Clippy a 20 ans et il restera toujours l’assistant virtuel le plus chiant du monde

Ce petit personnage merdique est à l'origine de grands moments de frustration vécus par toute une génération.

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22 décembre 2016, 5:00am

Si vous avez utilisé un ordinateur dans les années 1990 et 2000, il y a de grandes chances que vous ayez déjà ressenti l'envie de massacrer Clippy, l'assistant virtuel de Microsoft Office. Le mois dernier, le trombone le plus irritant de la planète fêtait son 20ème anniversaire. Deux décennies après son apparition, un mystère subsiste : comment cet assistant virtuel a-t-il pu marquer l'imaginaire de toute une génération ? Tout simplement parce qu'il est l'assistant virtuel le plus irritant de la planète. « Je m'en contrefous de savoir si les gens l'ont aimé ou haï, du moment qu'ils savent qui il est », me lance Kevan Atteberry, l'illustrateur pour enfants de Seattle à l'origine de sa création. « La plupart des gens me disent qu'ils le détestent. Mais dès que je leur dis que je l'ai créé, ils trouvent ça super cool. Et tous les ans, je continue de recevoir de nombreux mails de la part de fans de Clippy. »

Il est effectivement difficile d'oublier sa générosité sans égale. Clippy était toujours prêt à accompagner l'utilisateur et à lui prémâcher des tâches de bureautique indigestes en échange de quelques clics et d'un peu d'attention. Word, Excel, PowerPoint et tous les autres composants de cette suite de logiciels n'avaient aucun secret pour lui.

Parmi toutes ses actions intempestives – et parfois un brin intrusives – je me souviens notamment que le moindre désir épistolaire était le meilleur des moyens pour que Clippy endosse son rôle de coach informatique. Un « Cher… » malencontreusement placé nous assurait un pop-up « On dirait que vous êtes en train d'écrire une lettre ! », chose qui nous proposait d'accéder à un processus d'aide un peu foireux et qui se soldait souvent d'un : « Non, Clippy, je n'ai pas besoin de ton aide cette fois-ci. »

La version 2.0 de Clippy, en 3D.

« J'avais des objectifs et je connaissais le public auquel je m'adressais, affirme Atteberry. J'ai conçu environ 25 personnages, et 20 d'entre eux ont été inclus dans le test mondial. Le premier produit livré en contenait 10 au choix, et deux étaient de moi. » Finalement, Clippy a été élevé au rang d'assistant par défaut. Il ne fut pas difficile pour lui de se démarquer des autres personnages – parmi lesquels on pouvait retrouver un globe terrestre, un chat ou un chien.

Ceci étant dit, si l'on s'attarde sur certaines des autres fantaisies pondues par la compagnie, on se rend vite compte que Clippy est loin d'être son plus grand flop. Prémisse de Clippy et de la technologie d'aide pour les néophytes de l'informatique, l'expérience Microsoft Bob s'était avérée bien plus désastreuse. Doté d'une interface que l'on peut aisément qualifier de « graphiquement lourde », Bob a été initialement développé pour tenter de rendre le gestionnaire de programme de Windows 3.1 et Windows 95 un peu plus user friendly. Le projet fut finalement abandonné juste avant la sortie de Windows 98. Plus tard en 2010, le magazine Time reviendra sur cet échec et n'aura aucun scrupule à hisser Bob au panthéon des inventions les plus merdiques de l'histoire

Jeune et insouciant à l'époque, probablement appâté par cette merveilleuse opportunité créative, Kevan ne s'étend pas trop sur l'argent qu'il a touché pour son travail. « J'échangerais sans réfléchir le pactole que j'ai réussi à gratter contre un centime pour chaque ordinateur où Clippy s'est infiltré. » S'est-il fait entuber ? C'est possible, mais, dans son cas, je vois davantage un choix judicieux pour profiter de la situation offerte par l'industrie du tertiaire du début des années 1990. « Lorsque j'ai commencé à dealer avec Microsoft, les choses étaient bien différentes d'aujourd'hui, me confie-t-il. Un freelancer pouvait se trouver des plans cool tout seul et plus facilement, alors qu'en 2016, on doit quasiment se prostituer en passant par des agences. C'était une période super excitante pour moi. »

Aujourd'hui, Kevan travaille sur plusieurs livres. « J'en ai un qui sort l'année prochaine et qui s'appelle I Love You More than the Smell of Swamp Gas. C'est le premier livre que j'ai écrit en rimes. » Il conclut en me disant que travailler dans l'illustration n'a pas toujours été facile, mais que c'est ce qu'il avait toujours voulu faire et que ça avait fini par porter ses fruits.

Cliquez ici pour en savoir un peu plus sur le travail de Kevan Atteberry.

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