La banlieue pavillonnaire par ceux qui la vivent : rendez-vous sur #Blanquefort

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La banlieue pavillonnaire par ceux qui la vivent : rendez-vous sur #Blanquefort

Quand je suis rentré chez mes parents la semaine dernière à Blanquefort, une ville de la banlieue bordelaise, je m'ennuyais tellement que j'ai passé le plus clair de mon temps à mater les photos Instagram...
10.7.13

Quand je suis rentré chez mes parents la semaine dernière à Blanquefort, une ville de la banlieue bordelaise, je m'ennuyais tellement que j'ai passé le plus clair de mon temps à mater les photos Instagram postées par les jeunes du coin. Ces derniers se servent en effet du hashtag #blanquefort pour poster tout ce qui arrive près de chez eux. Cet endroit, dans lequel j'ai également passé mon enfance et mon adolescence, s'inscrit dans un environnement périurbain qui n'est plus la ville, sans encore être la campagne. Ici, les vignobles et forêts cohabitent avec de grands espaces bétonnés où trônent supermarchés, fast-foods et panneaux 4x3.

Ces mutations du paysage qui, au XXe siècle, ont transformé l'aspect champêtre des communes rurales en zones pavillonnaires et commerciales, ont eu pour effet de distiller chez la plupart de leurs habitants un sentiment de déprime indéfinissable. Pour être plus clair, imaginez un scénario à la Carpenter où, chaque année, un brouillard épais et malodorant se répandrait sur une petite ville de campagne, livrant ses habitants à la merci d'agents immobiliers sans scrupules. Rajoutez par dessus un McDo et plusieurs centaines de consoles de jeu et vous y êtes.

Abritant une population middle-class plutôt jeune et une mairie « dynamique », Blanquefort bénéficie aujourd’hui d'un nombre conséquent d'activités socio-culturelles censées faire oublier aux gens qu'ils s'ennuient : radios associatives, festival d'arts du spectacle, etc. Mais, malgré tous ces efforts, les jeunes Blanquefortais continuent  de coller des douilles sur les parkings du centre commercial Édouard Leclerc.

Quand j'étais au collège, un type que je connaissais est mort en s'amusant avec une bonbonne de gaz et un briquet ; un autre, en faisant la course sans casque sur un scooter qu’il avait lui-même débridé ; une nuit, mon meilleur ami s'est fait arrêter par les flics alors qu'il essayait de forcer le coffre du Crédit Mutuel situé à 50m de chez lui. Le truc étrange, c’est que ces types habitaient de jolies maisons, allaient à l'école et n'étaient pas battus par leurs parents. Je me suis toujours demandé si ces choses leur seraient arrivées ailleurs. Parallèlement, dans la première décennie du XXIe siècle, Blanquefort semblait touché de plein fouet par les pires modes musicales que l'hexagone ait jamais porté : Les Hurlements d'Léo, Les fils de Teuhpu et les Ogres de Barback faisaient résonner leurs trompettes au moins une fois par mois à la salle des fêtes.

Ennui, tristesse et bruits agressifs de pots d’échappement, voilà ce que j'ai retenu des mes années blanquefortaises. En parcourant la collection de photos #blanquefort, j’ai constaté à ma grande surprise que rien n’avait changé depuis mon départ. Pour que les gens sachent qu’il existe un deuxième New Jersey caché quelque part dans le sud-ouest de la France, j’ai décidé d’en sélectionner quelques-unes.

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