Musique

Reign in Blood : 30 ans plus tard, le chef-d’œuvre de Slayer règne toujours en maître

Irréprochable, l'album emblématique de 1986 est sans conteste l'un des plus grands succès du heavy métal.
17 octobre 2016, 1:18pm

L'article original a été publié sur Noisey__.

Slayer est le meilleur groupe métal de tous les temps. Reign in Blood est leur meilleur album. Et il vient de fêter ses 30 ans le 7 octobre. Agenouillez-vous. Reconnaissez sa puissance. Sacrifiez une chèvre ou mangez un burger de chez Kuma's. Écoutez-le à tue-tête. Headbangez. Parlez-en à vos amis. Reign In Blood détruit tout sur son passage. Encore et toujours.

Les métalleux crient « Slayer! » comme les hippies criaient autrefois « Freebird! ». C'est le meilleur groupe thrash métal qui ait jamais existé. Metallica a déjà été un grand groupe métal. Ils étaient des égaux de Slayer dans le Los Angeles du début des années 1980. Les deux groupes ont pendant un moment été au coude à coude avec Megadeth et Anthrax, qu'on appelait collectivement le Big Four. Mais Metallica a ralenti la cadence, s'est détendu et est devenu le plus grand groupe rock de l'histoire, point final. Ce n'est pas un mauvais choix de carrière lorsqu'il s'offre à vous. Mais Slayer est resté aussi brutal et méchant que jamais.

Ce qui est incroyable dans la carrière de Slayer, c'est que le groupe a su rester près de ses intentions d'origine et de son intensité initiale pour une durée sans précédent contrairement, disons, à Metallica, aux Stones, à U2, bref, à tous les autres grands groupes. AC/DC, Motörhead, Iron Maiden, les Ramones — ils ont tous roulé leur bosse pour un bon moment de manière tout à fait respectable. Mais Slayer? Leurs spectacles sont encore une expérience physique plein-contact. En 35 ans de carrière, ils ont fait paraître 11 albums studio, dont les moins bons côtoient de près les meilleurs.

Et Reign in Blood est toujours leur meilleur. Pourquoi? Pas besoin d'être un métalleux suant pour apprécier l'équipe improbable qui a contribué à polir cet album et le mettre au monde.

L'album a été réalisé par Rick Rubin. À l'époque, le réalisateur était seulement connu comme une étoile montante dans le milieu du rap. C'était le premier album de rock sur lequel il travaillait dans sa carrière, laquelle viendrait à inclure des noms comme Red Hot Chili Peppers, Johnny Cash, les Dixie Chicks, Metallica et, jusqu'ici, environ 10 % des groupes admis au Rock and Roll Hall of Fame. Reign in Blood a été enregistré par Andy Wallace, qui a mixé Nevermind de Nirvana et Chinese Democracy de Guns N' Roses, en plus de réaliser la merveille éthérée qu'est l'album Grace de Jeff Buckley. Il est également paru sur Def Jam (l'ancien port d'attache de Rick Rubin), l'une des étiquettes de rap les plus célèbres qui en était alors à sa première époque de gloire.

Voilà l'équipe incroyablement diversifiée qui allait travailler au meilleur album thrash de l'histoire. Reign in Blood est constitué d'une série de pièces magistrales, sans aucun remplissage. Pourquoi Reign in Blood est-il le plus grand chef-d'œuvre métal? Voici neuf raisons qui l'expliquent.

La pochette

La pochette de Reign in Blood est une œuvre de Larry Carroll, un artiste qui travaillait surtout dans le domaine politique, et qui mêle peinture et illustration. Son mélange de styles produit un effet viscéral, horrifiant. C'est l'une des rares pochettes d'album métal qui serait tout autant à sa place dans un musée à côté d'une aquarelle de Blake, d'un polyptyque pieux de Stefan Lochner, de la série sur saint Jean-Baptiste de Giovanni Di Paolo, ou d'une gravure sur bois de Dürer.

La durée

Les groupes du Big Four ont tous fait paraître des albums classiques en 1986-87, et Reign in Blood est le plus court de cette cuvée. Avec ses dix chansons complètes, il fait tout juste 29 minutes. En contraste, les huit chansons aux sonorités plus épiques et diverses de Master of Puppets totalisent 54 minutes. Slayer a toujours excellé lorsque la vitesse est grande. Et si dans la dernière décennie ils sont passés à une vitesse plus modérée à la Judas Priest, tout en demeurant respectables, ils n'ont pas été aussi influents ou acclamés malgré leur récent record en carrière de position dans les palmarès.

Le vocabulaire

Les meilleures chansons de l'album ont été écrites par Jeff Hanneman, le regretté co-guitariste solo, qui a écrit le plus de paroles du groupe en carrière. Hanneman détestait les paroles de métal cliché et pigeait allègrement dans son dictionnaire de synonymes qu'il utilisait souvent à bon escient, et d'autres fois de manière moins habile. Quoi qu'il en soit, il a certainement contribué à parsemer les paroles poétiques du groupe de mots comme « disapprobation » [désapprobation], « modulistic » [modulaire] et « amnesty » [amnistie].

Le jeu de batterie

Le batteur de Slayer pendant la période classique du groupe était Dave Lombardo, le meilleur percussionniste de l'histoire du métal. Souvent simple, fréquemment complexe et toujours rapide, le jeu de Lombardo écrase, tue et détruit tout sur son passage pendant la durée de l'album, en laissant à peine passer un moment de répit. Son solo le plus connu n'est même pas vraiment un solo. Au point culminant d'« Angel of Death », Lombardo a changé à jamais la batterie métal à grands coups de double pédale. Le passage dure à peine deux secondes, mais Lombardo y joue 28 temps en 2 secondes, ce qui est littéralement plus rapide qu'un Uzi.

Théoriquement, c'est l'équivalent de 840 battements par minute, condensés en un court moment brutal. Lombardo a par la suite été reconnu comme étant le meilleur musicien du groupe, ce qui a en toute probabilité contribué à l'atmosphère envenimée qui est soudainement apparue en tournée et qui a à jamais brisé la composition des membres du groupe.

L'approche documentaire

Hanneman était un passionné d'histoire militaire et un grand lecteur. Si les autres albums classiques des Big Four comprenaient des paroles vaguement sociologiques, militaires et mystiques, « Angel of Death », l'une des deux pièces phares de l'album, était un récit d'horreur basé sur l'histoire vraie du médecin Josef Mengele et des atrocités dont il fut responsable dans le camp d'Auschwitz pendant la Seconde Guerre mondiale.

Les paroles de guitaristes

Deux décennies plus tard, le chanteur Tom Araya écrivait les paroles de deux chansons qui remporteraient un prix Grammy. Mais la musique et les paroles de Reign in Blood ont été entièrement composées par Hanneman et Kerry King, le co-guitariste solo du groupe qui officiait également à titre de chef du contrôle de la qualité et capitaine d'équipe. Travaillant de concert, les instrumentistes ont ainsi tissé des récits cinématographiques traitant de guerre, de sorcellerie, de vivisection, de violence, de tueurs en série et de guerre surnaturelle.

Les cris

Le chanteur d'Anthrax Joey Belladonna est un exemple classique de leader de groupe. James Hetfield, de Metallica, et Dave Mustaine, de Megadeth, sont tous deux des chanteurs accomplis, même s'ils sont rarement accusés de chanter. Araya, plus que ses rivaux du Big Four, a repoussé les limites du chant traditionnel. Sur

Reign of Blood

, il chante plus vite et plus haut, entre des salves d'aboiements, de grognements et de râles. L'album commence d'ailleurs par son inoubliable et assourdissant cri au début d'« Angel of Death ».

Les rappels

En 2003-2004, avant qu'il ne soit à la mode de jouer des albums complets en concert, Slayer reprenait l'album dans son entièreté. Comme le veut leur tradition, les concerts se terminaient avec « Angel of Death ». Le groupe revenait ensuite sur scène pour interpréter l'album pièce par pièce en guise de rappel. Ces soirées inoubliables se terminaient ainsi sur la meilleure note possible.

Les riffs

Son riff d'ouverture s'est retrouvé au sommet du palmarès des meilleurs riffs métal de tous les temps du magazine Decibel, et d'après Kory Grow du Rolling Stone, il est « sans conteste le moment le plus monumental dans l'histoire de la musique extrême ». Jouée au piano ou au clavecin, sa progression de trois notes ne détonnerait pas au milieu d'un morceau de musique classique. Aucune autre pièce n'incarne aussi bien un genre musical que ce morceau créé par Hanneman. 30 ans plus tard, cette chanson est encore le point culminant de leurs spectacles.

« Chaque fois qu'on joue "Raining Blood" en concert, la foule devient complètement électrisée », m'a un jour dit King. « Les gens se pissent dessus lorsqu'ils entendent les premières notes ».

Comme il se doit. Ainsi soit-il.

D.X. Ferris est un journaliste primé qui a écrit deux livres sur Slayer et qui s'emporte sur Twitter. Son compte d'auteur est davantage axé sur le métal.