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LE NUMÉRO DU VILAIN BOUC

Vice Populi

Tu as déjà côtoyé la mort ?Je me suis noyé en randonnée d’été dans les Gorges du Verdon il y a onze ans. Pendant la rando, mon pote et moi, plus un couple de randonneurs...
10 décembre 2009, 11:00pm

MATTHIEU

Tu as déjà côtoyé la mort ?

Je me suis noyé en randonnée d’été dans les Gorges du Verdon il y a onze ans. Pendant la rando, mon pote et moi, plus un couple de randonneurs un peu

creepy

qu’on avait rencontré en marchant, on a croisé un torrent qu’on devait traverser. En fait, l’endroit où je voulais le faire était interdit au passage mais j’étais super sûr de moi et j’ai voulu faire mon malin. Pendant que les autres étaient encore à se tâter, à savoir s’il fallait qu’ils enlèvent leurs chaussures ou non, j’ai commencé à traverser, et ça marchait bien jusqu’au moment où il y a eu plus de courant et surtout plus de fond. J’ai glissé et je me suis laissé emporter dans le fond avec mon sac à dos qui pesait genre 15-20 kilos, une semaine de vie dans un sac. Je me suis retrouvé au fond, sur le dos. Impossible de me relever parce que mon sac était trop lourd et le courant trop fort, j’ai été traîné sur des centaines de mètres.

Je crois que c’est le truc qui me fait le plus flipper ça, la submersion.

C’est infernal, je sentais bien que je raclais les pierres, je tapais partout, impossible de me relever, la puissance de l’eau était tellement forte que je ne pouvais pas soulever mes bras ni bouger, donc impossible d’enlever mon sac. Et en plus de tout ce merdier l’eau était vraiment gelée, j’étais paralysé par le froid.

Et à quoi tu pensais à ce moment-là ?

Ben à ce moment-là j’ai vraiment vu le truc, ce moment où tu es conscient et tu te dis : « Bon ben ça y est c’est bon là je meurs. » Je pensais aussi : « Putain c’est vraiment trop con. Tout ça pour faire le kéké, c’est d’un con ! Ça y est c’est fini c’est horrible, mon pote va appeler mes parents pour leur dire que je suis mort. »

Comment t’as fait pour t’en sortir ?

À un moment, j’ai réussi à m’accrocher à une pierre, et mon pote, qui avait vu la scène, m’a couru derrière et s’est jeté à l’eau, a nagé et a réussi à me retirer mon sac.

IRINA

Alors comme ça on a déjà serré la pince à la grande faucheuse ?
Ouais, plusieurs fois en fin de compte, mais le plus vénère c’était à Los Angeles où j’ai eu un accident de voiture.

Raconte, crâneuse.
Je me suis enfuie de France pour m’installer dans ce pays avec mon mec de l’époque qui était bien barré. Un soir, on a eu une grosse dispute en voiture, le classique du couple. Et mon mec conduisait très nerveusement. J’étais pas rassurée. Au moment où il a voulu se garer, il a donné un coup très sec dans ce qu’il croyait être la pédale de frein, sauf que c’était celle de l’accélérateur. Je portais pas de ceinture et ma tête est passée par le pare-brise. J’ai eu le crâne ouvert, au niveau de la naissance des cheveux, je ressemblais un peu à Carrie au bal du diable, avec un masque de sang qui coulait sur mon visage. Mais, tu veux que je te dise ? Bizarrement, quand je suis montée dans la voiture ce soir-là, j’ai eu un pressentiment, et quand ça s’est passé j’ai limite pas été surprise.

Qu’est-ce qui t’est passé par la tête à ce moment-là ?
Ben des trucs un peu basiques. J’ai vraiment eu des micro flashs, plein d’images de ma vie me sont revenues, mais c’est tellement rapide que t’as même pas le temps de réfléchir complètement à un truc. C’est bateau mais je pensais à mon père qui m’avait dit de ne pas partir. Et puis après, une fois que j’ai été prise en main à l’hôpital et que tout est allé mieux, je me suis mise à maudire mon mec. À l’époque il avait des problèmes avec l’alcool, et en particulier ce soir-là, on était bourrés, il était absolument pas en état de prendre le volant.

Et maintenant t’arrives encore à monter en voiture avec quelqu’un ?
J’y arrive, je me suis juste fixé une ligne de conduite : ne plus jamais me disputer avec quelqu’un en voiture. Dès que je sens pointer une engueulade je panique à fond, et j’hésite pas à sortir illico de la bagnole.

HUGO

T’as déjà vu la mort en face ?

Ouais, enfin j’ai plutôt vu le canon d’un revolver très, très en face de moi.

Comment ça ?

Quand j’avais 14 piges, à la fin des années 1990, j’habitais dans le nord de Paris où régnait une guerre entre les bandes de cailleras des quartiers de La Chapelle, la Grange aux Belles, Belleville... À l’époque c’était hyper chaud. Mon cousin habitait Belleville et moi La Chapelle. Quand j’allais le voir je tombais très souvent sur des mecs de son quartier, rivaux du mien. Un jour, me croyant plus malin qu’eux, j’ai baissé ma garde et je me suis retrouvé dans un hall d’immeuble avec un mec qui pointait son flingue sur mon crâne. Il me disait : «

Voilà, tu vas mourir, tu vas servir d’exemple, tu vas marquer le coup

» et il m’a braqué comme ça pendant bien trois minutes. C’est long trois minutes comme ça.

Et alors comment on réagit quand on est coincé comme une merde ?

Ben à l’époque c’était assez courant ce genre d’embrouilles. J’avais pas été témoin d’un meurtre ou quoi, mais on savait que ça pouvait arriver. D’une certaine façon, je me disais que ça m’arriverait à moi aussi. Puis quand ça a été mon tour, honnêtement, à l’époque, j’avais des problèmes, et de me retrouver là, sous un flingue, ça m’a presque rien fait.

Mais ouais…

J’ai eu peur, évidemment, mais je me disais surtout : « Bouarf, s’il veut tirer qu’il tire, m’en branle, et puis à la limite, ce sera un problème de réglé. » J’étais à sa merci, et y’avait aussi cette histoire de fierté de bande, alors j’ai rien montré, je me tenais droit comme un i et je le regardais dans les yeux. J’étais tellement amorphe que le mec s’est dit que ça le faisait chier de me buter, en plus de ça j’étais pas une figure de La Chapelle, je suivais le truc mais voilà quoi. Alors il s’est barré en me disant : «

Ça te servira de leçon, tu raconteras aux mecs de ton quartier comment ça se passe à Belleville

. »

KENZA

C’était quand ta dernière expérience avec la mort ?
Oh, je devais avoir 4 ou 5 ans.

T’as mis les doigts dans une prise ?
C’est un peu plus compliqué que ça.

Balance.
J’étais à Marrakech, au début des années 1990. Après une balade avec mon oncle, ma mère et mon frère, on a pris la voiture pour rentrer. À l’arrière, ma mère avait mon petit frère sur les genoux et moi à sa gauche, calfeutrée contre la portière. À l’époque au Maroc, le port de la ceinture à l’arrière n’était pas obligatoire. Du coup, certaines voitures n’en étaient pas équipées, comme la nôtre. Je me suis assoupie contre la portière. La route est devenue chaotique : il y avait des ânes, des mobylettes, des voitures s’engageant de manière bordélique dans un rond-point hyper fréquenté et supervisé par un flic muni d’un sifflet. On devait rouler à 20 ou 30 km/h, et la porte sur laquelle j’étais appuyée s’est ouverte, je ne sais pas comment, mon petit corps s’est mis à rouler entre les roues des autres caisses en position fœtale.

Oh merde !
Ça va, je suis pas trop traumatisée parce que du moment où j’ai touché le sol j’ai fait un blackout total. J’ai eu une espèce d’instinct de survie, je me suis mise en position fœtale et c’est allé de pair avec une sorte de réflexe mental conditionné par la peur grâce auquel je n’ai enregistré aucun souvenir de ce qui m’arrivait. C’est ma mère qui m’a raconté la suite.

Et ?
Quand le flic a vu la voiture avec la portière ouverte et les hurlements d’épouvante de ma mère qui en sortaient, il a essayé d’arrêter le trafic avec son petit sifflet de blédard. Il m’a enfin repérée, s’est jeté au milieu de tout le bordel, et m’a récupérée. Je pense que ma mère a vu la mort de plus près que moi, elle était vraiment traumatisée par ce truc, de voir sa petite fille mourir sous ses yeux en étant complètement impuissante.

JESSICA

C’est comment quand on meurt ?

Dans mon cas c’était très agréable. Comme si on me retirait un sac rempli de pierres des épaules. J’étais assise sur mon canapé, j’ai maté le tube de Lexomil vide qu’il y avait en face de moi et je me suis laissé partir tranquillement, sans flashbacks, sans souvenirs, juste en me disant que j’allais enfin avoir la paix.

Comment t’en es arrivée là ?

J’avais des tas de problèmes à l’époque, des trucs vénère, genre un ex en prison, des problèmes de drogue, des problèmes familiaux, de thunes. Un soir je suis sortie avec des potes, je me suis mis une vraie belle caisse, alcool et drogue compris. En rentrant chez moi, je me suis soudain sentie très lasse. Tout à coup, c’est devenu limpide : la seule solution, c’était d’abandonner la partie. J’ai eu un dernier réflexe, juste avant de sortir mes boîtes de tranquillisants, j’ai essayé d’appeler les numéros SOS Entraide et SOS Amitié. Mais ça sonnait occupé. Alors tranquillement, j’ai découpé tous les petits carrés de Lexomil, 40 en tout, et je les ai tous avalés d’un coup.

Comment ça se fait que tu sois pas morte à l’heure qu’il est ?

Un pote à moi que je devais voir le lendemain s’est inquiété. Pendant une journée il a pas cessé de m’appeler, de faire appeler des gens. Le surlendemain il débarquait chez moi avec les pompiers et la gardienne qui ne croyait pas qu’il m’était arrivé un truc parce qu’elle m’avait vue dans la rue la veille.

Comment ça ?

Alors là je n’en sais absolument rien. Apparemment, j’étais sortie et rentrée, mais j’en ai aucun souvenir. En tout cas ils sont arrivés juste à temps car mon cœur commencait à lâcher, les pompiers ont juste eu le temps de me faire un massage cardiaque pour me réanimer.

C’est taré quand même que t’aies réussi à tenir deux jours comme ça.

D’autant plus qu’à l’époque je pesais même pas 39 kilos. Quand j’ai été en état de discuter avec un médecin à l’hôpital, il m’a dit que j’étais une miraculée parce qu’avec mon poids et la dose que j’avais prise, j’aurais dû mourir dans l’heure après l’absorption.

GREG

Donc toi t’as failli mourir trois fois.

Un braquage, un accident de voiture, le coup du garage... Ouais.

Le coup du garage ?

J’étais au boulot et il y avait une odeur hyper bizarre qui sortait de derrière une porte de livraison. J’étais avec une collègue, il était tard le soir et elle m’a accompagné pour aller voir ce qui se passait, on pensait qu’il devait y avoir le feu. En ouvrant la porte, on s’est vite rendu compte que c’était juste une odeur d’embrayage qui avait cramé et qui empestait tout le bureau. Lorsqu’on a voulu retourner à l’intérieur, j’ai manipulé le boîtier de fermeture de la porte du garage, le truc était relié à un câble assez vétuste. Malheureusement, en touchant le boitier de commande j’ai attrapé le câble et je me suis pris une décharge de 400 volts.

À partir de 12 volts ça commence à être bien vénère pour le corps.

Ouais, je sais pas. En tout cas 400 c’était beaucoup trop pour le mien parce qu’en une demie seconde je me suis fait propulser en l’air dans un énorme bond. Apparemment j’ai eu beaucoup de chance d’avoir sauté parce que quand t’es électrocuté, tu peux soit faire un bond, soit rester collé au sol, et là le courant fait un tour et crame tous tes organes vitaux. Bon bref ma collègue m’a regardé d’un air incrédule, pensant que j’avais juste pris un peu de jus, mais elle a vite compris que je déconnais pas du tout quand je me suis relevé et que j’ai fait comme dans les films, je me suis tâté.

Tu t’es tâté ?

Ouais tu sais, je me palpais pour vérifier que j’étais bien vivant. Dès que je me suis relevé je me suis touché les cheveux, le corps, pour voir si tout était encore en place. Et puis je me suis rendu compte d’un coup que j’avais failli mourir. Quand tu es électrocuté, ton cerveau se déconnecte une demie seconde, pendant laquelle tu te sens vraiment partir. On a appelé un médecin et dix minutes après le SAMU, les flics, les pompiers, ils sont tous venus. Je me suis retrouvé en caleçon avec des électrodes sur le corps et ils m’ont gardé en observation deux jours avec une machine pour que mon cœur retrouve son rythme régulier. Et j’ai même dû garder cet appareil à la con sur moi les jours suivants.

CATHY
Tu me dis que t’as vu la mort en face alors ?
Un jour, sans savoir pourquoi, je me suis réveillée dans une chambre d’hôpital, sans me souvenir de comment j’avais atterri là. Ni de quoi que ce soit d’ailleurs. En fait j’avais fait un choc amnésique à cause de la violence de ce qui m’était arrivé la veille.

Et tu t’en souviens maintenant ?
Toujours pas. Les seuls souvenirs que j’en ai sont ceux qu’on m’a racontés, c’est à dire le bilan de santé et ce que mon ex-mari a vu. Apparemment des mecs se sont introduits dans l’appartement alors que la porte n’était pas fermée à clé, tout ça pour « s’amuser » un peu avec moi. Rien n’a été volé, mais mon mari m’a retrouvée le lendemain matin (il avait nocé toute la nuit), prostrée sous le lit de ma fille, inconsciente, à poil, avec des contusions partout et des croix gammées dessinées sur le corps avec un genre de grosse craie noire. Je ne sais pas si je suis passée près de la mort ou non, mais ce qui est clair c’est que tout ce que j’étais est mort à ce moment-là.

Comment ça ?
Je n’avais plus aucun souvenir de mon passé, de mon enfance, de mon adolescence et encore moins de qui j’étais à l’heure actuelle. Mon nom, mon prénom, le fait que j’avais une fille, que j’étais mariée... On a dû me raconter ma vie pour que je me l’approprie. En gros, ma mère est venue dans ma chambre, elle portait un enfant, elle me disait : « Bonjour, je suis ta maman et elle, c’est ta fille. » Je me disais : « Ah ouais, OK. Bon, très bien. » Mais ça ne provoquait aucun souvenir ni aucun sentiment chez moi. Le seul moment où j’ai tiqué c’est quand on m’a amené mon mari, et qu’on m’a dit : « Voilà, vous êtes sa femme, vous vivez ensemble et vous dormez dans le même lit. » Moi ça faisait déjà trois jours que je regardais des soaps à la télé genre Les Feux de l’amour et j’ai tiré une drôle de gueule quand j’ai vu que mon mari ne ressemblait pas du tout à ce genre de mecs à brushing.