Publicité
Cet article a été publié il y a plus de 5 ans
Musique

Wasted Life - Pink Floyd s'est bien foutu de notre gueule

Un jour, un camarade de classe du lycée m'a dit que le film The Wall avait deux significations.

par Moe Bishop
27 Octobre 2011, 12:00am

Un jour, un camarade de classe du lycée m'a dit que le film d'Alan Parker, Pink Floyd : The Wall (1982), avait deux significations. Une pour les spectateurs sobres, et une qui ne pouvait être comprise « que sous acide ». Étant donné qu'il venait de mater le film complètement défoncé, ce jeune adolescent a tenté de m'expliquer le message caché qu'essayaient de transmettre les mecs du Floyd, et dans les détails. J'ai eu du mal à écouter ce qu'il me disait parce qu'à ce moment là, j'était justement très occupé à graver les paroles de « Angel of Death » dans ma cuisse à l'aide d'un couteau de cuisine. Et puis, j'avais un peu de mal à concevoir que Roger Waters avait quoique ce soit d'utile à m'apprendre (Soutenir l'écologie ? Acheter pas cher, revendre cher ? Surfer à poil ?). Je crois que pour mon camarade de classe, l'interprétation de The Wall était que le fascisme, ça craint. Ou un truc dans ce genre là.

Il y avait vraiment un message caché sur The Wall, en 1979. Si on se penchait au dessus de notre lecteur vinyl avec un casque, et qu'on tournait le disque à l'envers avec sa main pile au bon moment pendant « Empty Space », on pouvait entendre la voix de Roger Waters vous félicitant d'avoir trouvé le « message secret ». Sa voix vous donnait ensuite des instructions pour envoyer votre « réponse » (à quoi... mystère) à « Old Pink, la ''ferme amusante'' de Chalfont », mais Roger était demandé au téléphone avant de pouvoir finir le message. Globalement, cela signifiait qu'on l'avait dans le cul, nous qui avions passé une heure et demie debout à côté de notre tourne disque, défoncé, à poser nos doigts graisseux et à suer à grosses gouttes sur la face B de notre double album payé une blinde, en ruinant notre platine au passage. Mais Pink Floyd s'en battait bien les couilles.

Les messages cachés sont une part importante de la mythologie du rock. Les Beatles étaient censés nous révéler que Paul était mort et qu'il avait été remplacé par un sosie, ou si vous étiez Charles Manson, que l'heure de la guerre raciale était venue. Dans les années qui ont suivies, Led Zeppelin et Judas Priest étaient censés contrôler l'esprit de leurs auditeurs à l'aide de commandes subliminales irrésistibles. Dans les années 1970, des Chrétiens toqués ont insisté sur le fait que Zeppelin avait façonné des paroles qui, jouées à l'envers, disaient des choses du genre « Ceci est pour mon ami Satan ! » et « Dois-je désormais te détester, paroissien ? ». Selon les Chrétiens, cette technique de « dissimulation inversée » permettait aux rockers d'implanter des suggestions dans le subconscient de n'importe quelle personne qui les écoutait.

Cette charmante croyance folklorique a fait parler d'elle en 1990, quand deux familles ont collé un procès à Priest, au Nevada, pour avoir placé des messages subliminaux dans leur reprise de « Dream Weaver » de Gary Wright. En décembre 1985, deux adolescents fans de métal avaient passé une soirée à enchaîner des bières, fumer des gros joints, et écouter Stained Class à fond jusqu'à se tirer une balle dans la tête. Celui qui a survécu a dit que la musique de Priest les avait complètement « mis en transe », et les avait poussés à se tirer dessus. Tour à tour, les avocats des deux familles ont affirmé que Priest désirait que leurs fans se suicident en masse. Argument justifié par les messages masqués supposés : des recommandations de type « essaye le suicide, mec » et « mourrons tous », ont été décelés sur la version inversée du morceau Wright. Comme toutes les autres déclarations de ce genre, ça n'avait aucun sens, sauf pour ceux qui étaient véritablement déterminés à le croire. Ce qui est malheureusement le cas de beaucoup de gens.

Pour autant, ces mêmes gens ont trouvé bien moins de messages subliminaux dans la pop music des années 1990. Les paroles étaient devenues tellement explicites qu'elles ne laissaient plus vraiment de place à l'interprétation. Par exemple, il serait difficile de dire que « Meat Hook Sodomy » de Cannibal Corpse contient un message subliminal sinistre qu'on ne peut entendre que si on écoute très attentivement. Tout est déjà dans le titre. Pour les mêmes raisons, personne ne s'est dit qu'il y avait un message caché dans « Get Off My Dick & Tell Yo Bitch To Come Here » de Ice Cube. Aujourd'hui, la seule artiste pop qui continue de faire vivre la tradition diabolique des messages cachés est probablement Taylor Swift, dont les paroles contiennent de mystérieuses envolées cryptées comme dans « CMT Awards » (CMT = Country Music Television) et « Move Out in July ». Que Dieu protège les siens.

MOE BISHOP

Tagged:
Vice Blog