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Les détails du « plan B » de l’Italie pour les migrants, si l’Europe n’est pas plus solidaire

Le premier ministre prévoirait entre autres le refus de débarquement des migrants secourus par des bateaux étrangers dans les ports italiens, et la distribution de visas de voyage temporaires pour les migrants.
16 juin 2015, 1:35pm
Image via VICE News

Ce mardi la presse européenne a fait état de fuites venues de la présidence du conseil italien, elles détaillent le contenu du « plan B » que le pays menace de mettre en application depuis ce week-end, si les pays de l'Union européenne ne se montrent pas plus solidaires avec l'Italie, qui trouve qu'elle est bien trop seule face à l'accueil de migrants qui arrivent par milliers en Italie. Ce même mardi, les ministres de l'Intérieur de l'UE se rencontrent au Luxembourg. Il s'agit d'une réunion préparatoire pour le sommet européen du 25 juin. L'objet du sommet porte justement sur cette répartition des migrants dans les différents pays de l'UE, afin de ne pas laisser l'Italie assumer seule la charge migratoire.

D'après le journal Le Monde, c'est la présidence du Conseil italien qui aurait fait quelques indiscrétions ce lundi. Elles sont marquées par deux dispositions phares du plan B, applicable si le « plan A » (une réparation équitable des réfugiés entre les pays l'UE) n'est pas adopté. Des informations reprises par nombre de médias européens aujourd'hui.

L'Italie n'a pas infirmé ou confirmé la teneur de ces mesures pour le moment.

Première disposition envisagée, celle de ne pas laisser accoster les bateaux de sauvetage étrangers, qui viennent en aide aux migrants à la dérive dans la Méditerranée. Chaque jour, des embarcations de fortune, dans lesquelles s'entassent des centaines de migrants, partent des côtes libyennes pour rejoindre l'Italie. Les bateaux de sauvetage français, britanniques ou encore suédois (qui participent à l'opération de protection des frontières européennes Frontex), ne pourraient donc plus débarquer les migrants sur les côtes italiennes et devraient alors rapatrier les migrants secourus, dans le pays où est immatriculé le navire de sauvetage. Concrètement, si un bateau français arrête des migrants au large de l'Italie, il devra en principe revenir débarquer dans un port Français.

Cette mesure risque de créer quelques remous du côté britannique, puisque le pays s'est engagé à participer aux opérations de sauvetages en Méditerranée, dans le cadre de Frontex, à condition que ses navires puissent déposer les migrants secourus sur les côtes italiennes et maltaises.

La deuxième mesure qui s'est ébruitée du côté de Rome, est celle de la distribution de visas temporaires aux migrants qui échouent en Italie, pour leur permettre de voyager à l'intérieur de l'espace Schengen. Si l'Italie représente la porte d'entrée préférentielle des migrants — avec la Grèce, que les réfugiés rejoignent en passant par la Turquie — une grande majorité d'entre eux ne souhaite pas s'y établir, ni même y demander l'asile. Néanmoins, la Convention de Dublin prévoit que les demandeurs d'asile postulent dans leur pays d'entrée en Europe. L'objectif pour nombre d'entre eux est de rejoindre notamment le Royaume-Uni, l'Allemagne ou la Suède, ce que pourraient faciliter ces visas temporaires. L'Italie voit dans le système qui a cours aujourd'hui, un frein à la répartition de la charge migratoire en Europe.

À regarder : L'Europe ou la mort - Ép.5 : Les eaux italiennes sont un cimetière

Pour François Gemenne, spécialiste des migrations, interrogé par la RTBF, la menace de l'Italie n'est pas à prendre à la légère, d'autant plus qu'elle a déjà fait plus ou moins la même chose. Selon lui, le gouvernement italien « ne vérifiait pas toujours les documents à la sortie du territoire et distribuait parfois des laissez-passer. » Cette fois-ci, le gouvernement pourrait distribuer des autorisations de sortie de territoire de façon officielle pour mettre la pression sur les autres pays Européens.

En Grande-Bretagne, cette dernière rumeur de visas temporaires a fait réagir David Cameron, le Premier ministre britannique. La Grande-Bretagne résistera à toute disposition créant « des facteurs d'attraction » supplémentaires pour les migrants souhaitant rejoindre l'UE, a fait savoir Cameron. Le Royaume-Uni ne fait pourtant pas partie de l'espace Schengen, mais les autorités britanniques craignent que le voyage des migrants jusqu'à la ville de Calais, en France — point de départ privilégié pour traverser la Manche — soit ainsi facilité.

Des pays frontaliers de l'Italie renforcent peu à peu l'imperméabilité de leurs frontières. La France et la Suisse ont dans certains cas dernièrement refusé de laisser entrer des migrants, alors que l'Autriche menace de fermer ses frontières. Ce week-end, près de 200 migrants massés dans la ville italienne de Vintimille ont été repoussés par les gendarmes français, alors qu'ils essayaient de rentrer en France.

Avec ce plan B, Matteo Renzi chercherait à dépasser les limites de la Convention de Dublin et obliger les autres pays européens à prendre leurs parts de migrants.

Ce mardi, les ministres de l'Intérieur de l'UE se retrouvaient justement au Luxembourg pour préparer le sommet européen du 25 juin, qui portera sur la répartition des migrants dans les différents pays de l'union.

Les ministres vont notamment discuter de la proposition phare de la commission européenne — à savoir l'établissement de quotas par pays pour répartir les demandeurs d'asile syriens et érythréens présents en Europe. 24 000 d'entre eux patientent en Italie, et 16 000 autres en Grèce. Selon le plan présenté le 27 mai dernier, l'Allemagne récupérerait près de 22 pour cent de ces demandeurs d'asile. En deuxième place, on retrouve la France avec 17 pour cent puis suivent l'Espagne, la Pologne et les Pays-Bas.

La proposition de la commission permettrait à l'Italie de redistribuer donc 24 000 des 60 000 migrants qui sont arrivés dans la Botte depuis janvier 2015. Les 36 000 réfugiés restant ne sont ni des Syriens ni des Érythréens et peinent à obtenir le titre de demandeurs d'asile. Matteo Renzi avait estimé que ce chiffre de 24 000 était « provocateur » dans une interview accordée ce dimanche au Corriere Della Sera.

Le Guardian note que les pays de l'Est de l'UE rejettent en bloc cette proposition des quotas, ils pourraient même poser un véto si l'Espagne et le Portugal les rejoignent. L'Italie, l'Allemagne, l'Autriche et la Suède soutiennent eux le projet. Le Royaume-Uni et le Danemark se sont eux retirés — grâce à un dispositif appelé « opt-out » — et n'accueilleront aucun des 40 000 demandeurs d'asile stationnés en Italie et en Grèce. Une décision sur les quotas ne sera sans doute pas prise ce mardi, mais le 25 juin lors du sommet européen.

Suivez Pierre Longeray sur Twitter @PLongeray