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Culture

Comment votre corps fait-il pour tenir le coup en festival ?

Nous avons posé la question à un expert en substances illicites, qui en a profité pour dispenser quelques conseils bien utiles.

par David Hillier
25 Juillet 2018, 3:17pm

Photo : Jasper Jacobs / AFP

Saint-Paul, épitre 1 Corinthiens 6 :19, « Votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous ». Si tel est le cas, pourquoi diable allons nous en festival pour malmener notre temple à coups de bières chaudes au petit déjeuner, de drogues, de manque de sommeil, de marathons de danse et de dîners à base de bonbons Haribo, le tout avec des mains lavées une fois tous les trois jours dans des toilettes publiques colonisées par les bactéries ?

Et pourtant, bizarrement, nos temples tiennent bon. On se réveille confus et courbaturé, mais après quelques heures de pleurnicheries et de méditations silencieuses sur un potentiel retour un jour plus tôt, on continue. Comment est-ce possible ? Comment pouvons-nous passer trois, quatre, voire sept jours en festival sans mourir, ou au moins être hospitalisé ? Pour le savoir, nous avons contacté Guy Jones, directeur du Reagents Test UK, et expert en substances illicites.

VICE : Lorsqu'on arrive en festival, le corps se met-il en mode survie ?
Guy Jones : On peut dire ça oui. Votre corps libère une hormone du stress appelée cortisol, il constate que les conditions sont inhabituelles et essaie donc de modifier quelque chose. Par exemple il réalise qu’il ne s’est pas endormi, qu’on exige de lui une activité physique totale, et qu’il a été exposé à ce qu’il pourrait considérer comme du poison. Il commence donc à mettre en place des méthodes de réparation pour lui permettre de faire face à tout cela.

Qu'impliquent ces méthodes de réparation au juste ?
Prenons l’’exemple de la MDMA : si le cerveau détecte qu’une neurone a été endommagée par un métabolite de MDMA, le corps en prend connaissance et commence à réparer cette cellule, ou même à la remplacer dans certains cas.

À titre personnel, j’ai remarqué que parfois je me sens plus mal après un ou deux jours de festival, et que, arrivé au troisième jour, c’est comme si mon corps commençait à se dire « Ok c’est ça ma vie maintenant ».
Votre cerveau reçoit des signaux de tous les facteurs externes d’un festival (rester debout tard, prendre de la drogue etc). Mais votre corps lui, ne « sait » pas que ça ne va durer que quatre jours. Son travail c’est d’adapter son organisme pour s’en sortir au mieux, et il est très doué pour ça. Donc, s’il reçoit le signal comme quoi vous vous couchez désormais à 5h du matin, il va s’adapter à cela.

La qualité du sommeil sera donc meilleure et on se sentira frais et dispo?
Potentiellement. Mais sans oublier que vous dormirez dans une tente avec beaucoup de raffut autour de vous. Mais au moins votre corps arrêtera d’essayer de vous réveiller à 9h.

Est ce que ce ne serait pas juste l’alcool qui masque notre mal-être?
Potentiellement, bien sûr. Si vous buvez pendant trois jours encore et encore, vous pouvez le masquer. Par contre, cela signifie que le jour d’après ce sera pire. Mais ça ne vous dérange probablement pas parce que vous gérerez ça une fois à la maison !

L’atmosphère du festival joue-t-elle un rôle important pour vous garder en forme ?
L’aspect social est à prendre en compte. La camaraderie entre tous ceux qui se sentent épuisés le dernier jour mais qui sont conscients de jouer le jeu une dernière fois, est puissante. Imaginez par exemple, si quelqu’un vous téléportait du festival jusqu’à chez vous, et qu’ensuite on vous propose de sortir en boîte… vous n’iriez sûrement pas ! N'est-ce pas ?

Qu’en est-il de la pression sociale ? Par exemple, si on veut aller se coucher tôt mais qu’on ne veut pas passer pour un relou ?
Eh bien, si votre groupe d’amis a l’intention de faire la fête pendant trois jours c’est sûr que ça aura une influence. Vous devez aussi anticiper quel sera votre souvenir le plus marquant. Si vous allez vous coucher à 23 heures et que vous vous levez à 9 heures, vos histoires à raconter seront forcément différentes. Cela dépend vraiment de votre motivation. Elle aura un énorme impact sur la capacité de votre corps à continuer de faire la fête même s’il se sent fatigué.

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