MONNAIE ET KUSH : ON A PARLÉ AVEC MAIN ATTRAKIONZ

La première fois qu’on a entendu parler de Main Attrakionz, c’était à la fin de l’été dernier, à peu près au même moment où l’on a intervievé les mecs de Odd Future—c’était, en années internet, à peu près un millénaire avant que les publicitaires du monde entier s’intéressent à eux. D’ailleurs au début, on les mettait un peu dans le même sac : des jeunes renois californiens qui passent leur temps à glander et faire du rap chez eux, connectés à des activités annexes telles que la weed, les pills et la déscolarisation. Puis vous savez tout ce qui s’est passé par la suite pour OF, tandis que le duo d’Oakland est resté méconnu pour pas mal de gens, et plus particulièrement pour les mecs qui écoutent un morceau de rap par mois.

Entre l’été 2010 et aujourd’hui, Main Attraks a pourtant sorti une vingtaine de tapes de gangsta rap lent et foncedé, ce qui leur a valu une reconnaissance (puis, une forme de divinisation) de la part de l’underground rap. Leurs trois derniers disques—les deux tapes solo de Mondre et Squadda B, puis la dernière en date, Blackberry Kush—seront considérés comme des classiques dans un an. Pour déjouer les pièges des fuseaux horaires, on leur a passé un coup de fil de nuit, et on a parlé de leurs mamans et de leur future baraque.

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Main Attrakionz – World Domination

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Vice : Hé les mecs, qu’est-ce que vous avez foutu aujourd’hui ?

MondreM.A.N : Je viens juste de me lever ; j’ai checké mes mails, écouté deux, trois beats que des mecs m’ont envoyés, et là je vais me mettre à bosser.

Squadda B : Je suis allé bouffer au McDo, et j’ai appris que mes potes June et CJ avaient pris respectivement cinq et six ans de taule. J’ai fumé un joint de weed. Pas grand chose d’autre sinon.

Vous êtes hyper jeunes, je crois.

M : On a commencé Main Attraks au collège, il y a genre, cinq, six ans. Je ne sais plus. Au début, personne ne voulait nous aider, on faisait des morceaux dans notre coin. On a 20 ans aujourd’hui.

S.B : On est le meilleur duo de tous les temps. Oakland-nord mon frère, dis ça à la France.

M : Squadda produit, mais en gros, on est tous les deux musiciens. On essaie d’attaquer cette merde de partout, avec tous les moyens disponibles. Mec, on a monté Main Attrakionz pour deux trucs ; la liberté et la thune. On aime aussi d’autres trucs, la musique, vivre tranquillement et la famille.

Vous n’allez plus à l’école, en fait ?

S.B : Je me suis cassé du lycée il y a quelque chose comme deux, trois ans, quand j’étais en première. À l’époque, je faisais toutes sortes de conneries pour pouvoir bouffer, mais aujourd’hui je reste chez moi toute la journée, pour faire de la musique. On fait plein de trucs, tu vois ; on fait du son chez nous mais aussi dans de vrais studios, on tourne des vidéos, on voyage un peut partout. Sinon, on passe du temps avec nos darons et sur internet.

M : J’ai eu mon diplôme en 2009—je ne vais plus en cours depuis. Je suis d’accord avec Squadda, la musique est peu à peu devenu notre « vrai » job. Je ne sais pas ce que j’aurais branlé si on avait arrêté la musique à l’époque. Plus de conneries, je crois.

S.B : En même temps, on ne peut jamais vraiment savoir. Là on est en mai, on verra où on en est d’ici quelques mois.

Ça ne fait pas chier vos darons le fait que vous fassiez de la musique dans vos chambres pendant qu’ils essaient de mater la télévision ?

M : Ça ne les fera jamais chier je crois. Sérieux, ma mère ne m’a jamais rien dit, je serai toujours le bienvenu. Il nous faut des baraques à la Fifty ou à la Tyson mec, 21 chambres, histoire de foutre toute la famille dedans. G-thang.

S.B : J’habite toujours chez ma mère, et ouais, elle est contente que je sois dans le coin. Elle est aveugle et elle a trois disques dorsaux pétés. Quand je me barre de la baraque pendant plusieurs jours, je me rends compte à quel point je suis important pour tout le monde. Je dois faire attention à tout. Je me souviens, quand on a commencé à enregistrer chez elle, elle était là genre « Ouuuh, j’ai entendu que vous disiez les mots “cul”, “chatte” et “baiser” », mais aujourd’hui elle n’y fait plus trop attention.

M : Faut dire qu’on est de moins en moins chez nous pour enregistrer. C’est là où l’on a commencé, ouais, mais depuis on va dans des endroits plus sérieux.

Vos mamans doivent être heureuses aujourd’hui.

S.B : Je me souviens qu’à l’époque, ma mère se faisait beaucoup de soucis à cause de toutes les conneries que je faisais en dehors de la musique. Elle est au courant de tout ce que j’ai fait à l’époque, donc je crois qu’elle n’a jamais été aussi contente de moi en fait. Quand j’étais au lycée, elle était tout le temps convoquée chez le proviseur à cause de moi, elle était stressée en permanence tu vois. J’ai des frères et soeurs. Aujourd’hui je me rattrape, mec.

Tu parles comme un grand frère, là.

S.B : Tu vas penser que c’est scandaleux, mais je ne connais même pas l’âge de mon frère et de ma soeur. Je sais juste que ma soeur est à la fac, et mon frère vient juste d’entrer au lycée. J’ai une demi-soeur à LA, mais je ne me souviens plus de son âge non plus.

M : Moi j’ai cinq frères et trois soeurs, tous assez vieux pour aller en club. Je suis le plus jeune de la famille.

Vous vivez toujours comme dans la vidéo de l’an dernier, « Still the Legion » ?

S.B : Aujourd’hui, ça représente à peu près 70% de ce que l’on fait chaque jour ; glander devant chez nous, fumer de la weed, rapper. Puis il y a d’autres trucs que tu dois faire pour pouvoir acheter de la weed, et juste, « vivre » en fait. Quand j’avais 13, 14 ans, je ne pouvais même pas me permettre de vivre comme ça. Je devais moi-même vendre de la weed pour être en mesure d’en fumer. Le rap, c’est le truc qui me file du blé et le ghetto, c’est là où j’habite ; tout est connecté. Tu dois faire l’un pour pouvoir vivre dans l’autre.

J’ai remarqué que, même si vous avez grandi en écoutant des sons typiquement synthétiques voire, électroniques—tous les trucs hyphy d’il y a cinq ou six ans, plus les disques Ca$h Money et No Limit de la fin des années 1990—, vous vous refusez à vous en inspirer. Votre musique est analogique, indansable et presque, psychédélique.

M : C’est parce qu’on cherche toujours à sortir des trucs nouveaux, qu’on a jamais entendus ailleurs. On essaie de se positionner dans une espèce de tradition, mais on aime tellement de trucs différents qu’au final ça donne une musique neuve, je crois.

S.B : Je ne sais pas trop, peut-être qu’au final, on serait moins doués pour faire les mêmes sons que les mecs qu’on écoute. Si on se démerde comme ça, c’est parce que c’est la seule manière qu’on connaît pour faire de la musique.

C’est quoi exactement, « du son comme ça » ? C’est genre—comme Lil’ B et tout le délire #Based—, faire du son dans sa chambre en disant des trucs bizarres ?

S.B : Hmm, le truc c’est qu’on ne se considère pas comme l’un de ces mecs cool qui portent de jolis sneakers ou d’autres rappers pétés qui parlent de leur vie et de leurs problèmes dans leur chambre à coucher. Je ne me souviens pas d’un seul truc « bizarre » que j’aurais pu dire dans l’un de mes morceaux. En revanche, Lil’ B est comme mon grand frère, il m’a montré comment faire de la musique et a fait en sorte de nous remettre dans le droit chemin. Dédicace à Deezy D d’ailleurs, c’est grâce à lui que je l’ai rencontré.

OK. Vous avez sorti combien de morceaux jusqu’à présent ? Des millions, j’ai l’impression.

S.B : En juin 2009, alors qu’on était vraiment tout seuls, je me souviens qu’on a fait quelque chose comme 100 morceaux. Du coup, j’ai du mal à imaginer combien de morceaux on a pu sortir depuis. Mais on fait de mieux en mieux. Notre dernière tape, Blackberry Kush, est le meilleur truc qu’on a sorti jusqu’à présent.

Ouais en effet, elle est hyper bien.

M : En ce moment, j’ai plus envie d’écouter les morceaux de notre lost tape Wardrobe Music. C’est bientôt l’été, et j’ai besoin d’un truc frais du genre, tu vois. Impossible de te dire combien de morceaux on a sorti les deux dernières années ; on a paumé des tonnes de morceaux, on en a d’autres centaines qui ne sont jamais sorties nulle part. Laisse tomber, c’est abusé.

Ça ne vous fait pas chier de devoir tout faire vous-mêmes ? Vous ne préféreriez pas avoir un contrat et faire en sorte de laisser le label s’occuper de mettre votre musique à disposition ?

M : Pour le moment, aucune grosse major n’a essayé de nous contacter. On va continuer à sortir des trucs cet été—on a deux projets qui devraient arriver très bientôt—et on verra où ça nous mènera. C’est un hustle, donc il y a plein d’argent à gagner. Si on vend un million, on saura que c’est vraiment possible de devenir riche dans ce business. Cette merde n’a pas de limite.

S.B : Je veux assez de blé pour pouvoir vivre comme je veux et en faire profiter mes potes. Qu’on signe avec un label ou non, ce qu’on fait tendra toujours vers ça. Bien sûr qu’on aura besoin d’une distribution à un moment ou à un autre, mais en vrai personne ne peut nous stopper, donc on n’a besoin de personne à part nous-mêmes.

Ouais, admettons que tout roule pour vous dans les deux prochaines années et que vous ayez les thunes pour faire un morceau avec un mec auquel vous n’auriez jamais pu adresser la parole auparavant. Vous choisiriez qui ?

S.B : Ah, je ferai un album avec The Dream, sans hésiter. Il y a trop de rappers avec lesquels j’aimerais faire des morceaux, donc au dernier moment je leur dirais « allez tous vous faire foutre » et je choisirais la vérité. Peut-être Birdman, aussi. Sinon, je hais Will.i.am de tout mon coeur, mais je crois que je pourrais tout à fait faire un morceau avec lui.

M : Merde, si je devais faire un morceaux avec un mec, crois-le ou non, mais je choisirais Barrington Levy—le refrain sur ce morceau de Shyne était malade à l’époque. Mais bon, comme j’en veux à personne en particulier, je crois que j’accepterais n’importe quel négro en fait.

La dernière tape de Main Attrakionz, Blackberry Kush, est disponible chez GreenOva Undergrounds.

INTERVIEW : JIMMY MORE HELL

PHOTOS : MAIN ATTRAKIONZ

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