Oui, vous avez le droit de ne pas aimer Angèle

Au risque de se mettre l’ensemble de la planète à dos, il est quand même nécessaire de le dire.
Marine Coutereel
Brussels, BE
7.10.18
Angele medias
montage photoshop de l'extrême par l'auteure

J’apprécie Angèle. Elle est drôle, belle, intelligente, talentueuse, maligne, douée. Et belge. Je suis sûre que c'est une chouette fille. J’apprécie Angèle mais ce n’est pas pour autant ce que j’écouterais de mon plein gré. Je ne l’ai d’ailleurs jamais fait, peut-être ai-je regardé une fois chacun de ses clips si bien ficelés pour m’en faire mon propre jugement. J’ai été charmée par sa personnalité, à chaque fois, même si l’univers ingénu/pastel/tumblr m’écoeure un peu.

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Je n’ai jamais écouté Angèle de mon plein gré pour des raisons que j’évoque plus bas, mais cependant, j’ai l’impression de connaître toutes ses chansons par coeur. Je me réveille, j’ai ses refrains en tête. Je vais me coucher, j’ai ses refrains en tête. Je me balade dans la rue, j’ai ses refrains en tête. Je mange, je pisse, je baise, je dors, j’ai ses refrains en tête. J’écoute un autre artiste, j’ai ses refrains en tête. Je ne le remarque jamais tout de suite, cela dit, le processus est assez vicieux. Je commence à dodeliner doucement de la tête, une mélodie s’installe dans mon subconscient, puis, crescendo, les paroles glissent sur ma langue et viennent buter contre mes dents. Je rassemble toute la concentration nécessaire pour qu’elles ne passent pas la barrière de mes lèvres. Mais bien souvent j’abdique assez rapidement, espérant que les faire sortir à l’air libre les fera enfin s’envoler de la bande originale de ma tête qui semble être restée bloquée sur le même morceau. Echec.

Scrollez Twitter, allumez la radio ou la télé, baladez-vous en rue, attrapez un journal ou un magazine, le constat sera le même : nous vivons en Angèlocratie.

Si par chance je parviens à rétablir le calme dans ma boîte crânienne l’espace d’une demi-journée, les paysage médiatique est là pour me rappeler à l’ordre. Paysage médiatique qui, pour le moment, pourrait se peindre avec des papillons, des paillettes, des coeurs, et la tête à frange blonde. Scrollez Twitter, balayez Facebook, allumez la radio, changez de chaîne, faites un tour sur youtube, allumez la télé, baladez-vous en rue, prenez le métro, ouvrez Spotify, attrapez un journal ou feuilletez un magazine féminin, le constat sera le même : nous vivons en Angèlocratie. Même VICE s’est fait avoir et a rajouté de l’eau au moulin. Heureusement pour lui, ce bon vieux Charles Aznavour a eu la présence d'esprit de ne pas crever le jour de la sortie de Brol. Le mec aurait été enterré en moins de deux.

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Donc, il faut aimer Angèle. Non pas l’apprécier. L’adorer. Parce qu’elle est belge, pop, décalée, intelligente, et très belle. Ce que je ne conteste pas. Mais ce n’est peut-être pas une raison pour nous étouffer avec la sortie de cet album. Ni de nous forcer à l’aimer parce qu’elle est belge, qu’il faut supporter les artistes locaux et en être fiers comme si c’était notre propre chair, notre propre sang. Après, elle confie à i-D que ses proches se sentent dépossédés. Sans blague. Je n’aimerais pas trop être son mec en ce moment, ça doit pas être évident tous les jours. Ici j’entends de loin les commentaires intéressés et un peu salaces des fans du frère aîné qui ne rêvent que de ça. Ca aussi, ça commence à me gêner un peu. Comme elle est validée par quasiment tout le milieu du rap francophone, il y a eu un transfert de public énorme, des moutons amoureux en transhumance, qui pour une petite partie fort bavarde, s’adonnent à des commentaires plutôt limites sous ses photos Instagram.

Je n’ai pas écouté son album, parce qu’on ne m’a pas donné le temps d’avoir envie de le faire.

Alors oui, Angèle est « rafraîchissante », « lucide », « douce », « touchante » et « parle des problèmes de sa génération ». Problèmes de sa génération qui sont, par ailleurs, comme nous le rappellent les très bons documentaires sur Avicii et Amy Whinehouse, fort liés à la surexposition à un très jeune âge. Et ce battage médiatique autour de sa personne commence à courir sur le haricot de pas mal de gens. Franchement, laissez-nous avoir envie de la découvrir plutôt que de nous la fourrer de force dans les yeux et les oreilles. J'en connais beaucoup qui sont déjà dégoûtés d’avance et se ferment complètement à son travail, alors qu’il y a pas mal de bonnes choses à y prendre, je pense. Mais je n’ai pas écouté son album, parce qu’on ne m’a pas donné le temps d’avoir envie de le faire. Beaucoup sont sans doute jaloux, aussi, mais c’est un autre débat qui est principalement lié à son nom de famille.

Et surtout, il est utile de préciser que vous avez aussi le droit de ne pas aimer ce qu’elle fait, ou d'y être indifférent, sans pour autant être lynché par un pays tout entier qui vous considère comme un traître sans coeur. Et non, ce n’est pas non plus un article VICE qui se veut anti-mainstream juste pour le plaisir d’aller à l’encontre des médias traditionnels. Je suis moi-même cent pour cent mainstream et pop culture, et je l’assume. Maintenant, il me reste à savourer les commentaires des fans inconditionnels de 7 à 77 ans qui n’auront même pas pris le temps de lire l’article mais auront démarré au quart de tour en s’offusquant du titre. Avec Jalousie en tête, bien entendu.

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