FYI.

This story is over 5 years old.

LE NUMÉRO 1994

Al-qaida qui ?

Vous vous rappelez ce camion de location de chez Ryder rempli à ras-bord de bouteilles d'hydrogène compressé et de quelques chouettes détonateurs, et garé dans le parking souterrain du World Trade Center avant d'exploser ? Ça a creusé un cratère sur...
12.11.09

Vous vous rappelez ce camion de location de chez Ryder rempli à ras-bord de bouteilles d'hydrogène compressé et de quelques chouettes détonateurs, et garé dans le parking souterrain du World Trade Center avant d'exploser ? Ça a creusé un cratère sur quatre niveaux de sous-sol en béton. Certains experts affirment même que si le camion avait été quelques mètres plus près des fondations, les deux tours auraient pu s'effondrer…

Tu imagines le carnage ? Est-ce que tu peux seulement entrevoir l'ampleur du désastre, si les tours jumelles s'étaient effondrées ? On a perdu six malheureux concitoyens dans l'attentat de l'année dernière, et même ça, ça nous a semblé dément. Si les tours devaient s'écrouler, on pourrait même s'enrôler dans l'armée. Enfin, s'ils veulent bien de nous.

Publicité

« En résumé », pourrais-tu demander, « qui est le taré mental qui a fait ça, et d'où ils viennent, lui et ses potes ? Parce que je m'en vais les retrouver et leur briser leurs cous de terroristes comme Van Damme dans Timecop – qui, soit dit en passant, est un des meilleurs films de l'année ! » Bon, ben j'espère que ton passeport est en cours de validité et que tous tes vaccins sont à jour, parce que tu vas en Afghanistan, mon pote ! Ramzi Yousef, le mec qui a fait péter les bombes dans le van, est un citoyen du Koweït et un membre de la dernière organisation terroriste en vogue. Ils s'appellent Al-Qaida, ils vivent dans les terres arides et rocailleuses de l'Afghanistan, et ils n'ont pas l'air de vouloir en bouger.

Al-Qaida (ce qui veut dire « la base », en arabe) trouve son origine dans la guérilla afghane contre les forces d'occupation de l'Union soviétique dans les années 1980. Avec d'autres groupes dissidents de fondamentalistes islamiques, Al-Qaida a lutté – souvent avec des armes fournies par la CIA – pour bouter tous les Vladimir hors des terres pachtounes. Le leader d'Al-Qaida, en revanche, vient d'une lignée qui s'écarte quelque peu des habituels chefs de guerre sainte musulmans. Oussama ben Laden est le riche rejeton d'une puissante famille d'Arabie Saoudite. D'ailleurs, quelques membres de sa très grande famille sont amis avec quelques-uns des chrétiens à la peau blanche qui occupaient des postes à responsabilité dans les précédents gouvernements, à Washington DC. Heureusement pour nous, ils s'entendent pas si bien que ça avec William Jefferson Clinton.

Publicité

Une fois que les Soviétiques, battus à plate couture, se sont barrés d'Afghanistan, les fondamentalistes divers et variés qui avaient combattu contre eux sous la même bannière, au lieu de se réjouir sainement de leur victoire et de se détendre un bon coup en buvant du thé et en mangeant leurs petites pâtisseries pittoresques, ont commencé à se battre entre eux comme des brutes pour prendre le contrôle du pays. Dans l'intervalle, Oussama et sa bande ont étendu leur sainte guerre au dilettantisme expansionniste occidental dans les pays islamiques. Nous en sommes là aujourd'hui – à faire face à un nid de frelons, dont la reine ferait un mètre quatre-vingts (Oussama est très grand) et serait sortie pour nous prévenir : « Ne pas déranger. » Mais, si l'on considère qu'au cours du demi siècle qui vient de s'écouler, les États-Unis ont été incapables de ne pas se mêler des affaires du Moyen-Orient, la prochaine action d'éclat d'Al-Qaeda ne fait aucun doute. La question serait plutôt de savoir quand. Bien assez tôt, ces fumiers vont revenir nous chercher des noises. Une bombe dans le métro ? Une attaque chimique ? Du poison dans les réserves d'eau ? Que des trucs réglo, quoi. La seule chose à peu près certaine, c'est qu'ils auront pas les couilles pour attaquer à nouveau le WTC. Il se pourrait bien qu'aujourd'hui, ce soit le seul endroit sûr de New York.

Pour résumer, bien qu'en ce moment ils n'arrivent pas à la cheville de l'IRA, du Hezbollah ou de la Red Army Faction pour ce qui est de nous foutre la trouille, il se pourrait bien que cette année soit l'année de tous les succès pour la jeune cellule terroriste qui n'en veut nommée Al-Qaida. 1994 les fera peut-être passer en ligue 1, avec le potentiel de gagner la coupe du monde un jour. Voilà le petit guide du débutant en Al-Qaida qu'on t'a concocté, où tu nous poses des questions et nous on y répond. Tiens-toi bien pendant qu'on t'enfonce notre main dans le cul, petit scarabée.

Publicité

Toi : Redites-moi qui sont ces gars ?

Vice:

Tu peux les appeler Al-Qaïda, Al-Qaida, Al-Qaeda. En arabe parlé, ça se prononce en quatre syllabes, un truc comme : « Al-Ka-i-da. » Mais ça n'a vraiment pas d'importance, vu qu'on ne peut pas retranscrire de façon correcte un nom arabe à l'aide de l'alphabet latin. Ben Laden dit que c'est le petit surnom affectueux qu'ils avaient donné à leur camp d'entraînement dans le bon vieux temps ; et le camp a grandi et est devenu une sorte d'état d'esprit. L'OTAN et les Nations Unies considèrent que c'est un groupe de terroristes islamistes. Ben Laden, précédemment moudjahidine du Maktab al-Khadamat, plus connu sous le nom de Bureau afghan, affûtait ses compétences en terrorisme contre les Russkofs en Afghanistan. Aujourd'hui, lui et sa bande de sous-fifres ont lancé une campagne de recrutement pour venir renforcer leurs rangs et se préparer à massacrer l'immoralité occidentale.

Toi : Attendez une minute : l'Islam ne prêche-t-il pas à ses fidèles d'aimer Allah et son voisin ?

Vice :

Al-Qaida justifie tout grâce au Coran et cite des précédents historiques quand ils font exploser des bombes. Un des cofondateurs du réseau, Mamdouh Mahmud Salim, se fonde sur les enseignements de Ibn Taymiyya, un théologien du 13ème siècle, pour justifier le jihad que son organisation mène contre l'Occident. Taymiyyah affirmait que les musulmans avaient le droit de tuer les Mongols qui avaient envahi leurs terres et mis en danger l'État musulman. Salim s'est contenté de remplacer le mot

Publicité

Mongols

par

les infidèles impérialistes de l'Occident

et hop, sa justification était toute trouvée. Il disait aussi qu'il ne voyait pas d'inconvénient à tuer quiconque aiderait, hébergerait ou tolèrerait les infidèles. Et si un passant innocent, musulman de surcroît, est tué dans la bataille contre le grand Satan, ça ne fait rien, parce que le paradis l'attend. C'est ce qui distingue Al-Qaida du groupe islamiste radical de base, celui qui se concentre sur des théories religieuses plus abstraites. Al-Qaida, dès l'origine, a mis l'accent exclusivement sur la nécessité d'empêcher l'Occident de dépouiller les terres musulmanes.

Toi : Ils ont l'air plutôt chouettes en fait, un peu comme ce type cool, comment déjà, Che Guevara. Qu'est-ce qu'ils vont faire maintenant ?

Vice :

Du calme, mon poulet. Le Che était un crétin sans nom. Mais ça c'est une autre histoire. Il faut vraiment que tu comprennes qu'Al-Qaida, tout comme sécher les cours, c'est pas cool. Et, en ce qui concerne leurs petites occupations, l'hypothèse la mieux renseignée veut qu'ils soient en ce moment au Soudan, à coordonner de nouvelles actions terroristes et à fusionner avec le Jihad islamique égyptien. Tu vois, Ben Laden a offert à son pays natal, l'Arabie Saoudite, de l'aider à combattre l'Irak au moment de la guerre du Golfe, mais le roi Fahd a rejeté sa proposition et a opté, à la place, pour quelques milliers de soldats américains. Ça a rendu Oussama fou de rage, et lui et sa barbe ont piqué une crise, et il a dit tout haut à quel point il pensait que la politique étrangère de l'Arabie Saoudite était nulle. C'est venu aux oreilles de sa très riche et puissante famille, qui l'a promptement désavoué et lui a coupé les vivres, lui supprimant sa rente annuelle de 7 millions de dollars.

Publicité

Toi : Cet Oussama m'a tout l'air d'être un sacré trou du cul.

Vice :

Oui, ça se tient. Le point positif, c'est que depuis que ce trou du cul à cheval se cache au milieu de nulle part, il peut plus nous faire un procès en diffamation. Tiens, prends-en de la graine : « Oussama ben Laden suce la bite de son père pendant que sa mère lui bourre le cul avec son gode-ceinture et qu'un millier de vierges du paradis lui pissent sur la gueule et lui il boit la pisse et il en recrache un peu sur la tête de sa pute de fille. » Qu'est-ce que tu dis de ça ? Des calomnies libres de toutes représailles judiciaires !

Toi : Euh… OK. Mais dites-moi, qu'a fait Al-Qaida jusqu'ici ?

Vice :

J'en connais un qui n'a pas lu l'introduction… Leur fait d'armes le plus notable, c'est quand ils ont garé leur voiture piégée dans le parking souterrain du WTC, tuant six personnes qui n'avaient rien demandé. Avant cet attentat, Al-Qaida avait fait sauter quelques hôtels à Aden, au Yémen, parce qu'ils pensaient que les soldats américains s'y étaient établis, sur la route de la Somalie. Sauf qu'ils se sont plantés d'hôtel et qu'ils ont tué deux innocents. Si on les compare avec des groupes consciencieux comme l'IRA, qui ont fait fermer l'aéroport d'Heathrow en mars avec une attaque au mortier à grande échelle, et ce alors qu'ils étaient plutôt censés faire des efforts de paix, on a parfois l'impression que ces mecs-là prennent pas trop au sérieux leur guerre sainte.

Publicité

Toi : C'est quoi leur façon préférée de tuer les gens ?

Vice :

Les bombes, bien sûr ! Les bombes dans les voitures, le plus souvent, mais la rumeur veut qu'ils se penchent de près sur la façon de mettre des bombes dans des avions. Qui peut le dire ? Ces mecs-là gardent plus de secrets qu'une nonne lesbienne. Jusqu'à aujourd'hui en tout cas, Al-Qaida a fait un usage privilégié des explosifs pour terroriser ses oppresseurs. Ils font pas trop de chichis non plus quand il s'agit de mourir, ce qui fait qu'ils sont un cauchemar à gérer. Nous, en Occident, on a passé des années et dépensé des milliards de dollars pour protéger nos citoyens et nos soldats, quand la recrue de base d'Al-Qaida, elle, n'a peur de rien, répond à un appel de l'au-delà, et va se pointer joyeusement dans ton bureau ceinturée d'un collier de grenades.

Toi : Et c'est quoi cette histoire selon laquelle l'Oncle Sam aurait entraîné et financé ces mecs ?

Vice :

Eh bien, c'est vrai. Les membres actuels d'Al-Qaeda ont appris les ficelles du métier grâce à la CIA, qui a injecté de l'argent dans les forces combattantes moudjahidines en Afghanistan dans les années 1980 par le biais d'un programme secret appelé Opération Cyclone. Cyclone a fourni argent, armes et entraînement de pointe aux moudjahidines, pour entretenir le croustillant de la Guerre froide. Tout ceci s'est fait dans le plus grand secret, en faisant transiter l'argent et les armes par l'Inter-Services Intelligence pakistanais, qu'on dit avoir entraîné plus de 100 000 moudjahidines arabes à l'art délicat de l'insurrection. Certains de ces apprentis faisaient partie des troupes du plus grand leader de la résistance afghane, Gulbuddin Hektamyar, qui a toujours été copain comme cochon avec Oussama Ben Laden.

Publicité

Toi : Donc en gros, la CIA récolte ce qu'elle a semé.

Vice :

En gros, oui. L'Opération Cyclone, c'était la fausse bonne idée du siècle. En 1987, la CIA – et par extension la meute des contribuables américains – dépensait autour de 630 millions de dollars par an pour financer les moudjahidines en Afghanistan et fournir des machines de mort commodes, comme les missiles Stinger et les avions de combat F-16 au Pakistan. C'est l'une des opérations les plus longues et ruineuses de l'histoire de la Central Intelligence Agency. N'oublie jamais que c'est en fait nous tous qui avons financé l'attentat à la bombe sur le World Trade Center.

Toi : On dirait que j'étais un attardé mental et que je voulais m'engager dans Al-Qaida. Comment je m'y prends ? J'ai

mes chances ?

Vice :

T'habiller comme un hippie dégueulasse et faire un pèlerinage au Moyen-Orient ne suffira pas. Ils veulent des fanatiques, des vrais, donc tu ferais mieux, avant toute chose, d'entraîner ta rhétorique anti-tout. Mais si tu vis à New York, tu peux assez facilement entrer en contact avec un membre d'Al-Qaida. Le réseau a une attraction particulière pour cette ville, il a utilisé New York comme un terrain de prédilection pour son recrutement depuis 1986, quand la vieille bande de Ben Laden utilisait le centre de réfugiés Al Kifah et la Mosquée Al-Farouq de Brooklyn pour attirer les jeunes musulmans sur la route du jihad. Va te balader autour de ces endroits-là et fais en sorte qu'on comprenne que tu détestes l'Amérique, et peut-être que quelque chose arrivera. Mais faudra t'accrocher : il y a des chances qu'avec sa visibilité accrue, Al-Qaida se retrouve vite en haut de la liste noire du gouvernement américain.