Des créateurs québécois nous expliquent leur amour pour l’art scandinave
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Des créateurs québécois nous expliquent leur amour pour l’art scandinave

En plus d’être au top des peuples les plus heureux du monde, les nations scandinaves ont un univers artistique qui semble charmer le monde entier.

Au Québec, où on en connaît un bout sur la nordicité, plusieurs artistes puisent dans la culture artistique scandinave pour nourrir leur propre travail. Nous avons posé quelques questions à une poignée d’entre eux.

Jeanne Joly et Patricia Lanoie, graphistes et fondatrices de Bien à vous

VICE : C’est quoi, Bien à vous?
Jeanne Joly : Patricia et moi, on s’est rencontrées il y a deux, trois ans, alors qu’on travaillait dans le domaine de la musique et on s’est rendu compte qu’on aimait toutes les deux la papeterie. Quelques mois plus tard, Patricia a proposé qu’on se parte une compagnie de papeterie. […] On a fusionné nos services respectifs et on est devenues un studio créatif. On ne fait plus juste de la papeterie, on fait aussi des contrats d’illustration, de graphisme, de direction artistique, de réalisation de vidéoclips, de photos, et j’en passe.

Vous vous dîtes très influencées par le design et le graphisme scandinaves. De quelle façon?
JJ :

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À la base, avec la papeterie, c’étaient des illustrations qu’on faisait nous-mêmes pour la plupart, qui sont très inspirées des lignes simples, des formes très naïves de certains designers textiles scandinaves, comme l’entreprise finlandaise Marimekko. Dans les plus contemporains, il y a aussi le suédois Karl-Joel Larsson, dont on consomme beaucoup le travail. Il fait de l’art qui est très Picasso, très dans notre veine. On a aussi collaboré avec Remi Kosni, un Français qui habite à Stockholm et qui fait des paysages inspirés des paysages scandinaves, très contemplatifs. Des masses de couleurs très simples.

Patricia Lanoie : Dans nos environnements respectifs aussi, à Jeanne et moi, on aime beaucoup tout ce qui est suédois. Comme des poteries mid-century modern.

JJ : Avant d’avoir un atelier, on travaillait de la maison, donc, on avait un environnement de tous les jours très influencé par la Scandinavie dans l’ameublement, dans le design, qui se répercute dans notre travail.

Comment décririez-vous le style scandinave, concrètement?
JJ : Quand on parle de design scandinave, ce sont toujours des lignes qui sont très naturelles. Il y a quelque chose à la fois minimaliste et organique. Cette espèce de jonction là de la nature et de l’épuré. Nous sommes très inspirées par la nature et c’est là qu’on rejoint le plus la philosophie scandinave.

Et qu’est-ce qui rend cette philosophie scandinave si populaire et appréciée d’après vous?
PL : Tous ces éléments-là dont on parle font que ça dure dans le temps. Le style reste très actuel de par ces caractéristiques-là. L’intemporalité du design scandinave a fait ses preuves.

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JJ : Il y a cette simplicité, quelque chose de très pur qui est presque émouvant, je trouve. Et en même temps, ç’a été très démocratisé aussi. Ils ont été dans les premiers à faire des trucs designs et industriels à la fois. Ç’a été dans le quotidien des gens à une certaine époque, et il y a une nostalgie qui s’associe à ça, j’ai l’impression.

Simon Johns, designer

Comment me décrirais-tu ton travail en quelques mots, ce qui le caractérise?
Simon Johns : Je trouve que ce qui rend mon travail particulier, c’est que je n’habite pas à Montréal, mais en Estrie. Je suis en campagne depuis neuf ans et j’y fais du design contemporain. J’essaie de puiser dans le fait que je suis dans les bois. Je suis vraiment influencé par ces choses-là. Et je crée du mobilier qui s’approche parfois plus de la sculpture que du meuble.

Quels sont les points communs entre ton art et les designs scandinaves?
Déjà, je travaille dans de grands espaces. C’est surtout là-dedans qu’il y a un lien, avec le territoire, un rapport avec la nordicité, avec la nature qui est super présente. […] Dans le design scandinave en général, on parle de quelque chose de très inspiré par la nature, mais simple et bien épuré, souvent très démocratique. Il y a cette relation à la ligne qu’on peut retrouver dans mon travail. […] Même si j’ai des pièces qui ne sont pas épurées, qui sont très chargées, elles ne sont pas chargées d’ornements, elles ne sont pas décorées. Il n’y a rien d’inutile dans le style scandinave, c’est toujours de revenir à la base, à l’essentiel.

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En plus de ce lien, dirais-tu que tu es directement influencé par le design nordique?
Surtout à l’ère d’Instagram, je reste plogué sur tout ce qui se passe. Je ne suis pas du genre à éviter les influences et rester dans mon coin. Je pense qu’il y a de quoi d’alléchant dans le design scandinave, qui nous influence tous. Ce sont des meubles super élégants, en harmonie autant avec leur environnement que leurs inspirations. […] Le design scandinave se marie avec n’importe quoi, c’est tellement subtil. Et à l’ère du numérique, je pense que tout le monde tombe en amour avec ça, de partout.

Mitz Takahashi, designer de mobilier

Parle-moi un peu de ton travail.
Mitz Takahashi : Je crée des designs et je manufacture du mobilier, principalement des meubles pour la maison. J’ai grandi à Osaka, au Japon, et quand je suis venu au Canada, je me suis formé comme ébéniste. Depuis quelques années, j’apprends à travailler avec différents matériaux, du fer ou du verre, par exemple. […] Je n’ai pas d’étiquette précise, mais je peux parler de quelque chose de minimal, simple, avec des lignes épurées et, surtout, des designs bien faits, durables et intemporels.

Où retrouve-t-on l’influence scandinave dans ton art?
Ce sont des designs minimalistes, qui résonnent beaucoup avec mon travail. Je pense que ça vient d’abord de mon background culturel. Au Japon, nous avons des esthétiques très similaires. Ça coule dans mon sang, en quelque sorte. J’ai toujours été attiré par la simplicité, la bonne qualité. Les styles scandinaves et japonais se ressemblent, et je pense qu’ils s’influencent mutuellement aussi. […] Dans mon travail, je reste dans l’optique minimaliste, tout en portant attention aux détails, en incorporant des petites choses qui rendent les pièces différentes.

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Qu’est-ce qui fait que les designs scandinaves sont tant prisés?
Bien sûr, la mode joue beaucoup, comme pour tout. […] Mais les designs scandinaves traversent les époques et durent parce qu’ils sont épurés, pas trop chargés et sont efficaces dans beaucoup de contextes. Le réalisateur japonais Nagasi Oshima parlait de musique un jour et disait que, lorsque quelque chose est génial, on ne pense pas à comment ç’a été fait ou d’où ça vient. C’est le cas pour les designs scandinaves à mes yeux. Ça fonctionne toujours, ça possède une esthétique qui est naturellement agréable.

Francis Blais et Massimo Piedimonte, cuisiniers au restaurant Le Mousso

Vous avez tous les deux fait un stage dans des cuisines scandinaves. Pouvez-vous m’en parler un peu?
Francis Blais : J’ai fait deux stages en fait, il y a quelques mois et c’était life changing. Ma vision de la cuisine a complètement changé après cette expérience-là. […] Ils ont une culture assez importante de l’énergie qui est utilisée pour produire les ingrédients et les amener au restaurant. Donc, la localité, c’est super important pour eux. Et une fois que tu travailles dans un pays nordique et que tu décides d’être local, il faut que tu sois créatif au moment où il y a un peu moins de trucs qui poussent. Donc, tout ce qui est question de conservation, de fermentation, eux, ils innovent dans ce domaine-là, et nous autres aussi, au Mousso.

Massimo Piedimonte : Il y a environ trois ans, j’ai passé quasiment quatre mois à Copenhague, au Noma, un restaurant nommé trois, quatre fois le meilleur au monde. J’ai toujours été impressionné par certains aspects de la culture danoise, mais, avant ça, jamais par la cuisine. Il y a 15 ans, c’était majoritairement connu comme une place où il fait froid, où on mange des saucisses et des pommes de terre bouillies. Mais c’est rendu une ville capitale de la gastronomie. […] Ça a changé ma vie en très peu de temps. J’ai rencontré cette cuisine qui tourne beaucoup autour des saveurs. C’est là-bas que j’ai été introduit à la fermentation.

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Quels sont les points communs entre la cuisine scandinave et la nôtre?
MP : Là-bas et ici, c’est quasiment la même température et c’est pour ça qu’on a les mêmes ingrédients. Beaucoup d’ingrédients sauvages, car on a beaucoup de forêts et eux aussi. En allant là-bas, j’ai découvert tout ce que nous offre notre terroir ici. […] Il faut se préparer pour l’hiver, où il n’y a pas grand-chose de saison, alors on préserve des aliments qui goûtent le soleil, l’été et le printemps, pour pouvoir les garder jusqu’à janvier.

Vous parlez de fermentation, de conservation des aliments. Quelles sont les autres techniques que vous avez empruntées à votre expérience scandinave?
MP : La lactofermentation, le pickling, le séchage, conserver les aliments dans le sel… Tout ça permet de retirer beaucoup de saveurs, tout en conservant les aliments. […] Pour ce qui est de la fermentation, on a l’impression que ça veut dire quelque chose de ranci ou vieilli, mais il y a beaucoup de technique, c’est tout un art. Par exemple, pour des « sauces poissons sans poissons » : il y a la technique de l’ancienne Rome qu’on appelle « garum », qui consistait à faire fermenter les retailles de poissons. Ça donne une sauce délicieuse. Nous, on fait une variété de ça au Mousso, avec plusieurs types de protéines. On tente de trouver une identité de saveur bien à nous.

Geneviève Lefebvre, auteure et scénariste

Quels sont les points communs entre vos romans et les polars scandinaves?
Geneviève Lefebvre : La nature, essentiellement. Elle est très présente, l’atmosphère noire aussi. Deux de mes romans, des polars, sont proches de la littérature scandinave : Je compte les morts et La vie comme avec toi, qui est la suite du premier. L’intrigue se déroule dans des espaces de grande nature, qui se rapprochent de la Scandinavie.

Pourquoi la nature?
C’est un endroit parfait pour disposer des cadavres sans qu’on les retrouve! Il y a aussi une sauvagerie qui m’interpelle et qui m’inspire pour écrire les polars.

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Et en général, les littératures scandinaves et québécoises se rejoignent-elles?
Oui. Je pense qu’il y a une efficacité de récit qui est très commune entre les deux littératures. Nous, on raconte des histoires. Les Français vont y aller plus dans le style. Pendant huit chapitres, il y aura beaucoup de style et pas beaucoup d’histoire. La tradition orale est importante ici, alors on veut raconter quelque chose avant tout. […] Les personnages aussi sont très singuliers. Et il y a également l’observation du tissu social à travers les histoires. Dans les deux côtés, parce qu’on vit dans des régimes politiques de l’ordre de la social-démocratie, il y a des descriptions de la société qui se ressemblent. Mais on raconte aussi l’envers de ça, car malgré les apparences, tout n’est pas parfait, en Scandinavie, comme au Québec.