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Pourquoi les jeunes adultes sont-ils autant affectés par les maladies mentales ?

Entre alcool, stress pour un job sous-payé et recherche désespérée d'un studio, les post-adolescents sont nombreux à sombrer dans la dépression.
4.2.16

Illustration de Joel Benjamin

Le cliché de l'adolescent effrayé et angoissé à l'idée de devenir adulte est tenace – et cela n'a rien d'un hasard. Quitter le domicile familial, aller à l'université, décrocher un boulot, consommer de la drogue, boire de l'alcool… Devenir un adulte est difficile, c'est une certitude. Pas étonnant que cette période soit souvent associée avec la dépression. Mais ce stéréotype résiste-t-il à l'épreuve des faits ? Et qu'en est-il des gamins de bonnes familles, sans doute moins stressés à l'idée de chercher un job minable pour financer leurs études ? La manifestation d'un trouble mental à cet âge a-t-il un rapport avec de simples facteurs environnementaux ? Le biologique a-t-il encore son mot à dire ?

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Pour tenter de répondre à toutes ces questions, j'ai téléphoné au docteur Johanna Jarcho, une doctorante membre du National Institute of Mental Health. Sa spécialité est la comparaison du développement du cerveau chez les individus en bonne santé et chez ceux souffrant de troubles mentaux – en se concentrant particulièrement sur le facteur de l'anxiété. Elle m'a expliqué en quoi conditions sociales et développement du cerveau sont liés, et pourquoi il est essentiel d'être diagnostiqué le plus tôt possible.

VICE : On entend souvent dire que les troubles mentaux se déclarent chez les adolescents et les jeunes adultes. Des données scientifiques confirment-elles cette affirmation ?
Johanna Jarcho : Oui, 90% des troubles mentaux apparaissent au cours de cette période. Les études tendent à montrer que cela s'explique par la spécificité de l'adolescence, qui est une période de profondes mutations pour le cerveau. La plasticité cérébrale est telle qu'un cerveau se développe jusqu'au début de votre vingtaine, notamment sous l'influence de facteurs tels que l'environnement social.

Le début de l'âge adulte est une période de changements majeurs, pour la plupart socio-économiques. Existe-t-il un moyen de déterminer l'impact de l'environnement sur le développement cérébral ?
Certaines pathologies mentales ont tendance à être associées à une cause génétique, d'autres à des facteurs environnementaux. La schizophrénie et les troubles bipolaires sont généralement liés à des facteurs héréditaires. Si l'un de vos parents manifeste un de ces troubles, vous êtes un sujet « à risque ». En revanche, pour la dépression et l'anxiété, le facteur héréditaire rentre assez peu en compte.
Malgré cela, il est toujours très difficile de déterminer la part du biologique et la part environnementale. Une étude approfondie de notre patrimoine génétique nous a appris que c'est l'interaction entre le social et le biologique qui explique en totalité la naissance d'une pathologie.

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Un trouble mental n'est donc pas forcément inévitable, même si vous êtes une personne « à risque » ?
Non. Parmi nous, beaucoup ont tendance à se concentrer sur le négatif. Il faut garder à l'esprit que l'on peut agir pour éviter de développer des pathologies mentales.
Pour ce faire, il est important de connaître votre patrimoine génétique familial. Partons du principe que l'un de vos parents souffre d'une psychopathologie. Si, en plus, on se rend compte que vous avez des problèmes de sociabilité dès votre enfance, vos parents devront faire très attention à votre évolution.

Si un individu développe les premiers symptômes de troubles mentaux, que doit-il faire ?
La seule chose à faire est de recevoir un traitement adapté le plus tôt possible. Plus une pathologie a le temps de « s'installer », plus il est difficile de s'en débarrasser.

La prise en charge paraît tellement complexe que je suis sûr que de nombreux malades se disent « je suis déprimé et anxieux, mais ça finira par aller mieux ».
Sans doute, mais vous ne devez surtout pas oublier que vos symptômes risquent de devenir incurables. Vous économisez de l'argent sur le court terme, mais vous paierez le prix sur le long terme.

Vous admettez qu'il n'existera jamais de remède miracle ?
Ce serait vraiment génial, mais nous n'en sommes tout simplement pas là.

En ce qui concerne le bien-être et la santé mentale, les savoirs ne cessent d'évoluer, et de se contredire. Pour prendre un exemple concret, je lis souvent des articles qui précisent que le vin rouge est mauvais pour la santé, alors que d'autres affirment qu'il peut avoir des vertus. Pour quelqu'un qui n'y connaît pas grand-chose, cela peut devenir vraiment déroutant.
Il faut admettre que vous avons surestimé les avancées du savoir. J'en reviens à l'exemple des gènes. Après avoir décodé le génome humain, on s'est dit : « Oh, maintenant on saura tout. On pourra tout guérir. » La multiplication des connaissances au sujet des pathologies mentales n'a pas simplifié la situation, bien au contraire. Les scientifiques ont réalisé que la réalité était bien plus complexe qu'ils ne l'imaginaient.
Très souvent, les journaux décrivent les choses de manière simpliste et donnent de faux espoirs aux gens. Ils écrivent des choses comme : « Voici l'endroit du cerveau où la dépression est localisée », comme si, une fois cet endroit précis « guéri », tout irait mieux. Ce n'est pas si simple. En ce moment, nous commençons simplement à découvrir l'étendue de ce que nous ignorons complètement. C'est terrifiant.

Y a-t-il autre chose que les jeunes adultes devraient savoir à propos de la santé mentale ?
Ces individus doivent avant tout être rassurés. On doit leur dire que la plupart des troubles mentaux qui frappent les vingtenaires finissent par s'amoindrir. De plus, il ne faut pas considérer le recours à un professionnel comme quelque chose de négatif. Pensez-y comme à une condition nécessaire à votre bien-être, comme un contrôle de routine. Pour résumer, il ne faut pas hésiter à évoquer la naissance de troubles psychologiques, afin que leur traitement demeure envisageable.

Hanson est sur Twitter