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Theresa May souhaite un « Brexit dur »

La Première ministre britannique a détaillé ce mardi un plan de rupture totale, sans demi-mesures, avec l'UE. Cette stratégie doit permettre de restaurer complètement la souveraineté du royaume et le contrôle de ses frontières.

par Tim Hume
18 Janvier 2017, 2:17pm

Rex Features via AP Images

Le Royaume-Uni va quitter le marché commun de l'Union Européenne et cherchera ensuite un nouvel accord de libre-échange, a annoncé mardi la Première ministre britannique, Theresa May, lors d'un discours capital. Elle confirme alors ses intentions en faveur d'un « Brexit dur ».

Dans son discours le plus important en tant que chef du gouvernement, May a déclaré qu'elle cherchait un « partenariat nouveau et égal » avec l'UE, « non pas un accord qui nous laisserait moitié dedans, moitié dehors ».

« Nous ne cherchons pas à adopter un modèle qui est déjà utilisé par d'autres pays. Nous ne cherchons pas à rester adhérant à l'UE alors qu'on la quitte », a-t-elle dit.

Elle s'est également engagée à soumettre l'accord final du Brexit au vote du parlement — et a prévenu que toute tentative de punir le Royaume-Uni à travers l'accord porterait préjudice aux pays européens.

« La Grande-Bretagne veut rester une bonne amie et une voisine de l'Europe, mais je sais qu'il y a des voix qui appellent à un accord punitif. Pour l'Europe, cela reviendrait à s'auto-mutiler, et ce ne serait pas le geste d'un ami. »

Depuis que les Britanniques ont voté (d'une courte majorité) pour une sortie de l'UE lors du référendum de juin dernier, beaucoup de questions se posent sur ce à quoi ressemblera la relation entre le pays et l'UE. Ce mardi, May — qui a succédé à David Cameron à la tête du pays en juillet — a donné sa réponse la plus claire à ces questions. Elle a alors souligné les priorités de son gouvernement dans les négociations sur la sortie du bloc.

May dresse sa liste de courses pour le Brexit

Dans le discours de ce mardi, May a détaillé pour la première fois ce que son gouvernement souhaite dans le cadre des négociations du Brexit. Comme attendu, elle a préféré ce que les critiques ont qualifié d'un « Brexit dur », soit une rupture totale, sans demi-mesures. Cela pour restaurer complètement la souveraineté du royaume et le contrôle de ses frontières.

À part quitter le marché unique, le gouvernement de Theresa May a d'autres objectifs :

  • Chercher un accord de libre-échange avec l'Union européenne et de nouveaux accords commerciaux avec d'autres pays.
  • Restaurer le contrôle du Royaume-Uni sur ses propres lois, notamment sortir le pays de la juridiction de la Cour européenne de justice.
  • Contrôler le nombre d'Européens qui arrive dans le pays, tout en protégeant les droits des 3 millions de citoyens de l'UE qui habitent outre-Manche, ainsi que les 1,2 million de Britanniques qui vivent sur le continent.
  • Dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et le crime, continuer la coopération et le partage « pratique » de la surveillance avec les autorités européennes.
  • Assurer un Brexit calme et ordonné, avec une implémentation en différentes étapes.

Selon May, rester dans le marché unique européen — qui permet la libre circulation de biens, produits, services et personnes entre les pays membres — n'était pas une option car cela signifierait « de ne pas quitter l'UE du tout ».

« Au lieu de cela, on cherche le meilleur accès possible [au marché unique] à partir d'un accord de libre-échange nouveau, complet, audacieux et ambitieux. Cet accord pourrait reprendre des éléments du cadre du marché unique actuel dans certains domaines. »

Or, May va probablement faire face à une forte opposition des leaders européens. Ceux-ci ont répété à plusieurs reprises que le Royaume-Uni ne pourrait pas accéder au marché unique sans accepter la libre circulation des citoyens européens au sein de la Grande-Bretagne.

Le gouvernement britannique veut signer des accords commerciaux avec d'autres pays. Elle souhaite se défaire de l'Europe pour se tourner vers l'économie mondiale. Certains espèrent que le pays va signer un accord clé avec les États-Unis — ce qui semble possible suite aux derniers commentaires du président élu Donald Trump. Celui-ci avait dit qu'il agirait rapidement pour que cet accord devienne une réalité. May a également dit qu'elle chercherait un accord de libre-échange avec la Nouvelle-Zélande, dans son effort de reconstruire ses liens économiques avec les anciens membres du Commonwealth.

Déclencher l'article 50 du traité de Lisbonne

Les discussions entre le Royaume-Uni et les 27 autres membres de l'UE ne pourront débuter qu'une fois que le pays aura déclenché l'article 50 du traité de Lisbonne — ce que May voudrait faire d'ici le mois de mars. La cour suprême britannique doit décider dans les prochaines semaines si le parlement doit se prononcer sur la question avant que May ne déclenche le processus.

Les complexes négociations devraient durer deux ans.

Une fois les négociations menées à leur terme, l'accord sera présenté aux deux chambres du parlement britannique pour un vote, a indiqué May ce mardi.

Interrogée sur un possible refus des deux chambres, May se dit confiante quant à la volonté des parlementaires de respecter la majorité de Britanniques qui ont voté pour le Brexit. « Je suis persuadée que le parlement britannique veut respecter la décision démocratique qui a été prise. »

Le ministre des Affaires étrangères allemand satisfait par « un peu plus de clarté »

Le discours de May a été timidement accueilli par l'Europe. Donald Tusk, le président du conseil européen, a dit que cela montrait que le Royaume-Uni était « plus réaliste » quant à ses possibilités en matière de négociation.

Le ministre des Affaires étrangères allemand, Frank-Walter, a indiqué qu'il appréciait que May s'efforce d'insuffler « un peu plus de clarté » quant aux attentes britanniques. Il a noté qu'elle cherchait un partenariat positif et constructif avec l'UE. « C'est bien, » a dit Frank-Walter.

Des responsables politiques britanniques de l'opposition ont accueilli la nouvelle moins chaudement. Le leader du parti travailliste, Jeremy Corbyn, a critiqué l'apparente volonté de May de baisser les taxes sur les entreprises et de transformer la Grande-Bretagne en « un paradis fiscal au rabais aux frontières de l'Europe ». Une telle décision serait « une menace pour les emplois, les services et le niveau de vie des Britanniques, » a dit Corbyn.

Corbyn a aussi critiqué le fait que May a présenté son plan en dehors du parlement, où elle aurait été questionnée par les parlementaires. « Si elle croit en la souveraineté du parlement, elle aurait dû être là, » a confié Corbyn à Sky News.

Certains partisans du Remain ont dit que si le peuple britannique a eu l'opportunité de voter pour ou contre la sortie de l'UE, il devrait aussi pouvoir voter sur l'accord final et avoir la possibilité de dire si le gouvernement doit poursuivre le plan d'un Brexit « dur » ou « en douceur ».

Mais si le discours de May fait office d'indication, ce choix a déjà été fait.


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