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LE NUMÉRO MODE 2011

Reviews

Voix de gorge, notes qui descendent et riffs de batterie, ne serait-on pas en présence d'un authentique album de hardcore refusant de se soumettre aux codes ­moralistes de la musique populaire (pédés) et aux recherches soniques de l'avant-garde (pédés...
11.4.11

LES OLIVENSTEINS

LUPE FIASCO

TRAP THEM

ART VS. SCIENCE

RAEKWON

Shaolin vs. Wu-Tang

Sony Music

Pour la trentième fois consécutive, le Wu-Tang sort l’album le plus réactionnaire de l’année et le moins susceptible d’être retwitté par un blogueur influent. Je suis désarmé devant leur dénégation permanente de l’époque dans laquelle nous vivons ; ils naviguent quelque part dans un espace-temps où les casques bleus, l’esprit Canal et Roberto Baggio sont des concepts parfaitement identifiables et dans lequel on n’oserait pas imaginer un monde sans Roni Size. En un mot comme en cent, un pur kif en perspective.

RADIO NOVA

LUPE FIASCO

Lasers

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Atlantic

C’est horrible cette musique. Sincèrement, qui écoute cette merde à part les autistes et les chefs de projet de chez NRJ12 ? Devant l’inanité de ce truc, je préfère me terrer dans une clairière avec une bougie et ma haine d’enfant du siècle pour attendre patiemment la fin du monde et la sortie de

Detox

de Dr. Dre.

JIMMY MORE HELL

Sur le spectre qualitatif des sorties rap internationales, cette tape rétrospective des meilleurs beats country-rap herbés de DJ Burn One figure à l’exact ­opposé de l’intolérable merde dont nous a fait part Lupe Fiasco. De la pochette au choix des rappeurs invités (Starlito, Jackie Chain, Freddie Gibbs), on dirait que Burn One a mis un point d’honneur à humilier l’ensemble de la profession, et, comble de l’arrogance, avec un son tellement suave qu’il donne envie de commander des cocktails trop sucrés dont les noms renvoient à une idée mythologique de la Floride. Ce disque est encore plus agréable que plonger ses testicules dans un bain chaud un jour d’orage, ou jouer à

Mario Kart 64

en attendant ses allocations chômage.

KELLY SLAUGHTER

Deepness house d’un genre sexuel chantée par une voix mature de gros noir sur le point de vous draguer lourdement, en particulier si vous êtes un homme. Si vous connaissiez déjà leur single « Without You », alors vous voyez à peu près à quel champ lexical se rattachent ces douces odes à la sueur passionnée. C’est de la musique moustachue qui a envie de coucher avec vous.

JACK LANG

ARTS VS. SCIENCE

The Experiment

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Kobalt

Ce groupe doit être la réunion de potes de lycée, certains engagés dans de difficiles études scientifiques, d’autres dans le glandage bien connu des sections arts plastiques. C’est la seule explication plausible au choix d’un tel nom. Pour ce qui est d’expliquer leur musique, on soupçonne que le groupe est composé de fans de Prodigy, d’Europe, de mauvais hip-hop et de turbines horribles. Dans tous les cas c’est un assemblage hétéroclite et assez indigeste, dont la seule raison vaguement pertinente d’exister est de

réveiller les danceflooooors

des soirées étudiantes de Melbourne ou de Sydney sur les coups de trois heures du matin, quand tout le monde est complètement bourré et se met à siffler en gueulant « alleeeeez », le tout en australien. Autant dire que c’est absolument infernal.

ALEISTER TROLLEY

ELLEN ALLIEN

Dust RMX

Bpitch Control

Je ne comprends pas l’intérêt de ce disque de remixes parce que je n’ai jamais compris à quoi servaient les remixes à part à servir de carburant à la guerre d’indexation et de référencement à laquelle se sont livrés les blogs mp3 jusqu’au développement du téléchargement­ direct et de Mediafire. Seul Tim Hecker s’en est vraiment sorti, en produisant un morceau qui semble réfuter point par point le morceau original d’Ellen Allien au profit d’une longue plage méditative qui pourrait servir de manifeste concret au genre musical que des nerds mélancoliques ont théorisé sous le nom de « nightbus ».

JULIEN CRACK

Je sais pas trop quoi penser de la musique parce que ça fait des années que j’ai arrêté de faire des théories sur la musique électronique et son évolution mais une rate coréenne ex-punk qui sort un album débile sur Tigersushi, c’est typiquement le genre de meuf que j’ai envie de croiser dans une soirée appartement chez un inconnu à quatre heures du matin.

JULIEN CRACK

EGYPTRIXX

Bible Eyes

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Night Slugs

Je pensais vraiment que c’en était fini de cette époque où des producteurs club hyper bons en maxi se retrouvaient signés sur un gros label et nous faisaient le coup de l’album adulte à écouter chez soi. Eh bien non, on a déjà eu James Blake, et c’est forcément décevant mais pas SI catastrophique que ça, et là on a le mec Egyptrixx de Night Slugs qui, malgré un ou deux titres en 4/4 plutôt cool, nous balance un disque d’exotica high-tech mais incertaine, largement agrémenté de dubstep publicitaire (voir la dernière pub Peugeot), le tout plus ou moins hanté par des climats de jeu vidéo pseudo-flippant. On redécouvrira peut-être cet album dans trois ans en se disant que c’est du niveau de, je sais pas, l’album de Brian Eno avec Jon Hassell, mais pour le moment c’est ­surtout complètement ni fait ni à faire.

BRANDADE & MONICA

V/A

Night Slugs All Stars Volume 1

Night Slugs

Salut les gens d’outre-Manche, alors j’ai écouté la compilation de votre label qui cartonne à fond, j’adore toute votre imagerie, vos podcasts sont bien coolos et vous mettez des tracks de Mike Q dedans, ce qui suffit à me faire valider l’ensemble de votre « position », mais vos prods les mecs, je sais pas, faut vous laver moins souvent, traîner avec des rates de 16 ans qui écoutent de la bassline, se maquillent trop et refusent de bien vous parler et surtout, virer cet ingé son qui fait sonner vos morceaux comme des putains de démonstrations de la dernière version de Reason.

BRANDADE & MONICA

Seule la France d’avant aurait pu accoucher de tels râleurs impénitents, des mecs assez déconneurs pour faire des morceaux à la gloire de Patrick Henry et assez cons pour avoir envie de vieillir vite. Je ne dispose plus d’assez de bulles pour dire à quel point cet album défonce, mais si vous aimez les Buzzcocks,

Un monde sans pitié

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, et que l’histoire du prolétariat français vous intéresse, achetez ce disque en format cassette et emmenez-le dans votre Walkman avant d’aller claquer un multiball au flipper le plus proche. Qu’est-ce que tu peux faire contre des phases de type « Je suis fier, fier de ne rien faire/ C’est dur d’être si fainéant quand on aime tant l’argent », à part trépigner sur place et dire que les punks sont la dégénérescence ultime de notre civilisation ? Rien. Trodstyle.

KELLY SLAUGHTER

WEEDEATER

Jason… the Dragon

Southern Lord

Voici l’extrait d’une conversation que j’ai eue avec mon cousin breton à propos de ce disque : « Mangeur de weed ? Mmm, mais quel genre de musique ça peut bien être ? – Comment ça ? – Du “Ska-Punk” ? – Mais ta gueule petit pédé, je te rappelle la différence entre le terme “weed” et le terme “ganja” en contexte musical : des couilles en plus, des Espagnols en moins. En plus tu aurais pu faire la différence entre du stoner metal régulier et des fanfares d’Ibères libertaires rien qu’au titre : il n’y a pas de dragons dans leur univers de lumpenpro­létaires, uniquement des Gorgones qui ­commandent des armées de chiens. Allez, maintenant va t’acheter des feuilles, minus (j’essaye de remettre ce terme au goût du jour). Spagne ! Spagne ! »

COLONEL TAMER

BORIS WITH MERZBOW

Klatter

Daymare

Habiter Detroit facilite sans doute une certaine compréhension de la techno, même quand on joue dans un groupe de « hyper-blues » qui tire dangereusement vers le hard-rock. Cela étant, on ne comprend toujours pas comment ce qui aurait pu constituer un exercice de style somme toute déconneur sur une face B – à savoir reprendre des classiques techno avec l’emphase d’un groupe hard-rock – en arrive à s’imposer sur un LP complet. Parce que même si c’est plutôt marrant sur le papier, on en arrive à un truc rapidement pénible lorsque cette figure de style parfaitement inutile s’étire sur neuf titres. Surtout, étendue ainsi, l’idée de départ s’avère, il faut l’admettre, absolument débile.

ALI HAINE

TRAP THEM

Darker Handcraft

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Prosthetic Records

Voix de gorge, notes qui descendent et riffs de batterie, ne serait-on pas en présence d’un authentique album de hardcore refusant de se soumettre aux codes ­moralistes de la musique populaire (pédés) et aux recherches soniques de l’avant-garde (pédés !) ? Je crois que si. Les codes sont à ce point restés les mêmes depuis 1985 qu’il est difficile de trouver « immorale » quelque particularité que ce soit dans ce carnaval de l’ultra-violence, à part peut-être leur manière de porter la barbiche. Outre ce détail, c’est quand même un excellent album de sexe masculin que viennent de sortir ces types, puisqu’il y a au moins trois morceaux que je trouve « pas mal » dedans et même un que je trouve « très bien ».

STOMY BALLSY

Merzbow c’est vraiment le cousin du sud un peu embarrassant de ­Stephen O’Malley.

LADY DE NANTES

Pourquoi tous les frontmen des groupes qui se réfugient sous l’élégante bannière new wave se bornent obstinément à prendre la même voix gutturale et triste (interprétation possible : « j’aime bien Joy Division ») pour raconter leurs histoires de villes endormies et d’escapades hors du temps ? Ça me soûle, j’ai l’impression d’entendre des mecs qui se plaignent et qui m’engueulent en même temps, un peu comme cette méthode pétée du « gentil flic et du méchant flic », mais détournée en ­musique sous la forme la plus sournoise et insidieuse qui soit. Heureusement que mes connaissances en psychologie m’auront permis de mettre des mots sur cette odieuse ­machination de la part de l’industrie du disque. Vous êtes cernés, les décideurs.

STOMY BALLSY

THE OSCILLATION

Veils

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All Time Low

Faire du sonic rock inspiré par Spacemen 3 et les rêves fiévreux et nauséeux provoqués par l’héroïne en 2011, c’est sans doute le meilleur moyen de faire comprendre à ses parents que c’est encore pas cette année qu’on passera les concours administratifs ou qu’on se mettra à la recherche d’un master II professionnalisant.

JULIEN CRACK

J MASCIS

Several Shades of Why

Sub Pop

Ce gars pourrait se servir d’une perceuse, chanter par-dessus en agitant ses longs cheveux de hippie triste, l’ensemble pourrait être enregistré au téléphone portable et encodé en 64 kb, eh bien ce serait quand même mon album préféré de l’année ; je vous laisse donc imaginer ce que ça donne lorsqu’il joue de la guitare, que l’enregistrement est de qualité et le disque vraiment chouette. À un moment, on croirait presque que la guerre, la mort et la maladie appartiennent à un passé ­révolu, que l’avenir est radieux et que les clichés du genre « ce disque est parfait pour un dimanche matin, etc » sans cesse rabattus par les abrutis fans de disques stupides atteignent une véritable pertinence.

MARCEL SANGEL

CULT OF YOUTH

Cult of Youth

Sacred Bones

Ce disque a tout pour plaire à ma conscience déchirée d’Occidental qui n’est contemporain qu’à son corps défendant : une médiane bien droite entre Joy ­Division et Death in June, une bonne synthèse des différents courants de neofolk, des immeubles à l’abandon, des peuples à l’abandon, des pierres taillées, des ruines, des runes. Je regrette juste que la voix du mec conserve quelque chose du grand bazar des années 1970, et que la musique en général cultive un peu trop le côté païen-festif-feu druidique et pas assez le courant d’air froid qui charrie les cendres du siècle des idéologies.

MARCO POLIO

TEEEL

Amulet

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Moodgadget

Le revival shoegaze est allé tellement loin qu’il est arrivé à une sorte de point de retournement. Comme si le seul moyen de restituer un peu de nouveauté à une scène qui s’essoufle était d’arrêter de pomper Jesus & Mary Chain pour pomper les albums des Raveonettes qui pompent le plus Jesus & Mary Chain.

LADY DE NANTES

GRAILS

Deep Politics

Temporary Residence

C’est ma dernière chronique, l’occasion pour moi d’être franc. Je ne connais pas ce groupe et je m’en tape. Le groupe Grails ? L’album

Deep Politics

(DP) ? Le post-rock aux accents trip-hop et symphoniques ? Ca existe depuis douze ans ? OK, rien à branler. Y’a trop de groupes, trop de musique partout, tout le temps. Tout ça va trop vite et même si j’avais du temps à perdre, je ne pourrais pas suivre. J’aime pas les nouveautés, je ne suis pas un « passionné », j’écoute les mêmes choses tout le temps et il n’y a pratiquement rien qui date des années 2000 dans mes 25 morceaux les plus écoutés sur iTunes. Je ne sais plus quoi inventer comme conneries pour écrire mes chroniques. Je mets un smiley parce que là, j’ai l’air d’un clown triste. Allez, bisous.

CHARLES MOREASS

TUNE-YARDS

Whokill

4AD

Je n’en veux pas trop à cette musique, même si je suis sûr que les membres de ce groupe font du surf ou jouent du banjo. D’ailleurs c’est le cas, je suis leur Myspace, là. Ils prennent aussi un accent « caribéen » sur la plupart de leurs morceaux et s’enduisent le corps de peinture, visiblement en référence à l’idée qu’ils se font des communautés tribales d’Afrique de l’Est qui célèbrent le soleil et placent la procréation au centre de l’échange social. Ils ont tellement envie d’être noirs et s’y prennent d’une façon tellement maladroite qu’on ne peut qu’être touché par leur sincérité de colons coupables. Bravo à vous Tune-Yards, vous avez sorti le disque le plus blanc de l’année.

JIMMY MORE HELL

MOUNTAIN GOATS

All Eternal’s Deck

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Merge

Mais pourquoi est-ce que les mecs qui font cette musique entre le rock et la ballade folk ont toujours ces horribles tics de voix et intonations insupportables ? Pourquoi se sentent-ils dans l’obligation de surjouer chacune de leurs phrases comme s’ils avaient à convaincre l’auditeur de la profondeur de leurs textes, de leur authenticité voire de leur urgence, comme si durant trois minutes ils se prenaient pour des prêcheurs pacifistes dénonçant les horreurs de la guerre civile à Belfast en 1982 ? Pourquoi s’obstinent-ils à être, encore et toujours, plus que des chanteurs ? On ne sait pas. Mais il semble sacrément difficile de se défaire de cette ­manie de théâtreux ultra pénible pour le chanteur de Mountain Goats. Optons donc pour l’hypothèse fan de Brecht.

ALI HAINE

Cet album de chillwave décomplexée est ce qui se rapproche le plus de l’imaginaire « fashion week » depuis le dernier album de M83 et l’interview « secrets de beauté » de Garance Doré dans un vieux numéro de

Elle

. Il intervient surtout à point nommé en conclusion de ce numéro mode, pour nous rappeler, à contre-courant des interviews et articles complaisants qui peuplent ces pages, que le monde de la mode est un abîme d’ennui.

UN RÉDACTEUR DU NUMERO MODE

HYPE WILLIAMS

One Nation

Hippos in Tanks

Bon, ce serait facile de défoncer ce disque en sortant l’habituelle argumentation déconstructionniste du « c’est juste un mélange de ci et de ça, ce ne sont que des marqueurs, que des signes », mais bon, globalement on s’ennuie quand même beaucoup, il y a une sorte d’inconsistance qui pourrait presque être intéressante, mais en fait non. Comment dire, les interviews de Hype Williams sont chanmé et je suis super excité par le principe d’aller fouiller les déchetteries sonores de la culture du divertissement 80s et 90s, mais après, disons qu’il faut quand même une sorte de forme pour rendre tout ça actif et nécessaire, sinon ça tourne à l’art sonore, à l’installation de galerie londonienne, et donc on s’emmerde. Après, on peut toujours écouter ça en fond musical pour ­fumer de la weed. C’est toujours ça de pris.

BRANDADE & MONICA

DAEDELUS

Bespoke

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Ninja Tune

Déjà, le trip-hop c’est chiant depuis

187 : code meurtre

. Mais quand le trip-hop incorpore de la bossa nova éthérée, des orchestrations à la fois magistrales et triviales à la Yann Tiersen  et des tapisseries, draperies et drapés baroques, ça donne un truc aussi étouffant qu’un complexe d’Œdipe.

KARIM BENZEDRINE

JAMES PANTS

James Pants

Stones Throw

Ce disque réussit l’exploit de réellement impressionner vos collègues un peu amish du rock indé, de montrer la voie à vos potes crate diggers baba-funky déboussolés depuis que Stones Throw sort des anthologies minimal wave, et même de faire taire les quasi quadras freak-folk soi-disant revenus de tout. James Pants est le genre de type qui se gare au milieu d’un échangeur routier, sort de sa Honda Civic toute pourrave et bloque la circulation dans la bonne humeur en jouant sans s’arrêter un espèce de mélange subtil et digeste de kraut, de néo-Suicide, d’hypnagogique et de disco-pop sucrée mais lo-fi. Ça me donne presque envie de passer le permis.

ÉTIENNE MINOU