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Rubber : À l'époque où Rubber était sorti, j'avais voulu interviewer Quentin Dupieux à propos de films de monstres parce que pour moi son dernier film était un merveilleux manifeste...

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15 Avril 2011, 12:00am


  RUBBER 
Quentin Dupieux
Blaq Out


À l’époque où Rubber était sorti, j’avais voulu interviewer Quentin Dupieux à propos de films de monstres parce que pour moi son dernier film était un merveilleux manifeste pour le cinéma garage et un vibrant hommage au cinéma de monstres en caoutchouc – que j’aime plus que tout autre – tout comme Schlock en son temps. Mais Dupieux était insaisissable. Ça m’a vénèr et depuis j’ai un biff professionnel à son égard. De fait, je profite de cette tribune pour te le dire, Dupieux, il n’est pas trop tard pour parler de films de monstres parce que toute cette campagne de hipsters qui se vautraient dans des inepties à propos du non-sens que tu leur servais à l’époque, il m’ont cassé les couilles et ils parlaient super mal du meilleur film français depuis France Société Anonyme.

ALAIN CORNIAUD




  SCOTT PILGRIM VS THE WORLD
Edgar Wright
Universal


Vu le nombre de spectateurs qui sont allés voir Scott Pilgrim lors de sa sortie technique en France, je ne crois pas trop me mouiller en disant que vous n’avez pas vu l’un des meilleurs films de la décennie et comme on pourra le constater dans quatre-vingt-neuf ans, du siècle. Depuis que mon fils de 6 ans a découvert les vertus du rock et la peur du végétalisme à travers ce film, je suis d’autant plus convaincu de l’importance de celui-ci et du fait qu’il marquera les générations à venir comme Les Goonies ou Retour vers le futur ont pu marquer la mienne. À la différence près que Scott Pilgrim t’apprend beaucoup plus la vie et le cinéma que les deux films évoqués précédemment. Il me faudrait un peu plus de mots pour vous convaincre de l’importance définitive de ce film, d’à quel point il va marquer au fer rouge l’allégresse de votre vie mais aussi vous sortir des trous suintants dans lesquels vous vous trouvez certains matins où, vous savez, tout va mal. Imaginez 50 shots de vodka Red Bull sans hangover ni descente. C’est un peu l’effet que Scott Pilgrim produira sur votre santé physique et mentale.

SUSHI SPACEK



  L'ALCOOL ET LA NOSTALGIE
Mathias Énard
Inculte


Après Zone, Mathias Enard récidive. Il reprend le train. Cette fois c’est le Transsibérien (ce bâtard). Voilà, on ne sait pas trop quoi dire d’autre. Achetez-le ? Au départ, on avait décidé de devenir journaliste pour aller dans des endroits fous, on a fini par se retrouver bloqué à Paris à recevoir dix mille communiqués de presse par jour. Heureusement, les maisons d’édition nous envoient des livres qui parlent d’endroits lointains et ça nous fait aller mieux. Quoi d’autre ? Ah oui, c’est l’histoire d’un trio amoureux. Plus spécifiquement, c’est l’histoire d’un mec en difficulté – il n’arrive pas à écrire – qui traverse la Russie pour aller voir un pote mort. Il passe par des villes genre Perm ou Ekaterinbourg, il boit pour oublier et parfois, pour se souvenir. Il parle du passé, de la mort et d’une femme qu’il aime (qui en viendra à se faire suspendre par des crochets au plafond pour être moins triste). Autant d’activités que nous cautionnons. Ce roman n’est pas écrit en une seule phrase, contrairement à Zone, mais on dirait que si, tellement le texte avance. On le prendra comme bréviaire si on fait le voyage, pour halluciner des pans entiers de l’histoire russe. En attendant, comme le narrateur, on se surprend à répéter des vers de Mandelstam, l’air égaré : Ещë не умер ты, ещë ты не один. Voilà, autant dire que vous êtes bien emmerdés.

CERTO



  APRÈS BADIOU
Mehdi Belhaj Kacem
Grasset


Mehdi Belhaj Kacem est comme Thomas Bernhard, il n’insulte personne et pourtant, grâce à ce livre, je le classe facile dans le top 3 de mes haters préférés, avec Thomas Bernhard, justement, et Nietzsche, qui a écrit le livre que j’ai le plus relu au monde (Le Cas Wagner), juste pour tomber avec un émerveillement toujours renouvelé sur cette petite phrase : « Wagner est une maladie. » Ce bouquin est jubilatoire : une charge en règle contre un « Grandphilosophe » à système – Badiou, s’il faut le nommer –, un ­ouvrage qui réaffirme la nécessité de penser le Mal en philosophie et qui, au final, pose le primat de l’anarchisme sur le marxisme-léninisme badiousien. Et c’est très intelligent en restant compréhensible, même pour moi. Au début, MBK écrivait des jolis romans, ensuite il s’est mis à la philo en autodidacte, et je crois qu’on lui en a voulu, mais je crois aussi qu’il a bien fait. Ce livre me donne envie d’aller crier « Dégage » en me tambourinant le torse sur le parvis de l’Élysée (d’ailleurs, je vous rappelle que les canons des Invalides sont pointés sur l’Élysée, parce qu’on est en démocratie, bordel, et que je ne suis pas sujette à la haine de la démocratie, même si je me rappelle avoir été touchée, une fois, par l’argument du grand con qui faisait la queue devant moi à la cafèt’ de Sciences Po et qui disait que ce qui le gênait dans la démocratie, c’était que sa voix comptait autant que celle de sa coiffeuse), ou de faire un tour au Père-Lachaise, non pour admirer une tombe débile mais pour le mur des Fusillés de la Commune. Lisez. Pensez. Sucez.

BARBIE D’AUBERVILLIERS