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FRANCE

« Air cocaïne » : Quatre Français jugés à Saint-Domingue dans une affaire de trafic de drogue

En mai 2013, un jet privé qui s’apprêtait à décoller vers la France est fouillé. À son bord, 700 kg de cocaïne.
1.12.14
Photo via Flickr

Quatre Français sont jugés à partir de ce lundi par un tribunal de Saint-Domingue, la capitale de la République dominicaine, accusés dans une affaire de trafic de drogue, celle dite de « Air Cocaïne ». Le procès a lieu dix-huit mois après leur arrestation.

Le 20 mars 2013, les autorités de cette ancienne colonie espagnole qui partage une frontière avec Haïti arrêtaient l'équipage et le passager d'un jet privé de modèle Dassault Falcon 50, après la découverte d'environ 700 kg de cocaïne dans des valises chargées à bord de l'avion. L'appareil partait du Punta Cana et devait atterrir dans un petit aéroport proche de Saint-Tropez, dans le sud de la France. D'après Le Parisien, une vingtaine de douaniers et policiers dominicains ont été mis en cause dans cette affaire

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Air cocaïne : les deux pilotes français vont être jugés — Europe 1 (@Europe1)1 Décembre 2014

Les deux pilotes du Falcon, Pascal Fauret et Bruno Odos, ont toujours nié avoir eu connaissance de la nature de la cargaison. Pour ce vol, les deux anciens militaires sont salariés de la société lyonnaise SN THS, qui loue des jets privés. Les deux autres personnes présentes à bord sont Alain Castany, membre d'équipage, et Nicolas Pisapia, passager. Un avion de ce genre se loue pour environ 5000 euros de l'heure.

Interrogé en février par la chaine de télévision France 2, le pilote Pascal Fauret avait déclaré ne pas pouvoir vérifier le contenu des valises de ses passagers. « Si je les ouvre, le client peut porter plainte », avait-il ajouté. VICE News a contacté Jean Reinhart, l'avocat des deux pilotes de l'avion. Maître Reinhart affirme que selon les conventions internationales, les pilotes d'un vol commercial ne sont pas responsables de leur cargaison, sauf si l'on arrive à prouver qu'ils étaient au courant de la nature illégale de celle-ci. L'avocat se dit convaincu de l'innocence des deux pilotes, et indique par ailleurs qu'une enquête parallèle a été ouverte côté français.

L'affaire « Air Cocaïne » avait motivé un reportage de Spécial investigation diffusé en septembre dernier par la chaîne de télévision Canal +. Ce reportage pointait les lacunes et les faiblesses des systèmes de contrôle des cargaisons et des itinéraires des jets privés. Les journalistes avaient par exemple décollé d'un aérodrome français avec une valise remplie de faux billets pour atterrir à Guernesey, un paradis fiscal à souveraineté britannique situé au large des côtes normandes. À aucun moment les journalistes n'avaient été contrôlés, et ils passaient avec leurs valises devant le bureau désert des douanes. Le reportage montrait également comment un avion privé pouvait être utilisé pour faire passer des migrants depuis le vieux continent vers l'Angleterre.

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Nicolas Barraud est responsable de la communication de la Direction générale des douanes françaises. Contacté par VICE News, il affirme que si les contrôles de douaniers en uniforme que l'on peut voir dans les aéroports internationaux ne sont pas systématiques dans les petits aérodromes, c'est que la surveillance de ces petits aéroports privés repose avant tout sur un travail de renseignement effectué en amont.

« Ce n'est pas parce que des journalistes ont pu passer une fois qu'il n'y a pas de contrôle. Dans les petits aéroports, la surveillance n'est pas effectuée par un douanier en uniforme, mais par des agents de renseignements » explique-t-il. Barraud précise que certains vols en provenance d'Amérique du Sud ou des Caraïbes vers de petits aérodromes attirent particulièrement l'attention et sont de fait plus susceptibles d'êtres contrôlés. Il ajoute que les services de renseignements des douanes ont parfois recours à des informateurs rémunérés par contrat, à hauteur de l'importance des prises.

Pour Nicolas Barraud, le trafic par avion privé représente une part marginale du trafic de drogue aérien. « L'essentiel des saisies est réalisé sur des mules dans des vols commerciaux. Dans 90 pour-cent des cas, ce sont des gens qui sont payés 600 euros pour transporter environ un kilo de cocaïne dans des capsules qu'ils ont ingéré. »

Barraud explique que la technique de transport de drogues par une « mule » présente deux avantages par rapport à celle du jet privé. « Quand le trafic est régulier et réparti, il y a moins de risques. Sinon, il suffit qu'un des trafiquants soit en contact avec les renseignements, et tout est perdu [pour les trafiquants]. » Pour lui, dans le cadre d'un vol transatlantique, les modalités d'organisation d'un tel voyage rendent les trafiquants visibles aux yeux des organes de surveillance, en amont du vol. « Dans les Caraïbes, les trafiquants investissent dans de petits avions. Mais affréter un jet capable de traverser l'Atlantique, ça nécessite un autre niveau d'organisation. »

Le fonctionnaire ajoute qu'il arrive que des trafiquants approchent des personnalités fortunées afin de les utiliser pour sous-traiter l'acheminement de la drogue, ce qui évite que la police ne remonte directement à la source en cas d'arrestation.

Suivez Virgile Dall'Armellina sur Twitter @armellina