il nous ait été donné de voir pour l’instant est le lancement, par Azuma Makoto, d’un bouquet et d’un bonsaï dans la stratosphère à plus de 30 000 mètres d’altitude. Le projet a été vu comme gai et optimiste à l’ère de l’exploration spatiale.

Azuma Makota, Bouquet #1393 Altitude : 6914m Temperature : -12.9°C. Image via

Quels ont été les meilleurs emplois de fleurs que vous avez vu en art ? N’hésitez pas à nous partager vos références dans les commentaires ci-dessous.