Culture

Melchior Tersen fait de l’art avec des fonds d’écran de téléphone portable 1.0

« Ganja », « Fonky Family » et « Scream » – le début des années 2000 en France en quelques pixels.

par Melchior Tersen
05 Juin 2015, 5:00am

J'ai bientôt 28 ans. J'ai dû avoir mon premier portable quand j'étais en seconde ou en première – un petit Sony Z5 à clapet. On devait être en 2002 ou 2003. J'avais choisi la marque Sony parce que c'était le sponsor officiel de la Juventus de Turin, club de football italien dont j'étais fan et que je supportais à l'époque. Sur le portable, on trouvait quelques jeux d'appoint, notamment un jeu de pêche qui me faisait penser à un passage de l'un des vieux Zelda sur Game Boy. Ce jeu correspondait à mes attentes d'adolescent en termes vidéoludiques, mais à dire vrai, un truc me faisait beaucoup plus rêver : c'était de pouvoir télécharger mon propre fond d'écran personnalisé, chose que je ne pouvais pas faire car le Z5 n'offrait pas cette spécificité.

Car oui, aussi débile que cela puisse paraître aujourd'hui, avant l'arrivée de l'ADSL et des écrans couleurs, on pouvait télécharger, en échange de la somme de 10 euros environ, un fond d'écran pour son téléphone. Il suffisait pour ce faire d'envoyer un SMS surtaxé muni de la référence du logo, et on le recevait.

Melchior se cache derrière les pages de son journal.

J'ai repensé à ces fonds d'écran noir et blanc il y a quelque temps, lorsque j'ai acheté sur le Bon Coin à un utilisateur de Toulouse un vieux lot de 40 magazines R.A.P, la publication rap de la radio Skyrock – les amateurs se souviendront de son célèbre slogan « 14 balles c'est de la balle ! » En les parcourant, je suis retombé sur les publicités pour fonds d'écran personnalisés que l'on rencontrait dans presque tous les mags et médias pour adolescents « urbains » de l'époque. À peu près tous les thèmes chers aux collégiens et lycéens de ce temps étaient représentés : aliens de genres divers, clubs de foot, motifs « sexy », une grande variété de fonds d'inspiration « ganja », Bob Marley, Skyrock, Nelly, Toni Braxton, Sniper, South Park, Ben Laden (yep), puis les traditionnels « love », « angel », « dragon », « yin et yang », les visuels connotés tuning, les messages volontairement provocateurs et ceux à vocation humoristiques.

Composé de quelques pixels seulement, ces logos étaient, avec le recul, vraiment bien foutus. C'est pourquoi les quelques gamins du collège qui possédaient un portable en avait un ou plusieurs. Mon pote Michael notamment, qui avait une coque de Nokia 3310 éclair bleu pétant que j'ai plus tard achetée pour mon père – il l'a gardée quatre ans.

Près de chez moi, une rumeur circulait selon laquelle il existait un câble permettant de relier les téléphones entre eux afin de s'échanger autant de sonneries et de fonds d'écran que possible et ce, même si les téléphones étaient de marques différentes. Une sorte de télécommande universelle, mais pour les logos. Ce truc n'a évidemment jamais existé.

Il existait des centaines et des centaines de logos divers, jusqu'à ce qu'ils soient une première fois supplantés par l'arrivée des logos animés. Puis, les écrans couleurs sont arrivés et ç'en fut fini une fois pour toutes des fonds d'écran.

Comme chacun le sait, aujourd'hui on peut tout gérer via Internet, télécharger à peu près tous les formats que l'on veut ou regarder des séries entières sur son téléphone. Ces logos déjà désuets – et disparus – rendent désormais compte d'une époque révolue. Celle où des téléphones Nokia 3310, 8210 ou 3210 munis de fonds d'écran « Scream » ou « Marseillais jusqu'à la mort ! » étaient courants.

Je viens d'éditer un petit journal à 50 exemplaires que j'ai commencé à distribuer jeudi dernier au vernissage de notre exposition photo « 5 » avec plusieurs photographes dont je suis proche. Pour ceux que ça intéresse, il m'en reste quelques-uns.

À part collectionner les logos de téléphone, Melchior prend des photos et travaille avec nous depuis des années. Pour choper un exemplaire de son journal, envoyez-lui un mail.