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Vietnam

Pourquoi le Vietnam cible ses blogueurs qui critiquent la Chine

Hong Le Tho, 65 ans, a été arrêté par la police vietnamienne ce samedi à Ho Chi Minh-Ville. C’est le 27e blogueur actuellement emprisonné dans ce pays qui interdit tout média privé.
1.12.14
Photo via Flickr

Hong Le Tho, 65 ans, a été arrêté par la police vietnamienne ce samedi à Ho Chi Minh-Ville, poumon économique de cet État communiste à parti unique. Ce blogueur est inquiété par les autorités parce qu'il a publié du « mauvais contenu qui réduit la confiance envers les services d'État », a déclaré dimanche le ministère de la Sécurité publique dans un communiqué.

Le blog en question, désormais inaccessible, était intitulé « Nguoi Lot Gach », soit « paveur de briques » en français. Pendant au moins trois ans, Hong Le Tho y publiait des billets en trois langues : vietnamien, français et anglais. Les articles traitaient notamment de la question des relations du Vietnam avec la Chine, ce qui a déplu aux autorités.

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Si l'on sait que le sujet a valu à Hong Le Tho son arrestation, on ne sait pas ce que le blog disait dans le détail à ce propos. Interrogé par VICE News, Reporters Sans Frontières ne pouvait apporter des précisions ce lundi à ce sujet. Par le passé d'autres blogueurs ont été arrêtés pour des prises de position anti-chinoises.

Dans ce pays où les médias privés sont interdits, le gouvernement vietnamien étend régulièrement la censure à de nouveaux sujets qu'il juge « sensibles », par exemple ses relations avec son voisin chinois. Les deux pays se disputent la souveraineté des archipels des Paracels et des Spratleys, dont les fonds alentour sont censés être riches en hydrocarbures.

Ce conflit diplomatique, qui dure depuis des décennies, s'est tendu récemment lorsqu'en mai dernier la Chine a envoyé un navire d'exploration dans ces mers disputées. Des émeutes anti-chinoises au Vietnam ont alors fait deux morts et une centaine de blessés chinois. Des entreprises chinoises avaient également été mises à sac.

David Camroux, Maître de conférences au CERI, spécialiste de l'Asie du Sud-Est explique à VICE News les raisons d'une crispation du Vietnam autour de pareilles prises de position contre la politique chinoise.

« Les manifestations anti-chinoises deviennent très rapidement critiques du régime vietnamien, » dit-il. « Il y a l'idée sous-jacente que le gouvernement ne défend pas suffisamment les intérêts de la nation. »

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Le Parti Communiste Vietnamien s'est peu à peu ouvert, économiquement en 1986, puis il a permis l'élection de députés — sous surveillance, il faut tout de même être membre du parti pour se présenter. De même, la presse au Vietnam est complètement verrouillée. Le pays est classé 174 sur 180 dans le classement de la liberté de la presse selon le dernier rapport de Reporters sans Frontières (RSF).

« Comme le régime n'est plus monolithique, même les médias d'État reflètent les luttes d'influence et les querelles idéologiques, » explique David Camroux. « Le gouvernement se trouve désormais de plus en plus contesté par l'Assemblée nationale, et la presse est autorisée à reprendre les critiques des députés. Elle peut aussi publier les critiques de l'ouverture économique formulée par les anciens communistes, qui sont un peu intouchables. »

Mais il semble que ce soit là les limites de la liberté de la presse au Vietnam où seuls les médias d'État sont autorisés. C'est la raison pour laquelle les voix dissidentes se tournent vers les réseaux sociaux et les blogs, dans un pays où le nombre d'internautes a triplé depuis 2000, atteignant près d'un tiers de la population.

RSF a indiqué à VICE News que 27 blogueurs sont actuellement emprisonnés pour leurs écrits, ce qui fait du Vietnam « La troisième plus grande prison du monde pour les net-citoyens », dit l'organisation.

« Ce chiffre ne prend pas en compte les personnes assignées à résidence, sous une surveillance étroite. Ils sont enfermés chez eux, en quasi-détention, » explique Benjamin Ismaïl, responsable du bureau Asie-Pacifique à RSF.

« C'est très facile pour la justice de qualifier les écrits de Hong Le Tho de "mise en danger de la sécurité nationale", voire même de"sédition vis-à-vis du régime" . Ce sont les peines les plus utilisées à l'encontre des blogueurs, » poursuit Benjamin Ismaïl. D'après lui, Hong Le Tho pourrait aller en prison pour entre 10 et 20 ans.

En octobre, dans le but, selon les analystes, de s'attirer les bonnes grâces de Washington face à Pékin, le pays a remis le blogueur Dieu Cay en liberté quelques semaines après la levée partielle d'un embargo américain sur des ventes d'armes au Vietnam. Dieu Cay avait été incarcéré pour « propagande anti-État » et avait fait une grève de la faim qui avait duré plus de 35 jours.

Photo via Flickr / JP Bennett

Suivez Mélodie Bouchaud sur Twitter @meloboucho