On a assisté à la manifestation pro-palestinienne de Paris

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On a assisté à la manifestation pro-palestinienne de Paris

Samedi dernier, les rues de Barbès se sont transformées en champ de bataille opposant manifestants et casseurs aux CRS.
21.7.14

Le 13 juillet dernier, plusieurs milliers de manifestants ont défilé de Barbès (XVIIIe) à Bastille (XIe) afin d'exprimer leur soutien au peuple palestinien et dénoncer les attaques israéliennes sur Gaza. Plusieurs heurts avec la police ont éclaté à la fin de la manifestation, tandis qu'un certain nombre de pro-Palestiniens se dirigeaient vers deux synagogues voisines afin d'en découdre avec des membres de la Ligue de défense juive positionnés devant les édifices religieux.

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Suite à ces échauffourées, la préfecture de police de Paris avait décidé d'interdire un nouveau rassemblement en soutien à Gaza prévu ce week-end à Barbès. Malgré cette interdiction, les associations organisatrices – et notamment le NPA, Europalestine, et les Indigènes de la République – ont quand même décidé de défiler sous le soleil parisien en compagnie d'un invité antisioniste de poids : Ronnie Kasrils, ancien compagnon de route de Nelson Mandela.

Photos : Glenn Cloarec/VICE

Dès 14 heures, plusieurs centaines de manifestants ont commencé à se rassembler sur le carrefour envahi de camions de CRS. Aux cris de « Palestine vivra, Palestine vaincra », « Sionistes, fascistes, c'est vous les terroristes ! » ou encore « Israël assassin, Hollande complice », la foule plutôt calme a vite commencé à s'échauffer quand les premiers drapeaux israéliens ont été brûlés depuis le toit d'un immeuble voisin. Si les organisateurs avaient demandé qu'aucun étendard autre que ceux palestinien et français ne soit brandi, de nombreux manifestants exhibaient aussi des emblèmes algériens, turcs ou pro-Frères musulmans. Vers 15 heures, peu avant le début de la marche, les « Allahu akbar » se sont fait plus nombreux et un jeune homme s'est mis à agiter le drapeau salafiste dans les airs. Au même moment, au désarroi de certains participants désolés par ce genre d'incidents, l'équipe d'i>Télé présente sur place était contrainte d'évacuer, menacée par plusieurs individus.

« Israël contrôle les médias, explique une jeune manifestante. Les journaux mentent à leur public sur ce qui se passe en Palestine. On est tous rassemblés pour soutenir les Palestiniens contre les crimes des sionistes et s'opposer à leurs mensonges. Personne ne nous en empêchera et sûrement pas Hollande, prêt à tout pour nous faire taire. »

Arrivé à Château Rouge vers 16 heures, le cortège de plusieurs milliers de personnes a fait face à un important barrage de CRS. La manifestation a rapidement dégénéré. Alors que les premiers projectiles ont été lancés, les policiers ont répliqué avec des flash-balls, des grenades assourdissantes et de nombreux gaz lacrymogènes, rendant le quartier irrespirable. Afin de contrer les effets des gaz lancés par la police, les manifestants s'échangeaient des briques de lait et du sérum physiologique dans les rues adjacentes. Si de nombreux participants ont décidé de fuir ou tenté de calmer la situation, d'autres caillassaient la police, bientôt rejoints par de nouveaux jeunes venus simplement pour en découdre avec la « police sioniste » et peu au fait de la cause palestinienne – et assez hostiles envers les journalistes, n'hésitant pas à prendre à partie et à en dépouiller certains, dont Gaspard Glanz, vidéaste pour VICE News.

Des barricades de poubelles se sont formées et des trottoirs, des pavés et des installations ont été dépecés et démolis afin de servir de projectiles. L'hôpital Lariboisière a été attaqué, deux camions de la RATP ont été renversés et mis à feu en plein boulevard de la Chapelle et plusieurs vitrines de commerces ont été brisées. Les heurts ont duré près de trois heures, ravageant tout le quartier et occasionnant plusieurs dizaines de blessés – et notamment 17 policiers. Dans la soirée, les autorités annonçaient avoir procédé à 44 arrestations pour violences et dégradations aggravées, outrages et rébellion.

En fin d'après-midi, les forces de police, débordées par la situation et souvent à cours de munitions, ont tenté de reprendre le dessus – sans vraiment y parvenir – en appelant en renfort des unités de la brigade anticriminalité de Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne. Selon un jeune manifestant photographiant les émeutes, si la situation a tant dégénéré, c'est parce que « les policiers sont du côté des juifs qui possèdent tous les magasins de Barbès ».

Vers 19 heures, à la sortie du métro, alors que la situation commençait à se calmer, un passant mimant une « quenelle » se faisait prendre en photo devant un CRS excédé et couvert de sueur qui expliquait à son collègue avoir « rarement vu de telles émeutes à Paris ».

Hier après-midi, une nouvelle manifestation pro-palestinienne était organisée à Sarcelles dans le Val-d'Oise, ville hébergeant une importante communauté juive séfarade. Comme celui de Barbès la veille, le rassemblement – lui-aussi interdit – a dégénéré. Des affrontements avec la police ont éclaté devant la principale synagogue de la ville, des véhicules ont été brûlés et le commissariat de Garges-lès-Gonesse, plusieurs magasins et une pharmacie ont été attaqués. Le supermarché cacher Naouri, déjà victime d'un attentat en 2012, a lui aussi été incendié, cible d'un cocktail molotov. En début de soirée, des hélicoptères continuaient à survoler la zone.

Tandis que François Hollande affirmait que « la République, c'est la capacité de vivre ensemble […] et de ne pas se laisser entraîner par des querelles qui sont trop loin d'ici pour être importées », le conflit israélo-palestinien continue à diviser la société française et conduit de plus en plus de juifs français – associés automatiquement à des Israéliens par les émeutiers de ces derniers jours – à se questionner sur leur avenir dans le pays. Interrogé par le site pro-israélien lemondejuif.info, Roger Cukierman, président du CRIF, a estimé que ce « nouvel antisémitisme pouvait mener jusqu'au départ de tous les juifs ». Si ces propos peuvent sembler exagérés pour certains, il ne fait aucun doute que les récents incidents à Bastille, Barbès et Sarcelles resteront dans la mémoire de la communauté juive française et des militants sincères de la cause palestinienne, qui se seraient tous bien passés d'un tel déferlement de violence.

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