Krisy le jeune club
Kelly Forber

Entrez dans le club de Krisy, le couteau suisse du rap belge

De « Débrouillard à jamais » à son collectif LeJeune Club et son album à venir, le rappeur bruxellois à su tirer son épingle du jeu.
JB
Antwerp, BE
KF
Antwerp, BE

Krisy est l'homme qui bosse le plus au sein du showbiz belge depuis qu'Annie Cordy et Sœur Sourire ont ouvert le game alors que vous n'étiez pas encore nés. Sous le nom de De La Fuentes, il a produit le premier album de Damso. Lorsqu’il n'est pas derrière les commandes, c’est derrière un micro qu’on peut le trouver, et il ne manque pas à l’appel. Preuve à l’appui avec son « Julio et sa gogo danseuse », mis en ligne sur la très bonne chaîne YouTube Colors. Pendant ce temps, Krisy a signé sur la nouvelle agence Hashtag NP et son premier album est en route.

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Puisqu'il sait comment mener sa barque, Krisy a également créé LeJeune Club, un collectif artistique dans lequel il partage et propose sa propre vision de la mode. Le magasin de sneakers Avenue Store à Anvers a d'ailleurs vu en lui une icône mode, et lui a proposé d'être modèle pour la nouvelle sortie de Nike le temps d'une séance photo. Avant qu'il n’explose partout, j’ai réussi à lui parler dans les coulisses du shooting de ses nombreuses influences et passions.

VICE : Salut Krisy, Bienvenue. Quel est l’élément principal de ton style vestimentaire ?
Krisy : Salut mec. Bonne question. Pour moi, le minimalisme et la couleur sont deux aspects très importants qui seront toujours mis en avant dans mon style. Je n'ai pas de modèle à proprement parler, bien qu'il y ait des gens qui ont laissé leur empreinte sur ce à quoi j’attache de l'importance aujourd'hui. Ou bien au contraire, des gens qui n’en ont laissé aucune.

Tu n’as donc jamais eu d'influences majeures ou des modèles ?
Au début, c'était 50 Cent et ses baggy’s, et aussi Pharrell Williams. J’ai toujours aimé l'utilisation que faisait Pharell de la couleur. Je peux dire la même chose pour Tyler, The Creator. Chez ces deux-là, le minimalisme est d’ailleurs aussi quelque chose de très important. Concernant OVO [ la ligne de vêtements de Drake, ndlr], ça a moins à voir avec la personne derrière qu’avec la marque en elle-même : une approche minimaliste, mais avec un grand souci de finition et de qualité. Par exemple, je n'aime pas Philipp Plein, avec ses énormes empreintes de crânes et ses dessins très chargés. Je préfère un A.P.C., subtil et très bien fini.

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Le soucis du détail, c’est très important pour toi ?
Oui, absolument. Je comprends immédiatement comment la personne en face de moi a dessiné ou travaillé telle ou telle pièce, et comment il a pris le temps d'élaborer tout dans les moindres détails, d'ajouter ce petit quelque chose ici et là qui rend la pièce unique.

Est-ce que Pharrell t’a inspiré uniquement dans le style ou également dans d'autres domaines ?
La musique, c’est toujours ce qui vient en premier. Plus tard, j'ai commencé à visionner des clips comme celui de « Frontin’ » et je suis allé à la recherche de Billionaire Boys Club. Cette marque a eu beaucoup d'influence sur la mode, et sur moi aussi. Une chose est sûre, c’est que le style, l’image et la musique ne peuvent plus être séparés aujourd'hui, mec.

Quelle place accordes-tu au style ?
Depuis que nous avons commencé avec notre collectif LeJeune Club, c'est devenu encore plus important qu’avant. Nous venons de terminer une collaboration avec la marque parisienne CHMPGN. Cette collection a été sold out en quelques heures seulement. Et il y aussi une collaboration avec Off The Hook au Canada. C'est un magasin très cool du centre-ville de Montréal.

Quel est ton rôle au sein de LeJeune Club ?
J’en suis le fondateur, et je m’occupe de tous les dessins pour les vêtements. Marc Malak retravaille le tout sur ordinateur. Ensemble, nous discutons des moindres détails et nous essayons d'obtenir un bon résultat. L'idée de base était de créer un club créatif avec différents aspects artistiques : musique, design, mode, photographie, vidéo, etc.

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D'où viennent le nom et le logo ?
Le logo se base sur la silhouette du toucan. La gamme de couleurs sur son bec me plait car elle représente très bien la polyvalence de notre club. D'un autre côté, j’aime vraiment les différentes combinaisons de couleurs. De plus, le toucan est libre comme un oiseau, et c'est essentiel pour LJC. En ce qui concerne le nom, il vient de Claude Lejeune, compositeur de cour pour Henri IV, roi de France à la fin du XVIe siècle. Il venait de Paris et a été mon inspiration pour démarrer ce collectif. D'où LeJeune Club : il y a de la place pour tout le monde dès lors qu’on y apporte sa propre touche artistique.

LJC, c’est donc un bon exemple de ce que tu viens de dire, que le style, l’image et la musique sont connectés ?
Ça va encore au-delà. Par exemple, je pourrais faire un clip avec une peinture en arrière-plan, faite par quelqu'un de LJC. Dans ce clip, on serait tous sapés avec des fringues d'une collaboration avec une marque très importante, la musique serait écrite par un artiste membre et évidemment le photographe et l'équipe de tournage seraient également des membres du club. C'est la raison principale pour laquelle je voulais créer ce collectif.

D'où vient cette passion qui consiste à rassembler les gens et à repenser les idées reçues ?
Beaucoup de gens de mouvements artistiques différents n'ont pas la chance d’être mis au premier plan. Ils font beaucoup pour la scène locale ou même pour la communauté, mais en tout et pour tout il n’y a qu’une poignée d'artistes qui sont mis à l'honneur. Avec LJC, nous voulons amener un public qui n'est, à la base, intéressé que par la musique à rentrer en contact avec d'autres disciplines.

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Comment se fait-il qu'il y ait de plus en plus de fusions artistiques ?
Je pense qu’on doit remercier Internet pour ça. Auparavant, ça prenait genre des mois, voire des années, avant qu’un certain mouvement culturel n’arrive ici. Bien souvent en provenance des States. On a toujours été à la traîne. Maintenant, c'est complètement différent.

Comment s'est passée ta relation avec Damso ? Vous vous connaissiez depuis longtemps ?
Oui, on se connaît depuis une dizaine d'années, c’était l'ami d'un de mes amis. A cette époque, il était encore très concentré sur son parcours scolaire, mais il faisait déjà de la musique à côté. J'ai toujours voulu monter un projet avec lui. En 2012, j'ai dit que je le contacterais si mes compétences de producteur étaient à la hauteur. J'ai également approché Hamza en 2009, et Roméo Elvis lors d'un open mic. Tout le monde était encore très discret à l'époque. En 2014, Damso et moi avons collaboré sur notre premier morceau, « Débrouillard », qui est devenu un des singles de Batterie Faible, son premier album. Entre-temps, j'ai fait de l'ingénierie sonore, d'abord au studio 15 à Malines, puis de façon autodidacte.

Par rapport à ce shooting photo, je me demandais : d’après toi, quelle est la chaussure la plus marquante de l'année passée ?
Pour moi, la Sean Wotherspoon Nike Air Max était de loin la meilleure version. Les couleurs et les matériaux sont très beaux, et le minimalisme rend super bien. Ici aussi, on peut voir différents éléments qui se rejoignent, c'est vraiment quelque chose qui m'attire. Voilà comment ça se passe avec LeJeune Club: les portes sont grandes ouvertes. Vous avez quelque chose à proposer ? Venez.