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Vice Blog

PARIS - BIEN MENTIR EN SOCIÉTÉ

3.2.10

Il arrive fréquemment que l'on se mente à soi-même. C'est parfois pour se tirer d'une situation délicate, souvent pour ne pas s'avouer une vérité gênante, mais la plupart du temps pour faire le malin devant des amis ou des meufs que l'on veut pécho à tout prix. Et c'est là qu'apparaissent les plus belles trouvailles en matière de mauvaise foi. Une crise mensongère peut survenir n'importe où, et n'importe quand : pendant un dîner, une soirée, ou pire, lors d'une rencontre imprévue avec une vieille connaissance. On en trouvé dix, voici les cinq premières.

LAISSER CROIRE QUE "JE N'AIME PAS LE GROUPE JUSTICE"
Dans certains milieux pour lesquels avoir « de l'esprit » et le sens de la répartie sont les enjeux les plus importants dans la vie, il n'est pas rare de trouver des journalistes internautes et autres trendsetters de l'étrange qui détestent tous les trucs que les gens normaux aiment. Manger du poulet, boire du Sprite et le groupe Justice en font partie. Si vous voulez ne pas compromettre votre futur au sein de la communauté pop-rock 2.0, il faudra critiquer avec aplomb la tête d'affiche du label de Pedro Winter. Allez-y gaiement en utilisant tous les poncifs de la mesquinerie anti-branchés : traitez-les de « vendus », de « groupe de droite », remettez en question leur goût vestimentaire ( « ils se fringuent comme des rock-stars ! ») et lancez des rumeurs quant à leur orientation sexuelle ( « on m'a dit que le chinois était pédé »). Au cas où ça ne suffirait pas, mettez un terme à tout soupçon sur votre crédibilité electro et allez vous-en en mouftant « ces mecs à Detroit, ils tiendraient pas une heure ! ».

LAISSER CROIRE QUE "JE NE CONNAIS RIEN AUX TRUCS MAINSTREAM"
C'est souvent à l'occasion d'un concert certifié « indie » ou d'une projection en petit cercle d'un film de Werner Herzog, que l'on peut se livrer à ce genre de bassesse. Un sobre « une petite grosse d'origine chypriote là, qui fait du rap » glissé au détour d'une conversation échevelée à propos du spoken-word français, est toujours bénéfique si vous tenez à votre réputation edgy. Pareil lorsque la discussion basculera vers la toujours attendue critique de la télé-réalité. Lorsque vous interviendrez, n'hésitez pas à commencer par un anachronisme manifeste de type « Depuis que cette merde est arrivée y'a six mois, les gens sont devenus encore plus cons qu'avant ! » pour poursuivre sur une confusion pétée « ce sale con de Stevie qui présente la Star Ac' ! », et votre inculture pop est officialisée.

LAISSER CROIRE QUE "J'AI DES IDÉES POLITIQUES"
Si jamais vous tombez sur une vieille copine fraggle que vous rêviez de serrer au lycée (elle faisait anglais renforcé, comme vous) mais que ça n'a jamais pu se faire (elle a choisi d'étudier les cultures sud-américaines disparues à Perpignan), il vous reste une chance de la reconquérir maintenant. Entre deux confessions à propos de ses sarouels achetés à Marrakech, veillez à placer un discret « j'aime bien les sweats American Apparel, ils sont tissés par des Mexicains MAIS payés au salaire américain ». Plus la conversation avancera, plus il faudra que vous appuyiez votre propos. Ce sera sans doute le moment de dévoiler votre sentiment envers le gouvernement actuel (« on se croirait téléporté à l'époque du Roi-Soleil ! ») juste avant d'élargir votre vision à la planète (« heureusement qu'on a Obama…»).

LAISSER CROIRE QUE "J'APPRÉCIE CE SACRÉ CINÉMA"
Une petite sortie ciné, voilà de quoi partir de bon pied pour la semaine. Ce que vous ne saviez pas en revanche, c'est que vos amis agrégés avaient un vrai projet pour la soirée : un film d'anticipation hongrois de plus de trois heures. Si vous tenez jusque là, il faudra faire preuve d'un enthousiasme délirant pour cette « petite merveille pas assez médiatisée ». Jouez la franc-jeu (« c'est vraiment pas mon film hongrois préféré »), avant de vous laisser aller à des mensonges d'une plus grande envergure ( « je suis désolé mais ça vaut vraiment pas Tarkovsky »). Devant tant d'érudition, les regards émerveilles se tourneront inévitablement sur vous. Ce sera le moment de conclure humblement en admettant : « vous savez bien que moi, à part Marker… ».

LAISSER CROIRE QUE "J'AIME BIEN LE SPORT"
Seuls les gros cons du monde de la mode n'ont pas d'amis sportifs. Chacun a été confronté à l'épisode « match de foot international » chez un pote aux alentours du mois de juin. Seulement, si vous ne voulez pas disparaître dans l'oubli pendant 90 minutes, il faudra prouver que vous avez quelques notions en culture sportive. Lors d'une faute discutable, optez pour l'interjection classique « au cul l'arbitre ! » en n'oubliant pas de taper dans vos mains pour signaler votre mécontentement. Pareil lorsqu'un coup-franc sera sifflé, mais en accentuant le côté dramatique de la situation : « pourvu que le mur soit bien placé… », et ainsi cacher autant que possible le fait que vous ne connaissiez pas le nom des joueurs. À la fin de la rencontre, n'hésitez pas à conclure par une réflexion qui n'entraînera aucune polémique : « j'espère qu'on les aura pas en match de poule, ceux-là… ».

JIMMY MORE HELL

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