Cet essaim de drones est autonome en énergie et vous suivra partout

Des chercheurs ont imaginé un "Internet des drones" capable de produire sa propre énergie sans intervention humaine. Une idée proprement terrifiante.

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23 Janvier 2018, 11:01am

Lorsque l'on est chercheur en machine learning, on tombe régulièrement sur des projets parfaitement dystopiques déguisés en solution miraculeuse à un problème théorique. Prenez, par exemple, cet article publié ce mois-ci dans la revue IEEE Communications Magazine par une équipe de chercheurs de l'université de Cambridge et de l'université Koç, et portant sur des drones à consommation énergétique neutre (enIoD).

Les machiavéliques chercheurs à l'origine de cette étude ont imaginé une infrastructure gérant un réseau de drones de surveillance capables de voler sans effectuer de pause, et fonctionnant jour et nuit. Cette dernière permettrait de gérer de manière fluide les déplacements des drones et les transferts de données, intégrés de manière fine au fonctionnement de l'ensemble du réseau. La principale caractéristique de l'infrastructure enIoD est une grande résilience : elle se répare de manière autonome, rééquilibrant en permanence l'ensemble de ses paramètres, et ne nécessite presque aucun contrôle humain.

Avec enloD, les drones font office de nœuds du réseau, mais également de connexions entre ces nœuds. Si une liaison de communication vient à échouer au sein même du réseau, que ce soit entre plusieurs drones, entre des drones et des satellites, ou entre des drones et des stations au sol, les drones se chargeront eux-mêmes de transporter physiquement les paquets de données pour compenser la faille. Même chose avec l’électricité : si une station de charge arrive à court de batterie, un drone peut transporter de l'énergie à partir d'une station mieux chargée.

Image : Long et al.

La neutralité énergétique du réseau est garantie par un système hybride de collecte d'énergie reposant sur des sources d'énergie renouvelable à petite échelle. Au lieu d'un système classique où chaque station de charge puise dans le réseau d'alimentation électrique, ici les stations possèdent leurs propres cellules photovoltaïques ou leur propre éolienne. Ainsi, le réseau énergétique dont dépendent les stations de charge est, encore une fois, constitué par les drones eux-mêmes.

Ainsi, les drones qui composent le réseau n'ont jamais besoin de se poser. Ce système est rendu possible par des systèmes de transfert d'énergie sans fil : grâce à des stations de charge sans fil réparties sur une large zone, les drones peuvent voler quasiment sans interruption/sans atterrissage.

Le but de ce réseau est de garder un œil sur les drones de loisir, qui représentent, selon les auteurs de l’étude, des vecteurs permettant aux terroristes d’attaquer les civils.

« Du fait du rapide développement de la technologie ADr (NDLR : pour Advanced dielectric Radiation Trap, une technologie avancée capable de piéger les champs électriques), ils sont devenus très accessibles », écrivent-ils. « Hélas, certains drones de loisir peuvent être utilisés à des fins malveillantes. Afin de faire face aux menaces qu’ils représentent, le recours aux drones de surveillance est essentiel pour surveiller, traquer et brouiller les drones récréatifs. Les drones de surveillance peuvent détecter, suivre et localiser les drones malveillants afin de prendre des mesures de prévention et/ou les combattre pour réduire le nombre de victimes. »

On a du mal à se laisser convaincre par le bien-fondé de cette application, et on se dit qu'au fond, enIoD constitue avant tout une solution en quête d'un problème. Les chercheurs pensent-ils que le concept de réseau de drones autonome est suffisamment cool (et terrifiant) pour être formalisé sur le plan théorique au mépris d'applications potentielles bien concrètes ? Sans doute. Ce qui est sûr, c'est qu'il est très facile d'imaginer de nouveaux usages des drones qui n'impliquent pas la surveillance omniprésente et continuelle de nos faits et gestes, et qu'il serait peut-être bon de se concentrer sur ceux-là.