Les photos d’archives du Hollywood décadent des années 1950

Orgies, occultisme et morts violentes : des images du temps où le Sunset Strip était la porte des Enfers.

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nov. 15 2016, 6:00am


Il fut un temps reculé où le strip de Los Angeles, Californie, offrait un biotope verdoyant à tous les acteurs, réalisateurs, producteurs et autres stars du cinéma folles à lier. C'était dans les années 1940, 50 et 60. Leur environnement fait de flammes, de partouzes, de carrières torpillées par les egos, « d'héroïnes sous héroïne », de suicides et de harems, fut immortalisé par l'auteur et réalisateur Kenneth Anger dans son célèbre livre Hollywood Babylone paru en langue anglaise en 1975 et sa suite, Retour à Babylone.

Chantre de l'homo-érotisme, réalisateur des courts-métrages cultes « Scorpio Rising » ou « Fireworks », et membre émérite de la secte occulte Thelema du sataniste Aleister Crowley, Kenneth Anger a tout vu de l'âge d'or d'Hollywood. De même, il a connu et fréquenté toutes ses figures : Robert Mitchum, Alfred Hitchcock, Frances Farmer, et à peu près toutes les grandes stars du cinéma international de l'après-Seconde Guerre mondiale. « L'influence démoniaque [d'Hollywood] égalait la décadence mythique de l'ancienne Babylone », a-t-il déclaré à propos du Los Angeles de ces années-là dans les pages de son Hollywood Babylone.

Aujourd'hui, Anger travaille toujours à Los Angeles. Mieux, il vit encore sur Sunset Boulevard. Âgé de 89 ans, il vient de publier en France, toujours aux éditions Tristram, une version complétée d'Hollywood Babylone, agrémentée de nombreuses photos d'époque. On y voit Mitchum en train de sortir de prison, Sharon Tate quelques mois avant son assassinat, et pas mal de cadavres de stars en voiture ou chez eux. C'est sordide et fascinant, comme toutes les images publiées ci-dessous.

Toutes les photos sont publiées avec l'aimable autorisation des éditions Tristram.

Cas quasi-clinique du syndrome hollywoodien de l'époque : Roscoe « Fatty » Arbuckle. Affable plombier de 120 kg découvert par Mack Sennett en 1913, catapulté du jour au lendemain star de comédies burlesques, il finit par violer quatre ans plus tard Virginia Rappe, une jeune mannequin de Chicago, « vraisemblablement avec une bouteille ». La victime décédera cinq jours après son agression d'une péritonite suite à une rupture de la vessie. Elle avait 25 ans. Mis au ban des plateaux de tournage, Fatty la star des petits et des grands, a peu à peu sombré dans l'alcoolisme. Le voici pendant cette période, assez mal en point.

Décédé à l'âge de 31 ans d'une péritonite – beaucoup parlèrent à l'époque d'une vengeance à l'arsenic –, l'acteur italien naturalisé américain Rudolph Valentino avait été traité à l'époque de « tapette à poudre » par un éditorialiste du Chicago Tribune . Sur son lit de chevet l'homme, « endurant stoïquement de terribles souffrances, apostropha les médecins présents à son chevet : "Et là, je me comporte comme une tapette à poudre peut-être ? » rapporte Anger. Celui-ci ajoute : « À la nouvelle de sa mort, deux femmes tentèrent de se suicider devant l'hôpital polyclinique ; à Londres, une jeune femme prit du poison devant une photo portant son autographe ; à Paris, un garçon d'ascenseur du Ritz fut retrouvé mort sur un lit, couvert de photos de l'icone. »

Intoxication au monoxyde de carbone, règlement de compte ou crime passionnel ? L'assassinat de l'actrice Thelma Todd, retrouvée recroquevillée, en sang, dans son cabriolet Packard, ne fut jamais résolue. Le meurtre de la comédienne, qui tournait avec Laurel et Hardy ou les Marx Brothers demeure, pour Kenneth Anger, « parmi les énigmes les plus frustrantes de l'histoire d'Hollywood. »

En 1942, la carrière de la comédienne star Frances Farmer s'effondre. Celle qui avait tourné aux côtés de Cary Grant, Ray Milland et travaillé pour Elia Kazan, se retrouve en état d'arrestation pour conduite en état d'ivresse ; elle est condamnée à 180 jours de détention. En 1943, elle est déclarée « malade mentale » et forcée à subir un traitement de choc à base d'hypoglycémies provoquées par des injections d'insuline. En 1944, Farmer est définitivement internée sur ordre de sa mère. Cette dernière, selon Anger, « attribua la responsabilité de la dépression nerveuse de Frances au communisme international ».

L'acteur Robert Mitchum lors de sa sortie de prison. Il avait alors pris deux mois pour possession de weed. « À sa sortie, sa popularité était parfaitement intacte », note Kenneth Anger.

L'actrice Jayne Mansfield, alors au sommet de sa carrière.

Quelques années plus tard, en juin 1967, la même Jayne Mansfield « passée de vie à fracas sur une route pluivieuse », selon les dires d'Anger.

Sharon Tate, au réveil, avant son massacre en 1969 par la Famille Manson.

Lana Turner, ici en déesse de l'écran. Proclamée « Reine de la MGM » par les médias d'époque, la jeune comédienne a enchaîné les triomphes. En 1946 elle « comptait parmi les dix femmes les mieux payées du pays », confie Anger. « Elle enchaîna aussi les messieurs. Ses aventures sentimentales – avec Frank Sinatra, Howard Hughes, Tyrone Power ou Fernando Lamas – ont rempli les colonnes de la presse pendant vingt ans. »

Voici le cadavre de son dernier amant en date, le gangster Johnny Stompanato. Ce dernier fut éventré par Cheryl, la fille de Lana Turner, un soir de dispute en avril 1958.

« À l'époque où Hollywood devint la capitale mondiale du cinéma, les personnages douteux fondirent sur la ville en plein essor telles des nuées de phalènes attirées par la lumière des projecteurs », raconte Anger. « Des milliers de jeunes naïfs, en proie à la fascination de l'écran, se laissaient séduire par les promesses bidon "d'écoles de la vocation" – une ruée vers l'or des dupes qui ne laissa sur le carreau que d'amères épaves. » Ces nombreuses bonnes poires au joli visage, bercées d'illusions, furent nombreuses à sombrer dans la prostitution. « Ces nouvelles recrues des rues de Los Angeles se disaient "figurantes au cinéma" pour échapper aux lois californiennes relatives au vagabondage », poursuit-il. En voici ici un harem entier.

L'édition de luxe, reliée, enrichie et définitive de « Hollywood Babylone » est parue aux éditions Tristram.

Théophile est sur Twitter.

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